20 Mars 2018

C'était le 8 mars, il y a plus de 10 jours. Seule la Fédération Française du Droit Humain a souhaité témoigner par un communiqué sur la défense pour la défense des Droits des femmes. Les autres obédiences françaises sont restées muettes. Elles n'auraient rien à revendiquer, aucun droit qu'elles aimeraient défendre, aucun message à transmettre. Fort heureusement, les associations féministes, les médias traditionnels, ont joué leurs rôles. En effet, ce qui est essentiel de faire – ce qui doit être fait – est travailler à changer les mentalités en parlant, en expliquant, en commentant … et en écrivant. Si partout dans le monde il y a encore de droits à conquérir pour les femmes, c'est aussi parce que les mentalités n'évoluent pas.
Cette année, s'il faut reconnaître quelque chose et même se féliciter d'une nette évolution en ce qui concerne les droits des femmes est une prise de conscience publique, générale, concernant la violence faite aux femmes partout dans le monde.
#balancetonporc ne fut pas qu'un hashtag concernant les réseaux sociaux pour la France, mais un même mouvement à l'échelle planétaire. Ce n'est pas la tribune tragi-comique signée par une centaine de femmes, dont Catherine Deneuve, qui aura convaincu qui que ce soit de laisser le « droit aux hommes d'importuner les femmes au nom de la liberté sexuelle ». Comique ? Parce que les femmes, au nom de cette même liberté sexuelle, ont aussi le droit de ne pas se laisser importuner. Tragique ? Parce que confondre « drague » avec viols, violences et agressions sexuelles, c'est à faire désespérer n'importe qui.
La violence faite aux femmes est devenue le symbole de l'insupportable, la preuve radicale de l'inégalité entre les hommes et les femmes qu'aucun chiffre, qu'aucune argutie sur le libertinage, ne pourra réduire.
S'il y a plus de 100 femmes par an, en France qui sont tuées par leur conjoint, il n'y a pas 100 hommes par an qui sont tués sous les coups de leur conjointe. S'il y a plus de 83 000 femmes victimes chaque année de viols et tentatives de viol, il n'y a pas 83 000 hommes victimes de viols ou de tentatives de viols par des femmes.
De même, à l'échelle de la planète et des nombreuses formes de violence faites aux femmes qu'elles soient physiques ou psychologiques, on trouverait autant d'hommes vitriolés, mutilés, voilés et privés des droits élémentaires, lapidés, torturés, esclaves, enlevés qu'il y a aujourd'hui de femmes dans le monde. Or, ces hommes-là - victimes de violence - n'existent pas.
Il faut comprendre, ici, que je ne souhaite pas qu'ils existent, je souhaite que ces femmes, victimes, ne le soient plus tout en soulignant que ce sont des crimes spécifiques, touchant des femmes parce que ce sont des femmes. Des crimes sexistes.
Ce qui a failli être le retour de Bertrand Cantat, chanteur de l'ex groupe « Noir Désir », a fait polémique. Celui-ci demande le droit à l'oubli, à pouvoir vivre sa vie, ayant purgé sa peine (8 ans) suite à sa condamnation pour homicide involontaire sur Marie Trintignan. Le droit à la réinsertion, à une seconde chance – oui, on peut l'entendre de la part du gamin qui a volé une mobylette, du petit dealer de quartier. Or, Marie Trintignan – comme toutes les victimes comme elle – n'est pas morte que pour 8 ans. Elle, elle n'aura pas l'occasion de vivre sa vie. Toute la problèmatique de ce type d'homicide est bien la qualification d'involontaire. D'ailleurs, le dire « homicide » et non pas « féminicide » ne grandit pas, franchement, la France et son goût pour la pureté de la langue française. Qui a-t-il de commun entre celui qui, suite à quelques secondes d’inattention renverse un cycliste au volant de son véhicule et celui qui frappe volontairement et tue involontairement ? Aucune.
Diaboliser les victimes, c'est terminé. Du moins, je l'espère. La polémique autour du système de défense du mari de la joggeuse Alexia Daval, morte chez elle sans faire de jogging, tuée par un mari éploré, a bel et bien choqué l'opinion. Quelle femme tuerait son conjoint et expliquerait à la barre :
« Monsieur le Juge, mon conjoint remettait en cause ma féminité et me provoquait régulièrement en me traitant de frigide. Il avait une personnalité écrasante, et des accès de violence extrêmement important à mon égard [du fait de la prise de médicaments!]. J'ai fini par le frapper, l'étrangler afin de le maîtriser, le tuer, le porter dans le coffre de ma voiture et faire brûler son cadavre dans le bois à côté de chez nous en le camouflant sous des branchages. Tout cela est, bien sûr, involontaire de ma part. »
On notera dans la surprenante défense de Jonathann Daval qu'une femme a besoin de médicaments pour avoir une personnalité écrasante et être violente … (source)
Cette année, il est apparu, finalement, dans l'esprit de toutes et de tous, que nous avons accepté un monde dans lequel il existerait deux catégories d'individus : des femmes, victimes de violence et des hommes, des agresseurs. Jusqu'alors, bien que de nombreuses avancées ont été conduites par les pays occidentaux, cette situation était soit niée, soit minimisée.
C'est un autre monde qu'il faut construire. C'est un autre monde qui se construit.
