22 Août 2016
Alain Subrebost (Gadlu.Info) m'avais sortie de ma torpeur naissante et strictement estivale à la mi-juillet 2014, en publiant un article sur « les femmes de francs-maçons ».
Comme si cela ne suffisait pas, Jean-Laurent Turbet sort le grand jeu avec Jissey (Blog note de Jean-Laurent Turbet (Jissey)). Hé! Moi aussi, j'ai les yeux qui brillent quand je parle de symboles, rites et autres mythes. Retombant deux années plus tard sur cet article qui, est toujours d'actualité, deux-trois mises à jour ensuite, le voici tout neuf, tout beau.
D'accord. Je me réveille.
L'article de Gadlu.Info est un dessin intitulé Gadlu.Info (Humour maçonnique : garder le secret qui se passerait normalement de commentaires, mais le sera parce que personne n'a dit que je me devrais répondre à une norme.
Cet humour maçonnique est publié dans une loge de la Grande Loge du Québec. A la seule qualité de l'humour, elle est ... heu ... masculine. Courageusement, j'ai re-parcouru leur site qui ces deux dernières années a été modifié (il fallait s'y attendre). J'ai retrouvé sommairement LE passage qui me plaisait tant ... C'est gentil de l'avoir gardé rien que pour moi.
Dans la foire aux questions de la Loge Laval n°139, Grande Loge du Québec, on peut ainsi lire :
"Les femmes peuvent-elles adhérer à la Franc-Maçonnerie?
Dans la Franc-maçonnerie de tradition et régulière, les femmes n'adhérent pas directement aux loges, qui sont exclusivement masculines, mais plutôt à des ordres ayant des rituels adaptés à la psyché féminine et intégrés dans les obédiences régulières. L'Ordre de l'Étoile Orientale (Order of the Eastern Star) est un Ordre paramaçonnique philanthrophique féminin. Cet ordre compte environ 10 000 chapitres (similaires à des loges maçonniques) pour environ 1 million de membres affiliés au Grand Chapitre Général. Il est ouvert aux femmes âgé de dix-huit ans révolus ayant des relations spécifiques avec un francs-maçons, pour être son épouse, sa veuve, sa fille, sa soeur, sa mère, etc. Les Filles du Nil constituent une société d'aide mutuelle pour les femmes qui sont liées par la naissance ou par le mariage à un maître maçon ou à une fille du nil. L'organisme compte 34000 membres et 147 temps au Canada et aux Etats-Unis. Le premier temple, Hatasu no1, a été fondé à Seattle, Washington, en 1913. Le temple Miriam no2, premier temple canadien, a été créé à Victoria, Colombie-Britannique, en 1918 et le deuxième, Oasis no.46, a été fondé à Montréal, Québec, en 1929."
A moins que l'humour maçonnique soit une approche sociologique sur la psyché féminine, j'ai fait une traduction de la psyché masculine.
La psyché féminine serait incapable de permettre à leur heureuse propriétaire d'entrer en maçonnerie, d'où la nécessité d'une maçonnerie d'adoption – dans sa forme la moins féministe et la plus cliché – ouverte aux femmes affiliées ou mariées à des maçons. Je félicite d'ailleurs les "Filles du Nil", ordre que je ne connaissais pas, pour ses effectifs impressionnants.
Pourtant, il y a des secrets que les femmes possèdent et que les hommes ignorent...
Après cette déclaration opportune, il y a peut-être une question à étudier : les réponses aux questions sur la franc-maçonnerie que nos maris/amants/concubins/petits-amis/coups-d'un-soir, bien sûr profanes, pourraient nous poser, à nous les soeurs francs-maçonnes. Mes sœurs, j'attends le résultat de vos expériences ! En effet, il existe déjà (en anglais) pour les épouses de francs-maçons. C'est ce que nous révèle le deuxième article de Gadlu.Info.
Livre que j'avais évoqué déjà en 2013 dans article "la Maçonne" : mon double américain (un article "collector" du début de mon blog) : The Masonic Wife qui oscillent entre le ridicule et la bêtise, en sus d'être onéreux.
La psyché masculine – surtout si elle est issue de la maçonnerie régulière anglo-saxonne – nécessite une étude adaptée et des recherches circonstanciées. Les francs-maçons français (cocorico!), de type mâles, même s'ils ne s'en vantent pas, même réguliers, connaissent la curieuse existence des obédiences féminines et mixtes, s'en faisant plus ou moins une raison.
Pour leurs homologues, les obédiences mixtes et féminines seraient carrément exotiques et lointaines.
J'ai, ainsi, découvert deux articles sur un même site : la review of freemasonry, Pietre-Stone – revue d'instruction en ligne pour les trois degrés – qui évoquent ce douloureux chapitre des femmes et la franc-maçonnerie à la rubrique « avenir de la franc-maçonnerie régulière ».
Sous le titre « Women and Freemasonry », le révérend Cryer discute assez longuement de l'entrée des femmes en franc-maçonnerie, en prenant mille précautions. Il parcourt l'histoire supposant dangereusement que la mention de « sœurs », concernant les épouses invitées à des banquets annuels, au 18ème siècle n'était peut-être pas anodin. Il estime que des femmes ont été reçues dans des loges anglaises. Il mentionne aussi deux femmes (à moins que ce ne soit la même) Miss Edward et Miss Mainwaring devenant l'une et l'autre « Lady Patroness of the Society of Masons » (Cheshire). En 1714, Marie Bannister, la fille d'un barbier dans la ville de Barking, étant apprenti - maçon pendant sept ans avec une redevance de cinq shillings payés à sa loge. Il mentionne aussi plusieurs cas de femmes se cachant pour surprendre les frères, certaines découvertes par eux, se firent initiées.
Cette analyse historique est d'ailleurs fort intéressante et devrait être épluchée par des historiens. Il est, en effet, difficile d'admettre que les maçons anglais soient si différents des maçons français. La première loge dite d'adoption connue existe depuis 1744 (Bordeaux). Pour l'auteur, les premières loges d'adoption françaises remonteraient à 1730. Un livre écrit par une sœur maçonne, en 1765 (en anglais) prouverait ainsi l'existence d'ordre maçonnique féminin (ou mixte) en Angleterre.
Le reste du texte explique sa rencontre avec ce qui est appelé la « Co-masonry », c'est-à-dire la maçonnerie mixte, relatant tant bien que mal l'histoire de Maria Deraismes et de la fondation du Droit Humain. A souligner que l'auteur de ce texte est un américain. Les « trois points pour l'avenir » font cet étonnant parallèle entre les obédiences des noirs américains (Prince Hall) et la maçonnerie féminine. L'ouverture – et la reconnaissance vers les unes – conduirait à la reconnaissance de l'autre. Bien sûr, les règles de lesdites obédiences devront être conformes aux règles de la GLUA. Ce qui n'est finalement pas un cadeau – ni pour les noirs américains, ni pour les femmes.
Le second article, véritable voyage dans la psyché masculine (là, cela commence sérieusement à être risqué pour l'équilibre mental d'une femme aussi normalement constituée que moi) nous le devons à un certain J Sullivan. Il a pour titre : « Masonic Orders for Women ». Il y fait le recensement des ordres destinés pour les femmes. On trouve ainsi Eastern Star ou encore the Order of the Amaranth. Il fait une assez brève allusion au Droit Humain (Co-masonry), estimant que ce sont des « soi-disant » francs-maçons, relevant cependant une similitude des rituels et soulignant l'interdit fait à ses frères d'en devenir membre et/ou de visiter ses loges.
Or, précise-t-il la franc-maçonnerie régulière baisse en effectif, le déclin est largement amorcé. Il craint tout simplement leur disparition. Sa solution (pour dynamiser son ordre) serait d'ouvrir une maçonnerie d'adoption (australienne), ouverte aux femmes de la famille des francs-maçons !
Lorsque l'on est attaché à une maçonnerie du 18ème siècle, on ne peut qu'inventer ce qui a déjà été fait au 19ème siècle !
L'avenir, malheureusement pour ces deux frères et heureusement pour les femmes et les hommes, ne sera pas ceux qu'ils envisagent. Il ne fera que perdurer une division « régulier » et « irrégulier » qui est bien plus psychologique que reposant sur une réalité de faits. Quoiqu'ils puissent en dire, le Droit Humain est la même franc-maçonnerie ayant la même origine, l'une ayant choisi un chemin évolutif, l'autre restant enfermé dans un musée. Les hommes, lorsqu'ils se disent dans des ordres traditionnels, se considérant comme des sortes « d'élus », gardent une fâcheuse manie : exclure que ce soit pour des raisons de sexe, de couleur, de religion ou d'opinion des femmes ou des hommes. « Prince Hall » est de ces exemples difficiles à comprendre pour les Européens.
Il m'est devenu de plus en plus évident en analysant les crises des obédiences, même en France, que ce n'est pas en voulant devenir une sorte de muséum, en y momifiant la pensée d'hommes et de femmes vivants, que la franc-maçonnerie aura une chance de survivre où qu'elle soit et quelque soit son organisation (voir même ses effectifs actuels). D'ailleurs, une des origines des crises des obédiences est bien dans le désir de stagnation de certains et certaines, ne sachant ni régler leur incapacité et leurs préjugés.
La franc-maçonnerie n'est pas cette bouée de sauvetage permettant de sortir d'un monde de plus en plus complexe. C'est pourtant ainsi qu'elle est, de plus en plus, présentée : un refuge chaleureux (enfin presque!) dans lequel des personnes en quête de sens cultivent leurs complexes, leurs peurs et leurs frustrations. Elle est, au contraire, un endroit nous permettant de nous laisser couler dans le vrai monde. La franc-maçonnerie est une prise de risque. Le problème de la franc-maçonnerie régulière mais on le constate aussi dans une certaine franc-maçonnerie adogmatique et libérale, est qu'elle n'attire plus les jeunes, devenant vieillissante.
Or, souvenez-vous, lorsque vous étiez un jeune homme ou une jeune femme, vous aspiriez à quoi ? A découvrir, à apprendre, à se surprendre …. enfin à vivre. En aucun cas, vous ne vouliez être enfermé dans un club du troisième âge, à manger et à boire en jouant aux cartes. C'est ce que propose, bien trop souvent, la franc-maçonnerie d'aujourd'hui : un jeu de carte et un verre de vin. Un bien triste programme.
Le jeunesse est cette capacité à courir des risques. Des femmes et des hommes, bien trop blanchis par les ans pour être convenablement traités de jeunes, ont gardé ce désir de vivre, de découvrir. Ce n'est donc qu'un état d'esprit qu'il faut favoriser. Les grandes révolutions humaines ont été faites par des esprits jeunes pas par des vieillards frustrés.
La psyché féminine n'a nulle besoin d'arrangement spécifique comme le laisse entendre les québécois. Par contre, leur psyché a besoin de ses arrangements pour avoir le sentiment d'être des hommes, des mâles supérieurs … en pleine crise d'identité, en pleine crise de l'âge. Mais ceci est l'histoire de toute l'humanité.
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Femmes qui courent avec les loups
Petit clin d'oeil à " La Maçonne " FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS. Histoires et mythes de l'archétype de la Femme Sauvage - Clarissa Pinkola Estés Histoires et mythes de l'archétype de la F...
http://www.gadlu.info/femmes-qui-courent-avec-les-loups.html
Au sujet de la psyché féminine ... A lire et à faire lire sans modération. Merci à Alain pour ce clin d'oeil!