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La Maçonne
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Ésotérisme : l'humain au centre du débat.

"Les amoureux" Victor Brauner

Pour continuer ma réflexion sur l'ésotérisme et la franc-maçonnerie que j'ai débutée sur le blog Myosotis Dauphiné Savoie (que vous pouvez trouver ici) et qui a été suivi par un article sur la « méthode maçonnique » (lire ici), je souhaite ici aborder la place de l'être humain et de l'humanité dans les différents ésotérismes et, en particulier, en franc-maçonnerie. 

La franc-maçonnerie, elle-même, travaille « à l'amélioration de l'humanité », y compris la franc-maçonnerie régulière. Il s'agit du 4ème point (je l'imaginais avant d'écrire cet article en 8ème ou 9ème position !) et est stipulé ainsi sur le site de la GLNF : « 4- La Franc-Maçonnerie vise ainsi, par le perfectionnement moral de ses membres, à celui de l’Humanité toute entière. » que vous pouvez lire en entier en suivant ce lien

 Les obédiences libérales et adogmatiques indiquent, sous la même forme ou presque, le même objectif de la franc-maçonnerie dans leurs déclarations de principe respectives. 
Voici par exemple, l'article 1er de la Constitution du GODF : 
« Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, la Franc-maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité.
La Franc-maçonnerie a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité.
 »  

Les sœurs et les frères ont deux positions : 

  • Ils prennent, au pied de la lettre, cette « amélioration de l'humanité »  imaginant ainsi devoir travailler sur des sujets sociétaux, afin d'apporter leurs grandes idées aux partis politiques et gouvernements, … et donc réformer la société. Si on analyse l'article 1er de la Constitution du GODF, l'amélioration morale et intellectuelle de l'humanité passerait obligatoirement par la Laïcité. Ce qui, comme on le devine, est discutable. 
  • La dernière position, que personnellement je partage, sans nier l'importance de ce travail à « améliorer l'humanité » souhaitent passer par la « méthode », c'est-à-dire le symbolisme, arguant qu'il existe assez de partis politiques, think thank et autres associations (y compris de laïcité) qui font bien mieux que la franc-maçonnerie. La spécificité de la franc-maçonnerie est, effectivement, par sa méthode et constitue ce qui la différencie d'un think-thank. Si elle ne sait pas faire mieux, elle se devrait savoir faire autre chose. 

Cependant, maintenant que ceci est dit, cela ne prouve rien. Les faits montrent que soit les trois camps se trompent, soit que quelque chose ne fonctionne pas. 

Les obédiences libérales et adogmatiques n'apportent rien, se contentant de suivre les faits de société avec, bien souvent, un train de retard et n'accouchent d'aucune idée nouvelle ou un tant soit peu originale, qui pourrait la différencier d'une vulgaire et bien profane association. 
Ceci conduit inexorablement certains à quitter la franc-maçonnerie déçus de son vide, d'autres à se tourner vers une forme de spiritualisme déiste ou bien, dans le cas extrême, vers une forme d'évangélisation et de christianisation des francs-maçons en prenant d'ailleurs au pied de la lettre la notion de « perfectionnement moral ». 


Ceux-là arguent que la franc-maçonnerie ne doit s'occuper ni de politique, ni de religion. Ils se trouvent, d'ailleurs, assez vite confronter à un premier problème que j'ai aussi évoqué dans un article : la franc-maçonnerie n'est ni une religion, ni un substitut religieux. Comment faire exclusivement de la « spiritualité » sans confondre les genres ? Ce qu'ils n'arrivent, d'ailleurs, pas à faire. 


Ils oublient que même si la franc-maçonnerie, les francs-maçons et maçonnes ne doivent pas entrer dans aucune controverse religieuse ou politique, ils sont malgré tout censés  « travailler à l'amélioration de l'humanité » que l'on soit dans une obédience libérale ou régulière. Ainsi, ne voir en la franc-maçonnerie qu'une utilité « spirituelle », de développement personnel, est oublié que cela doit être aussi utile à l'humanité. Il faut, en effet, lui transmettre deux-trois trucs. Ce que nos « spiritualistes » ne font pas, n'ayant rien de vraiment spirituel à transmettre. 
Bref, pour dire les choses comme cela me vient, c'est l'histoire du chat qui se mord la queue. 

Dali

« L'Homme Parfait » en ésotérisme. 

Si la place de l'humanité n'est pas un des fondamentaux des ésotérismes (quoique cela puisse se discuter), il apparaît néanmoins que tous les ésotérismes occidentaux la mettent au centre du débat, de leur quête et/ou recherche. Tous ont travaillé à l'amélioration de l'humanité, de l'humain, que ce soit les alchimistes, les kabbalistes, les martinistes, … On trouve ainsi, le fils de l'Homme dans la tradition juive, l'Homme parfait du soufisme, l'Homme spirituel du taoïsme, Le Grand Homme du bouddhisme, l'Homme parfait de la tradition platonicienne …. 


Or, encore faut-il, comprendre que travailler à l'amélioration de l'humanité ne passe pas, obligatoirement, pour tous les ésotérismes, par le même chemin. Tout se trouve d'ailleurs là. Ce n'est pas parce qu'il y a un compromis sur l'objectif de l'ésotérisme, qu'il y a compromis sur les moyens. Les associations caritatives sont toutes d'accord pour travailler à faciliter le quotidien de leurs contemporains, mais toutes n'utilisent pas les mêmes moyens et n'agissent pas dans le même sens. Les unes travaillent à simplement à apporter des repas comme les « Restaus du Coeur », d'autres s'intéressent aux soins médicaux pour tous comme « la Croix Rouge », « Médecins sans Frontière », d'autres encore investissent leur énergie dans la défense des droits ou encore à procurer un logement ou un travail. 

Pour les ésotérismes, c'est la même chose. Ils n'ont pas nécessairement la même définition de l'humain et de l'humanité.  Ils n'ont pas les mêmes priorités. 
Bien sûr, il faut être attentif lorsque l'on manipule une telle notion.
« Pour en revenir à l'essentiel, nous explique Pierre A. Riffard dans l'Esotérisme, il faut noter que l'homme parfait est parfait en qu'il n'est plus un microcosme en puissance mais un microcosme en acte. […] Il accomplit entièrement les possibilités de l'homme et les correspondances entre l'homme intérieur et le monde extérieur. A ce titre, il est pure connaissance et pure jouissance. » 

Il s'agit de le devenir en cherchant bien sûr le « secret » qui ferait de l'humain d'aujourd'hui, l'humain de demain. Il n'y pas, non plus, de notion d'élus ou d'individu plus proches de la perfection que d'autres, contrairement aux religions. Il n'y a « que » des hommes et des femmes qui acquièrent plus de Connaissance, qui sont plus équilibrés, plus en harmonie avec l'Univers, que d'autres. Si vous rencontrez quelqu'un qui se dit avoir « trouvé », être devenu cet «homme (ou femme) parfait », fuyez. 


Les religions ont une recette toute faite pour toutes et tous : nombre de prières, régime alimentaire, longue liste de chose à faire ou ne pas faire … Cela devrait faire de vous quelqu'un de « parfait ». Or, c'est tout le drame des ésotéristes : ce qui marche pour un, ne marche pas pour les autres. Certes, ils peuvent donner quelques pistes – et des pistes … Comment vous dire ? Incompréhensibles pour le non-initiés. Mais dans le fond, le prosélytisme n'étant pas leur première préoccupation, voir pour les francs-maçons, formellement interdit, personne ne peut se dire « parfait », « pure Connaissance et Jouissance ». 


Les ésotérismes ne proposent pas de vision négative et dramatique de l'humanité que développe certains philosophes. L'humanité est bonne. C'est pourquoi, elle ne peut que s'améliorer. Or, les ésotérismes ont une définition différente de l'humain, voir même il s'agit de définir l'humain, ce qu'il est, pourquoi il est, son potentiel, quelle est sa place dans l'Univers, afin de définir logiquement son devenir. Aucun n'a établi une définition figée et fixe de l'humanité, faisant d'ailleurs évoluer les sciences. Ainsi, il n'y a rien d'étonnant que certains ésotéristes furent aussi (et surtout) des  médecins et des scientifiques.  
De même, l'ésotérisme n'est pas une théologie. Définir le divin n'a d'utilité que pour définir l'humain « fait à son image ». Il serait l'homme parfait réalisé. En reprenant l'expression de Riffard, « pure connaissance et pure jouissance ». Comme l'humanité est vue positivement, il ne s'agit pas non plus de construire un monde où les humains seraient malades, affamés, incultes, vivant dans la misère, privés de droits … et donc malheureux. Les conditions de vie sont donc tout autant étudiée suivant les ésotérismes, afin de définir les freins extérieurs au développement et à l'amélioration de l'humain . Ce n'est donc pas un hasard que parmi certains ésotéristes, il y a eut aussi des grands réformateurs sociaux. 

Pourquoi mettre l'humain au centre du débat ? 

Religion et philosophie ont d'autres préoccupations que l'humain. Les deux lui imposent un rôle, une mission sur terre, une définition, … Bref, un carcan, imaginant chaque être humain y évoluer. Nietzsche résumait l'humain à ceci : “L’homme est une corde tendue entre l’animal et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme”  
On peut ne pas apprécier une telle définition, d'autant que dans la pensée de Nietzsche, ce « surhomme » réalisé correspondrait à une élite dirigeante formée à l'exercice du pouvoir temporel. Rien n'indique – et ce n'est pas le cas – que ce « surhomme » soit heureux, « pure connaissance et pure jouissance » - ni même que ces subordonnés le soient aussi. 


Quant aux religions, l'être humain est condamné à avoir la foi et à se vouer à un dieu. Dans les deux cas, cela limite les horizons. 
L'ésotériste souhaite faire de l'être humain, non pas un homme supérieur exerçant le pouvoir (ce qui serait une dérive) mais un homme « parfait » parce que perfectible, en l'émancipant de ses handicaps. Là encore, l'handicape varie d'un ésotérisme à l'autre. 
Pour les égyptiens, s'il faut croire le Livre des Morts (et c'est certainement un raccourci), c'est de découvrir le moyen d'échapper aux ténèbres de la mort et d'accéder à une renaissance. Il lui fallait, entre autre, connaître tous les noms des dieux et quelques formules magiques apprises de son vivant (et mûrement intégrées). Il devient invincible, éternel, maître des dieux. Le gros handicap des humains pour les égyptiens étaient de mourir et d'être finalement rejeté dans l'abîme mystérieux du monde des morts et de l'oubli. 


En Grèce antique, il a existé plusieurs ésotérismes. L'un d'entre eux fut Pythagore mais le « dernier » fut Platon. Ce dernier distinguait, alors, deux philosophies, l'une destinée aux non-initiés et l'autre descendant des dieux, transmises par les anciens, par des hommes et des femmes, prêtres, prêtresses, prophètes et prophétesses, parfois perdue, parfois retrouvée, à l'aide des mythes, de légendes, d'oracles, de paraboles. Or, Platon n'a jamais défini l'humain, l'humanité, ne la différenciant pas des animaux, des végétaux (utilisant le même mot pour les désigner). 


« Ainsi, il n’y a pas à proprement parler d’animal, d’homme et de dieu : il y a une âme (spécifiquement) animale, une âme (spécifiquement) humaine et une âme (spécifiquement) divine. Par exemple, un homme peut avoir une âme bestiale — c’est le cas du tyran — ou une âme divine — c’est le cas du philosophe. Il nous reste alors à confirmer ce que peut bien être une “âme humaine”. L’âme animale est l’épithumia, l’âme divine le nous, et l’âme humaine est, comme nous l’avons déjà écrit, l’âme déchirée entre ces deux tendances (par exemple, l’âme composée de trois éléments de la République). » explique Mathieu Hilfiger, in « « L'humanité » chez Platon », Le Philosophoire, (cité en source) Il envisageait un monde de vivants où les âmes iraient de l'humain à l'animal sans différenciation. 
« D’abord, l’homme, moins éloigné de la vérité que la bête. L’homme est l’âme qui a perdu la science, mais qui a la possibilité de se souvenir, en contemplant l’intelligible. À ce titre, son oubli est relatif, ou plutôt, sa réminiscence est possible. Voici pour le statut général de l’âme humaine. Cependant, il ne faut pas oublier que de nombreuses formes intermédiaires (cf. supra, la classification de 248d-e) composent la classe générale « homme » : l’homme le plus savant et donc le plus proche des dieux sera le philosophe, l’homme le moins savant sera le tyran. Mais déjà le tyran, selon les termes mêmes de Platon, n’est plus un homme, mais une bête parmi les hommes. En ce sens déjà, hommes et animaux forment une même classe : la classe des âmes incarnées en général. L’homme est une espèce animale, une des espèces appartenant au genre hétérogène des animaux, c’est-à-dire des vivants incarnés. » continue-t-il. 
« Cependant, toutes les âmes sont soumises à la transmigration, et certaines bêtes ont pu être un homme, ce qui, comme tel et dans ce cas seulement, lui permettra — mais dans une autre vie — d’avoir la possibilité d’accéder à la vérité, en se réincarnant en homme : « l’âme d’un homme peut aussi s’implanter dans le corps d’une bête, et inversement celui qui fut un jour un homme peut de bête redevenir un homme. De toute façon, l’âme qui n’a jamais vu la vérité ne peut prendre l’aspect qui est le nôtre. » »

On constate dans cette définition du vivant, que l'humain – s'il n'a pas de définition propre dans laquelle il ne peut pas être enfermé – garde, ce que l'on appellera plus tard son « libre-arbitre » - pouvant agir dans le bien ou le mal du fait de son intelligence. L'humanité (et par là la divinité) est  définie suivant, non pas des caractéristiques biologiques, mais suivant une éthique spirituelle. Le but de tout humain serait ainsi de choisir le chemin de la spiritualité, de se souvenir de ses origines (divines), en choisissant le bon et le bien. 
 

« Vous agirez en portant votre regard sur ce qui est divin et brillant. — C’est ce qu’il semble. — Et alors, en y portant votre regard, vous vous verrez et vous vous connaîtrez, vous-même comme ce qui vous est propre. — Oui. — Alors, si vous agissez ainsi, je consens à garantir que vous serez heureux. — Si tu la garantis, la chose est sûre. — Mais si vous agissez avec injustice, en portant votre regard sur ce qui est contraire au divin et ténébreux, vos actions le seront pareillement, car vous ne vous connaîtrez pas vous-mêmes. » (citation de Platon). 

Il n'y a pas meilleure citation pour conclure ce chapitre. Si l'être humain est au centre du débat en ésotérisme, voué à vivre, à être et à s'améliorer, c'est tout simplement pour qu'il puisse être heureux. Une garantie platonicienne, dirais-je. « Pure connaissance » peut-être, mais celle-ci ne servirais à rien s'il n'y avait pas promesse et garantie d'une « pure jouissance ». 
 

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Diane de Poitiers

Esotérisme : une critique nécessaire. 

Je ne peux pas continuer cet article sans quelques mises en garde nécessaires. 
Il a existé (et existe encore) autant d'approches que de pratiques fantaisistes. Les alchimistes du Moyen-Age ont développé « l'or potable », en abreuvant la noblesse de l'époque, le considérant comme un remède miraculeux et même une cure de jouvence. Ce breuvage a, bien évidement, été la cause de nombreux décès dont celui de Diane de Poitiers (source)

Stanislas de Guaita ne fonda pas uniquement le fameux « Ordre kabbalistique de la Rose-Croix » dont on y retrouvera Papus, Satie, Debussy, Peladan, Barès ou encore Oswald Wirth mais aussi une « Société d'études psychiques » à Nancy. Parce que la Maçonne n'a peur de rien, je vous ai trouvé un numéro de 1927 de cette fameuse société se réunissant à Nancy et comptant parmi ses membres Papus. (il suffit de cliquer ici)
Cette société existe toujours sous le même nom et organise des conférences et possède même une bibliothèque plutôt complète en son genre. (Pour les amateurs du genre, c'est ici)
A chacun ses croyances, ... . 

Par ailleurs, l'ésotérisme d'hier est aussi affaire d'interprétation. Il faut, ainsi, être attentif concernant  certaines analyses pseudo-historiques. 
Par exemple, Louis-Claude de St-Martin, qui n'est pas mon ésotérisme préféré, loin de là, est présenté comme un contre-révolutionnaire dans la lignée de De Maistre, par d'autres « contre révolutionnaires », imaginant une société théocrates où seule une élite aurait des droits. 
Or, il n'en est, au contraire, rien. De petite noblesse, il fut un républicain zélé et parfaitement anticlérical.

Il n'eut pas de grand rôle, mais participa à la chose publique dès cela le lui fut demandé. « Puisque je ne suis pas en état de servir la République autrement », écrit-il, « il faut bien que je lui consacre le peu de moyens qui sont en mon pouvoir. » Car « on doit s'estimer heureux toutes les fois qu'on se trouve pour quelque chose dans ce grand mouvement; surtout quand c'est de cette manière-là où il ne s'agit ni de juger les humains, ni de les tuer ». (source)

Dans cette sorte de développement par paliers qui caractérise l'évolution de l'humanité selon Saint-Martin, « l'action vive et violente »  marquait le passage à un règne nouveau. La France succédait aux Juifs et devenue nation élue se devait de seconder activement cette élection. Autrement dit de conquérir et de répandre le sabbat. Tirés de leur « apathie »  les Français, « peuple de la nouvelle loi » allaient se trouver en mesure de travailler à la délivrance générale, à l'ère sabbatique : 
« [...] je crois voir dans notre étonnante révolution un dessein marqué de la Providence de nous faire recouvrer à nous, et successivement à bien d'autres peuples (quoique je ne sache pas par quel moyen) le véritable usage de nos facultés, et de dévoiler aux Nations ce but sublime qui intéresse la société humaine tout entière, et embrasse l'homme sous tous les rapports. » .
Autrement dit, le peuple français – grâce à la Révolution – se trouvait non seulement libérée du joug de l'aristocratie, de la royauté mais aussi était désigné par Dieu, élu par lui, comme le peuple juif l'est. 
Pour lui aussi, ce n'est pas dieu qui est au centre du débat, mais l'humain et l'humanité, même si, par ailleurs, il définit l'humain comme incapable de créer quoique ce soit, mais simplement « transformer ». 

Ce n'est, bien sûr, pas de savoir si la Révolution de 1789 est une "providence divine" qui m'importe (je m'en fiche, en fait) mais de ne pas transformer une pensée - peu importe laquelle - en ce qu'elle n'est pas pour justifier la destruction et à la mort, la haine de l'autre.

De même, si faire tourner les guéridons est uniquement ce que l'on voit dans l'ésotérisme - pour mieux s'en moquer ou le diaboliser - c'est, sans contexte, ce que les supermarchés de la spiritualité nous vendent. 

L'homme parfait est - faut-il le préciser ? - vivant. Au final, les ésotéristes n'ont que faire de son repos (éternel) et de savoir s'il va (ou non) au paradis. Il y a des prêtres pour cela. En fait, la seule réponse à la mort serait, à l'instar des Egyptiens, de faire un pied de nez aux dieux et de prendre leur place. Bref, de trouver une parade que ce soit la pierre philosophale ou de parler aux anges. Chacun son truc. 
Bref, « l'homme parfait » mort leur est inutile. Ce en quoi, l'ésotérisme – faut-il aussi le préciser ?– se différencie des religions, prenant bien souvent des libertés avec celles-ci. 

De même, les ésotéristes ne confondent pas, et n'opposent pas, les  vérités de la science et de la pensée humaine à celle de la foi. Comme d'ailleurs, ils n'opposent pas le rationnel et l'irrationnel. L'être humain est un tout, à la fois rationnel et irrationnel. Ce n'est pas forcément, pour eux, dans le monde et la pensée rationnel que l'on trouve la vérité et surtout les moyens d'améliorer l'humanité. Mais ce n'est pas non plus en s'y opposant. 

L'autre critique – et cela mérite de le rappeler – lorsque l'on parle de l'humain et de l'humanité, c'est de toute l'humanité sans exception dont il s'agit, quelque soit sa religion, sa culture, ses croyances et ses incroyances, sa pratique religieuse, son origine ethnique. Ainsi, les ésotérismes dit d'extrême-droite, ainsi que leurs auteurs, n'ont aucunement leur place dans un système de pensée contemporain. D'ailleurs, peut-on vraiment les appeler « ésotériste » ? Non. 

Pour Joseph De Maistres, souvent présenté comme cynique et dogmatique, contre-révolutionnaire, l'humanité n'existe pas. 
« Il n'y a point d'homme dans le monde. J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes; je sais même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan; mais quant à l'homme je déclare ne l'avoir rencontré de ma vie; s'il existe c'est bien à mon insu. » écrivait-il dans Considération sur la France. C'est tellement sublime de stupidité que n'importe qui peut en dire autant de dieu ! 

Nier l'existence de l'humanité est déshumanisr tout humain, en faire des jouets soumis soit d'un monarque d'ordre divin, soit d'un dieu. Parfois même les deux. Ces penseurs conduisent non pas à l'humanité à s'émanciper, à trouver la paix ou l'harmonie, le bonheur, mais à autoriser à une élite de s'imposer, de s'enrichir, et même à tuer. 


La franc-maçonnerie. 

La franc-maçonnerie, comme je l'ai expliqué dans l'article publié sur le blog « Myosotis Dauphiné Savoie » de Fidèle d'Amour possède tous les invariants d'un ésotérisme à part entière. Or, contrairement aux ésotérismes du 18ème siècle, voir du 19ème siècle, cela semble s'arrêter à en faire le constat. On peut dire qu'elle représente un système ésotérique indéfini, indéterminé ou encore à faire. Ceci explique certainement qu'elle n'a rien été capable de sortir. 

Or, si on se repose sur les ouvrages de Michel Kônig, et en particulier « Le GADL'U » ((présentation du Tome 2 en cliquant ici), la franc-maçonnerie est née par la Royal Society, avec Newton et son secrétaire Désaguliers, société composée de scientifiques. Ne cherchaient-ils pas au delà du rationnel de leurs sciences, par le biais d'une pensée que l'on peut qualifier d'irrationnelle, autant de moyens d'améliorer les conditions de vie de leurs contemporains ? N'y-a-t-il pas chez ces premiers francs-maçons le désir de trouver un équilibre, une harmonie par la compréhension de l'univers ? Une compréhension qui ne serait ni religieuse, ni théologique ? 

Par ailleurs, si la franc-maçonnerie ne réussit à rien sortir, il faut se demander si elle a réussit un jour – sur ces trois siècles d'existence – à sortir quoique ce soit. En effet, je constate bien souvent que les grandes idées de ce siècle ne sont pas le fait d'obédiences, de loges, mais uniquement de quelques hommes et femmes, maçons et maçonnes, agissant à titre individuel et personnel, parfois avec leurs loges.  S'ils avaient été « corporate », comme on le dit, aujourd'hui dans le milieu de l'entreprise, ils n'auraient certainement rien fait. 

Les obédiences s'accaparent un passé et une histoire qu'elles n'ont pas écrites et pour lesquels, bien souvent, elles se sont opposés en leur temps. C'est le syndrome de Voltaire – qui est fêté par le GODF comme un de leurs initiés – alors que le GODF de l'époque de Voltaire, suite à son initiation, avait menacé de démolition la loge qui l'avait reçu. Si le GODF s'enorgueillit de cet auguste initié, ce n'est pas grâce à lui, mais à une poignée d'hommes et de femmes. 
Les obédiences sont incapables de sortir quoique ce soit, c'est très certainement aussi parce qu'elles se sont construites un mythe, une ré-écriture de leur propre histoire, qui fait croire aux frères et aux sœurs, y compris à leurs dignitaires, qu'elles en ont été capables dans un lointain passé. Cette légende urbaine permet d'ailleurs à bien des frères et des sœurs de dormir la conscience tranquille. 


Les obédiences ne sortent rien des cartons. C'est que les cartons sont vides. Si des frères et des sœurs ont des idées novatrices, ils et elles les développent en dehors de leur obédience et loge respectives. 
Imaginez que vous avez une idée géniale. Certes, vous pouvez la partager avec votre loge, pour la tester – et vous comprendrez très vite qu'une idée géniale ne fait pas l'unanimité – ce qui vous empêchera, de facto, de la produire au niveau de l'obédience. L'organisation hiérarchisée et centralisée des obédiences ne permettent, finalement, que des approches consensuelles, adoptables par le plus grand nombre et aucunement des approches originales et novatrices. Le novateur effraye. La logique de groupe se tourne généralement vers une approche conservatrice. Elle préfère l'immobilité au changement, à la remise en cause – et même à l'évolution.  

Dans tous les cas, les obédiences ont oublié depuis longtemps que l'amélioration de l'humanité, passait aussi par s'améliorer soi-même, c'est-à-dire le collectif qu'est l'obédience et la loge. Avant de commencer à réformer le monde, il faudrait commencer par ses propres structures. Ceci me semble aller de soi et n'est, pour le coup, pas une réflexion ni novatrice, ni originale et à la portée de n'importe quel profane. 

Ceci me conduit à conclure que ce n'est pas aux loges et aux obédiences d'être amené à sortir des chemins battus mille fois, mais aux francs-maçons et maçonnes eux-mêmes. « Travailler à l'amélioration de l'humanité », c'est mettre l'être humain au centre du débat. La dernière fois que vous l'avez fait, c'était quand ? 

 

Sources ;

Le citoyen Louis Claude de Saint-Martin, théosophe révolutionnaire, Nicole Chaquin, Dix-Huitième Siècle  Année 1974  6  pp. 209-224, lire ici

Histoire de l'ésotérisme chrétien, François Secret, Antoine Faivre in Annuaires de l'École pratique des hautes études  Année 1969  78  pp. 329-335 - lire ici

Zaganiaris Jean, « Réflexions sur une « intimité » : Joseph de Maistre et Carl Schmitt », L'Homme et la société, 2001/2 (n° 140-141), p. 147-167. DOI : 10.3917/lhs.140.0147. URL : lire ici

Hilfiger Mathieu, « « L'humanité » chez Platon », Le Philosophoire, 2004/2 (n° 23), p. 166-194. DOI : 10.3917/phoir.023.0166. URL : lire ici

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A
L'humain au centre du débat? <br /> Esotérisme ou pas l'humain est aujourd'hui devenu un luxe en voie de perdition pour le commun des mortels. Aujourd'hui ce qui compte c'est le plan comptable et quant à l'humain il suffit de faire un tour dans certains hôpitaux de Bretagne (on ne dévoile pas de noms pour l'instant) ou des Ephads pour se rendre compte que l'humain n'est plus la première des préoccupations de nos sociétés.<br /> Les petits chefs formatés qui dirigent ces établissements, à ne pas confondre avec le personnel médical et autres qui se dévouent sans compter, n'ont aucunement les préoccupations de l'humain. Même une Ministre des industries pharmaceutiques est plus préoccupée par le continuum d'un médicament qui rend malades les victime de la thyroïde que par en revenir à une ancienne formule qui soulageait les patients.<br /> La barbarie est à nos porte et l'humain n'existe plus. Même la laïcité nécessaire au vivre ensemble est mise à mal.<br /> Ce petit mot d'André Bellon qui en dit long sur l'état de l'humanisme de nos société,<br /> Quand le rapport du jury de l’ENA découvre l’eau chaude<br /> <br /> <br /> <br /> Nous avons découvert sans stupeur le rapport du jury du « prestigieux » concours d’entrée à l’ENA. Celui-ci s'inquiète de l'incapacité des aspirants énarques à produire une réflexion originale, voire à penser par eux-mêmes…<br /> <br /> On ne saurait que se féliciter de cette découverte de l’Amérique…si elle n’avait été découverte depuis longtemps. Car il faut être bizarre, ou résolument naïf, pour demander que les énarques soient anticonformistes.<br /> <br /> Dans l’imaginaire le plus répandu, les énarques sont les dirigeants potentiels du pays. Or, qu’ont montré les dirigeants réels depuis des années, sinon un conformisme appuyé ? Pourquoi diable ceux qui aspirent à les remplacer se risqueraient-ils à les critiquer ? Et pourquoi le jury sélectionnerait-il ceux qui représentent un risque pour l’ordre établi ?<br /> <br /> Dans la réalité institutionnelle, les énarques sont les cadres de haute fonction publique, ce qu’on appelle les grands commis de l’Etat. Qu’on sache enfin regarder en face le problème : que signifie être un grand serviteur de l’Etat alors que le discours dominant en France, en accord avec Bruxelles, critique en permanence l’Etat, alors que la notion même de démocratie républicaine, qui a fait la force de la nation est perpétuellement stigmatisée, traitée de populiste ou autres noms d’oiseaux.<br /> <br /> Certes, le problème ne saurait se limiter à la sphère de l’ENA. Il concerne l’ensemble de la formation de très haut niveau qui demande plus des serviteurs zélés que des individus portés à l’analyse. L’esprit critique peut-il être enseigné ? En tout cas, on peut chercher à le valoriser. Sinon, une fois de plus, pourquoi s’inquiéter des conséquences lorsque tout est fait pour s’accommoder des causes ? <br /> <br /> Alors parler d'ésotérisme pour y parler d'humain c'est sans doute possible mais la société le permet t'elle?
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L
Pas plus qu'hier, je pense. Ceci en réponse à ta question concluant ton commentaire. Pas plus qu'avant la 1ère guerre mondiale et pas plus qu'avant la 2nde ... et ceci que pour les "grandes" périodes du 20ème siècle. <br /> <br /> Le sens critique ne s'apprends pas.Tous les enfants l'ont. Seulement, on le brime ... et le système éducatif le premier. <br /> Il n'y a donc rien d'étonnant à voir des individus ayant menés des grandes études étant incapables d'analyses ... étant des purs produits d'un système qui valorise le conformisme mais surtout l'obéissance. Ces étudiants ne sont pas meilleurs parce que plus intelligents (même si cela aide) mais parce qu'ils sont mieux intégrés. <br /> C'est d'ailleurs tous le problèmes des enfants dits "surdoués" qui ont - eux - des difficultés d'intégration et sont souvent en échec scolaire s'ils ne sont pas diagnostiqués (oui, être sur-doué est une maladie mentale et nécessite un psychologue pour poser un diagnostique). Ceux-là ne deviennent pas énarques ... <br /> Tu soulèves ainsi une contradiction de notre système scolaire et social. <br /> <br /> L'ésotérisme s'est toujours situé "en dehors" de la société. Peut-être parce qu'il a toujours mis l'humain au centre du débat contrairement à la société à différentes époques. Tricoter son truc dans son coin n'est, de toute manière, pas une solution ... C'est une situation imposée par un mode de fonctionnement obsolète de nos obédiences. <br /> <br />
U
Bonjour, <br /> merci ma Soeur pour cette planche assourdissante de réalité. Je parle de l'obédience dont je suis membre : la GLMF.......<br /> Qu'est ce qui pourrait nous faire espérer......à nouveau ? <br /> Fraternellement
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L
Notre ésotérisme est le miroir aux alouettes qui attire certains profanes et en rebutent d'autres en ce qu'il établit une sorte de nébuleuse diffuse autour de nos temples et qui permet de travailler tranquillement en loges. L'ésotérisme suscite donc aussi bien la haine que l'intérêt.<br /> Il est encore bien pratiqué dans les loges et reste le fondement de notre action interne, du moins pour ceux qui ont envie, les autres se contentant d'adopter quelques mots et attitudes qui leur permettent de survivre dans le milieu, voire plus. <br /> Cependant, on ne peut malheureusement que constater que l'a volonté d'ésotérisme se dilue de plus en plus au fur et à mesure que l'on se rapproche plus des instances nationales: celles-ci ne se préoccupent plus guère que d'argent, de pouvoir personnel et de développement de l'obédience même au dépens des autres obédiences mêmes amies. Il suffit, pour le voir, d'assister à un congrès ou de suivre le relevé des décisions de ces congrès, où l'on ne parle plus d'ésotérisme mais seulement de finances de développement international. Et même si beaucoup de soeurs et de frères persistent à s'intéresser à beaucoup de questions, à travailler dessus, la méthode collection des idées, ces synthèses régionales qui font la base des synthèses nationales, fait disparaître les originalités et les innovations. Mieux, le filtrage fait au niveau national fait qu'il y a très peu de chances qu'une bonne idée novatrice arrive au congrès et soit votée: le système est volontairement verrouillé par en haut, au point même que des communiquées sont publiés par les instances nationales sans que les loges soient mises au courant. <br /> Il faudrait donc que les loges de base se réunissent et publient leur travaux de leur propre responsabilité; mais c'est la grande peur des instances nationales, car ils y voient d'abord et seulement un risque d'éclatement de l'obédience, d'où le besoin qu'ils éprouvent de nous imposer la fréquentation de certaines obédiences ou de certaines loges, et pas d'autres.<br /> L'ésotérisme doit cependant rester la méthode de base des loges: il permet en effet encore et toujours à certains frères et soeurs de s'émanciper de quelques unes de leurs difficultés. Mais c'est aussi le collectif qui renforce cette action au quotidien: sans fraternité, c'est mort d'avance...
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