28 Août 2018

Croyez-moi sur parole ou pas. Jusqu'à présent, j'ignorais passablement l'existence d'un « féminisme de droite » et un « féminisme de gauche », considérant qu'il s'agissait là d'un faux procès inventé par quelques anti-féministes ou simplement des journalistes en manque de sujets.
Marlène Schiappia m'a fait constater mon erreur – et dans les grandes largeurs, si j'ose dire – Il existe un « féminisme de droite » qu'elle représente à merveille … et je n'en suis pas.
Interloquée de cette découverte, je me suis penchée sur ce qu'était ce « féminisme de droite » diablement politisé.
Selon moi, forcément marginal, le féminisme est aussi une réinvention de la société. Le féminisme n'exclut, donc, pas les hommes – ni les enfants – Il n'est pas une continuité mais une rupture entre le sexe et le genre. Il n'est pas, non plus, une uniformisation des hommes et des femmes, afin de créer une sorte d'androgynie sociale. Il est émancipateur (au minimum) mais aussi créateur de sa propre individualité, en dehors des codes et des rôles imposés par l'éducation et la société.
Du « féminisme de droite » - comme d'ailleurs pour toutes les pensées féministes – aucune définition fixe n'est disponible. On peut, néanmoins, dire qu'il s'agit d'un féminisme bourgeois, et donc conservateur. Au 19ème siècle, ce féminisme bourgeois était appelé aussi « le féminisme du petit pas ». Cela consistait à ne pas faire de révolution mais à espérer qu'un jour, peut-être, la IIIème République allait consentir à accorder le droit de vote aux femmes tout en expliquant "que ce n'est pas encore le moment".
Sa principale caractéristique – ce qui saute aux yeux – est que ce féminisme ignore toute une catégorie de femmes, celles en situation précaire, n'ayant pas fait beaucoup d'études, vivant en zone rurale ou dans des cités ou, dans le meilleur des cas, les infantilisent faisant écho aux conservateurs mâles en estimant qu'elles sont incapables de se prendre en charge. Le féminisme politique, qu'il soit de gauche ou de droite, se reconnaît par sa grande capacité à « donner des leçons » aux femmes, leur dictant un mode de vie et un code de conduite, afin qu'elles représentent « l'idéal féminin ».
Le problème du féminisme (voyez que je ne suis pas si radicale que cela!) - qu'il soit de droite ou de gauche - est qu'il peut définir un modèle de femme, une sorte d'idéal de la femme nouvelle auquel on devrait se conformer.
Cette définition de la femme correspond aussi à une définition de la société.
Un féminisme de droite définira les femmes, leurs rôles en leur donnant ou pas une marge de manœuvre émancipatrice, au sein d'une société de droite. Un féminisme de gauche – d'ailleurs – fera la même chose. Les nuances – parce qu'il en existe des milles et des milles – varieront selon que l'on se place d'un extrême politique à l'autre.
L'exemple typique est la conception de la maternité et plus largement le rôle de la mère dans ces féminismes politiques – que d'autres appelleraient d'Etat – En effet, pour aller tout droit à l'extrême-droite, le modèle de société conçoit la cellule familiale exclusivement hétérosexuelle et afflige les femmes d'une douloureuse obligation : elles doivent avoir des enfants et les élever avec l'aide parcimonieuse et mesurée de leur conjoint. Leur seule liberté – et c'est là que cela se revendique comme du « féminisme » - est qu'elles peuvent décider quand et combien d'enfants elles feront. Quant à comment, on est d'accord que le mieux est la méthode la plus naturelle qui soit.
Force est de constater qu'il existe des cas de stérilité – qui ne sont d'ailleurs que des stérilités féminines – ainsi, il est admis qu'elles utilisent des techniques de procréation assistée. Pour l'avortement, c'est à géométrie bien trop variable suivant que l'on soit très à l'extrême-droite ou dans une droite modérée mais néanmoins conservatrice. On va crier au scandale, estimer - comme je l'ai entendu - que les femmes - des décérébrées vraiment - l'utilisent comme moyen de contraception ou qu'il ne peut qu'être permis que dans certains cas bien limité (le viol, la malformation du foetus, la mise en danger de la mère, ...). Le but, dans tous les cas, est d'en limiter l'accès directement ou indirectement (en limitant les centres, permettant aux médecins l'objection de conscience, etc).
Suivant cette conception étriquée de la place de la femme – du point de vue de sa maternité – Marlène Schiappa a proposé une VAE (Validation des Acquis) aux jeunes mères pour qu'elles puissent être diplômée dans la « petite enfance » (CAP « Petite Enfance »). Incroyable, non?
Vous ne voyez pas en quoi cela l'est? Tout simplement, c'est pas parce qu'une femme élève ses enfants qu'elle a les compétences et assez de connaissances pour garder et s'occuper de ceux des autres. Si c'était le cas, pourquoi n'obtiendraient-elles par des VAE suffisantes pour être sages-femmes aidées, en cela, de leur expérience de l'accouchement ? (source)
C'est tout dire sur ce qu'elle estime être le rôle et la fonction des femmes : s'occuper des enfants et rien d'autres.
L'autre caractéristique d'un féminisme politisé est qu'il considère qu'il existe des mauvais et bons combats féministes. S'il y a bien des priorités, c'est-à-dire des urgences, tous les combats sont bons.
Pour un féminisme situé à droite de l'échiquier politique, un exemple de ces mauvais combats est la féminisation des noms. Cette féminisation remettrait en cause une idée de la société où le masculin l'emporterait et symboliserait la grandeur et la noblesse d'une fonction. Le féminin, c'est cracra au point qu'accorder les noms au féminin, cela revient à s'arracher la moitié de la bouche. Ah ! La bonne vieille morale judéo-chrétienne quand tu nous tiens !
Comme il s'agit d'une société vue par des politiques, ce féminisme place aussi les femmes face aux exigences d'une économie capitaliste ou libérale. Au même titre que les hommes, les femmes sont dans un projet de concurrence sociale "au mérite", dans lequel on oppose les riches et les pauvres, les utiles et les inutiles, associé aux considérations raciales et racistes lorsque le curseur se déplace du côté d'une droite dure. Pour ce qui concerne les femmes, il y a des femmes "biens" et les autres.
A droite, sans aller dans l'extrême, on constate qu'il existe quelque flou dans la propre identité des féministes.
Ainsi, Aurore Bergé, en 2015, élue de l'UMP, expliquait que les mesures se voulant combattre les rôles genrés, étant proposé par la gauche ne pouvait pas être accepté par la droite bien qu'elle soit d'accord avec le principe. Ce genre de réflexion est encore une bonne raison pour militer pour l'apolitisme du féminisme.
Le féminisme de droite combat – et c'est d'ailleurs son combat de base – le féminisme de gauche parce qu'il est à gauche – peu importe si la réponse au fond du problème est bonne ou mauvaise. La féministe de droite est, au fond, une bonne fille bien soumise qui ne se pose pas trop de questions comme Aurore Bergé. (source)
Cela conduit à une dernière caractéristique du féminisme de droite qu'il soit « de la rue » ou de « l'Etat » : ce féminisme déteste les années 70. Non pas à cause du disco, mais à cause du militantisme féministe situé trop « à gauche ». Ainsi, ces "féministes" peuvent se dire comme telle mais - elles ajoutent - mais surtout pas comme dans les années 70. En effet, ce militantisme a surtout obligé des politiques de droite, hommes ou femmes, à devoir s'aligner et accepter une société où les femmes auraient une place égale à celle des hommes.
C'est finalement, ce que ce soi-disant féminisme combat ; l'égalité ... au même titre que tout autre projet politique, préférant creusant les fossés sociaux, économiques et culturels.
