Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
La Maçonne

De Léo Taxil aux témoignages d'anciens (faux) francs-maçons : le satanisme.

C'était Léo Taxil qui, le premier, a lancé la mode du « témoignage d'ancien francs-maçons », évoquant pèle-mêle son supposé satanisme, des pouvoirs paranormaux et autres fantaisies. Anticlérical, il s'est moqué de la crédulité du clergé comme il s'est amusé à attaquer les obédiences maçonniques existantes, qu'il n'aimait pas vraiment pour avoir été radié suite à un plagiat. 

Initié dans la loge « le Temple des Amis de l'Honneur Français », il y rencontra Bernard Enthuileur, avec lequel il fonda « la bibliothèque anticléricale ». Il publia un certain nombre d'ouvrages dont « A bas la calotte » ou encore « les maîtresses du Pape », le « Pape femelle », « l'homosexualité dans les couvents ». Radié suite à une accusation de plagiat, il devint « anti-maçonnique », affirmant s'être « converti » au catholicisme. Comme sa relation à l'autre passait, essentiellement, par ses publications, il fonda ce qui deviendra  « la France anti-maçonnique », non sans avoir déclaré haut et fort son repentir et sa conversion au catholicisme. 

Son canular reposait sur le témoignage de Diana Vaughan, jeune et belle Américaine, supposée Grande Maîtresse du Rite Palladique Rectifié, convertie à la suite d'une prière à Jeanne d'Arc,. L'histoire de Diana Vaughan fut publiée en plusieurs feuilletons qui eurent leur petit succès. 
Pour en avoir lu de larges passages, l'imagination de Taxil était plutôt féconde – ayant inventé avant l'heure le roman « occultiste » -  et rien ne tenait vraiment debout à moins de croire pèle-mêle à la lévitation, télépathie, téléportation et bien sûr à voyager dans les enfers … Les ficelles du canular étaient d'épaisses cordes bien visibles. Néanmoins, d'illustres membres du clergé y trouvèrent un écho utile à leurs propres soupçons (concernant la franc-maçonnerie). La première victime de Taxil fut le Pape Léon XIII – qui utilisa largement les « révélations » de Taxil pour reconduire l'interdit de  la franc-maçonnerie. C'est Abel Clarin de La Rive ; directeur de la France Antimaçonnique, qui, menant une enquête, a poussé Léo Taxil a tout avouer. 

Le 19 avril 1897, lors d'une conférence organisée à la Société de géographie devant des journalistes français et étrangers, des délégués de l'archevêché, des francs-maçons et des libres-penseurs, Léo Taxil dévoila lui-même son imposture, qualifiant la supercherie d'« aimable plaisanterie ». 
Les journaux en firent leurs choux gras, s'amusant et s'offusquant tout à la fois de l'impudence de Léo Taxil. 
Vous pouvez lire l'excellent article de Critica Masonica qui vous en dit plus ici 

En faisant des recherches sur les mystifications et autres arnaques à l'initiation maçonnique, je me suis tout naturellement penchée sur les « témoignages » de ces ex-francs-maçons à titre de simples vérifications. Je me suis sentie obligée d'en faire une analyse. Il fait chaud,  les vacances … et les sujets trop sérieux ne sont pas de mises. 

Dans la plupart des témoignages, leurs auteurs se présentent comme des hommes normaux qui entrent, en toute bonne foi en franc-maçonnerie, y reste plusieurs années, vont dans les hauts grades,  et, du jour au lendemain, découvre Jésus Christ et leur terrible erreur. 

Satanisme, toujours. 

Le témoignage de Serge Abad-Gallardo est l'un de ceux-là. Il se dit initié au Droit Humain qui serait une « émanation du Grand Orient de France » … mais en Espagne ou dans un monde parallèle ou l'Espagne ne serait qu'une province de la France - ce qui est, déjà, un mauvais point. Il y serait resté 24 ans, aurait été dans les hauts grades, mais dans son témoignage il ne présente que des symboles, qui ne quittent même pas le cabinet de réflexion. Autre mauvais point. Cela se gâte très sérieusement lorsqu'il explique : «  En 2012, j’ai expérimenté ce que l’on peut appeler « le Mal absolu ». J’ai vu jusqu’où va la noirceur de l’âme humaine. Par la sorcellerie et la magie**, j’ai constaté la présence du diable et son œuvre maléfique dans une vie. ». Du jour au lendemain, il perds son boulot, sa maison, son yacht, sa voiture de sport … pour finir par découvrir sa « terrible erreur ». L'histoire ne dit pas s'il a retrouvé sa maison et sa voiture de sport, une fois qu'il a démissionné, fait toutes ses prières et vu le Christ pleuré avec lui. Non. Ce serait trop matérialiste comme conclusion.  (ici)

Comme son témoignage semble plaire, on peut lire aussi que peu de temps après son initiation, il participa à une cérémonie qui glorifiait explicitement Lucifer. Au Droit Humain !  Lors de l'élévation de la maîtrise, on lui a murmuré à l'oreille Tubal Caïn – qu'il estime être une référence ô combien luciférienne … C'est tout dire de la connaissance biblique du personnage et du site « Famille chrétienne ». Tout fout le camp, je vous le dis.  (ici)  Ce témoignage a tout d'une mystification, d'ailleurs peu imaginative. Cet auteur a publié deux livres pour raconter sa vraie fausse expérience en franc-maçonnerie. 

Plus inquiétant dans la série « mystification », cet autre témoignage d'un ancien frère – autre monsieur-tout-le-monde – Luc Delière. Il est resté 20 ans au Grand Orient de Belgique mais, entre temps, il fut touché par la foi christique qui serait, selon ses explications, douloureuse. Bon. Il démissionne. Bon, là – logique. Or, explique-t-il, on ne peut pas démissionner en franc-maçonnerie. On est seulement mis « en sommeil » parce que, sachez-le, même une fois que l'on a démissionné, on peut revenir. En fait, comme dans l'association poterie au coin de la rue, on peut en démissionner et y revenir des années plus tard.  Il pris soin de demander de ne pas s'approcher de son fils afin de ne pas le corrompre. Puis, lui arrive une série de mésaventures. Sa société ferme – des faux apparaissent dans sa comptabilité. Il a un accident de voiture (une jaguar). Sa maison brûle. Il est surendetté. 
« Voilà les dégâts qu’impose l’ennemi à ceux qui le quittent. Pas facile tout ça, pas facile du tout, mais il faut être conscient de cette réalité et agir si on le peut. » (ici)
Ce ne sont pas des hommes en noir qui débarquent à la porte, mais une sorte de mauvais karma qui s'abat sur vous, si – par malheur – vous venez à vouloir quitter la franc-maçonnerie. 

 

On trouve, pour terminer cette petite liste, le « témoignage » d'un frère de la GLNF – Ciryl Dougados, qui se dit ex-membre de la GLNF – qui lors d'une interview donne son « opinion éclairée » sur la franc-maçonnerie. Il y explique entre autre chose que la franc-maçonnerie est en opposition à l'église catholique faisant écho aux opinions tout aussi éclairées que celle du pape François (pour le dernier en date). Débutant sa carrière ésotérique « rose-croix », il a été initié au rite français, il y a 17 ans. Il affirme, dans son interview, que la franc-maçonnerie est du satanisme qui ne dit pas son nom. Son exemple est toujours le mot de passe: Tubal-Caïn qui est pour le rite français, au grade d'apprenti. En dehors de cette affirmation (gratuite) et cet exemple, il ne nous en explique pas plus. Lui aussi, il a fait une rencontre magique avec Jésus. De là, il a décidé de démissionner. (ici)

Ce dernier témoignage montre – quand même – quelque chose qui ne cessera pas de me surprendre. Dans une obédience où une bible voir plusieurs sont à la portée de main dans toutes les loges, celui-là - bon chrétien comme on l'a compris - n'a pas même pensé un jour en ouvrir une au passage de la Genèse 4:22 « Tsilla, de son côté, enfanta Tubal-Caïn, qui forgeait tous les instruments d'airain et de fer. La soeur de Tubal-Caïn était Naama. », lui préférant le Zohar ! Quand je vous disais que tout fout le camp .... 

« Tuons-les par le rire » (slogan de Léo Taxil). 


Léo Taxil ne croyait pas ce qu'il racontait. D'ailleurs, était-il plus anticlérical qu'un autre (de son époque) ?. Ses livres pamphlétaires étaient, pour lui, un moyen de subsistance. Le style « Taxil » devait déplaire, un chouïa vulgaire et exagéré, inventant des histoires les plus rocambolesques. Il en avait fait d'autres : des requins dans le port de Marseille qui finit par faire intervenir les autorités ou encore l'existence d'une ville sous-marine sous le Lac Léman, faisant venir archéologues et touristes. 
On peut lui reprocher d'avoir populariser l'anti-maçonnisme. Or, à y regarder vraiment, les histoires de Taxil étaient si invraisemblable que l'on se demande comment le clergé n'a pas réagi devant tant d'énormités.  Au fil des numéros, la presse catholique, quelques écclésiastes comprirent la supercherie et se trouvèrent bien embarrassé. Avouer la crédulité du clergé et ceci à son plus haut niveau apparut bien plus difficile que de réveiller les passions anti-maçonniques. 
Après ses aveux, Taxil écrivit d'autres ouvrages d'un style tout à fait différent en signant Madame Jeanne Savarin «  mise en garde contre les fraudes de l’alimentation et des moyens pratiques de reconnaître toutes les tromperies » en 1904  encore un livre de recettes La bonne cuisine dans la famille (1905) … Il mourut en 1907. (source BnF)

« Ah, les soirées joyeuses que je passais avec mes collègues auteurs de nouvelles intrigues, de nouvelles perversions inouïes de la vérité et de la logique, chacune essayant de surpasser l’autre dans la mystification organisée. Je pensais que je me tuerais en riant de certaines choses proposées, mais tout se passait; il n'y a pas de limite à la bêtise humaine. » expliquait-il à des journalistes américains (lire par exemple ici)
Certes, on peut reprocher à Léo Taxil d'avoir populariser et réveiller l'anti-maçonnisme. Or,  à l'époque les obédiences maçonniques – plus exactement le GODF – n'a pas vraiment réagi. Tout en reconnaissant la mystification de Taxil, des anti-maçons tentent (toujours) d'expliquer que cela n'en était pas une. Elle aurait un fond de vérité, reposerait sur quelques arcanes secrètes. Bref, la mystification de Taxil reste à décoder au même titre que n'importe quel texte ésotérique – en plus drôle. 
Cette mystification a durée 12 années – et le 19ème siècle formait des auteurs très prolixes – ce qui représente un ensemble de 1000 pages – à plus - dont le style littéraire n'est pas le meilleur. Ce détail matériel n'arrête pas les passionnés. 

Il n'existe rien – vraiment – pour expliquer d'une part ce que cherchent les mystificateurs et de l'autre côté comment l'on devient mystifiés.  Léo Taxil est, certainement, le mystificateur le plus clair qui soit – qui s'avoue à lui-même qu'il l'est – Bref, c'est un menteur qui s'assume comme tel. 
Les exemples cités au début de cet article sont bien différents. Or, tous font un postulat : Satan existe. Que les francs-maçons soient des sataniques, passe – selon moi – en seconde position – parce qu'avant que cela soit vrai, il faudrait encore s'assurer que tout le monde croit en l'existence du diable. C'est pas gagné. 
 

Sortir le diable d'une boîte : une accusation fructueuse. 


En 2008, la polémique enflait avec la trop fameuse – et peut-être autre mystification – qu'est la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et une enquête qui assurait qu'il y avait 25000 jeunes de moins de 25 ans qui frayaient avec des mouvances sataniques.  (source Le Monde)
Or, les chercheurs nient les données – affirmant qu'il n'existe aucune pratique satanique en France, à part dans quelques cerveaux dérangés. Les Etats-Unis – et des soi-disants experts, généralement des policiers chrétiens et fondamentalismes, trouvaient – eux aussi – fin des années 90 des satanistes dans tous les coins de rue (ou presque). Les français n'ont pas les mêmes démons que les américains et ne sont pas tombés dans le piège de la Miviludes et une potentielle (nouvelle) chasse aux sataniques. 


La Miviludes écrivait ainsi dans son rapport de 2008 (200 pages !), très sérieusement, ceci : 
« La plupart des adorateurs de Satan continuent de s’inspirer des écrits d’Anton Szandor LaVey (dont Les neuf péchés sataniques, Les neuf commandements sataniques, Les onze lois sataniques de la terre et la Bible satanique écrite par LaVey en 1969 et traduite en français en 2006). 
La doctrine satanique est fondée sur l’anticonformisme (ses partisans croient en eux-mêmes, en leurs propres qualités et ils s’autoproclament leur propre dieu) et sur l’individualisme (nous vivons dans « un monde cruel », et « seuls les plus forts doivent survivre »). 
[...]
Aujourd’hui, les seules structures participant au phénomène satanique sont de nature essentiellement commerciale : édition, boutiques, industrie musicale, etc. 
Il existe cependant quelques formations, de création récente, qui peuvent être signalées pour leurs liens plus ou moins directs avec les croyances occultes et sataniques : 

  • L’association Libre assemblée païenne francophone (LAPF), déclarée le 11 août 2004 à la sous-préfecture de Langon (Gironde) a pour objet d’animer le dialogue entre diverses sensibilités spirituelles, dont le paganisme, le celtisme, le chamanisme et la Wicca, un courant de pensée satanique. [nota : n'existe vraisemblablement plus]
  • L’association 666 le chiffre de la bête humaine, dont l’objet est « l’étude du conflit entre le paganisme et le christianisme des origines à nos jours », se caractérise par sa discrétion et une activité quasi nulle. [nota : ne semble pas être plus active à ce jour. Il existe à Caen une "Radio 666" depuis 1982 spécialisée dans le rock'n roll et ne semble pas émouvoir la Milivudes]
  • Le magasin Le Saint-Graal est spécialisé dans la vente de produits dits ésotériques et arbore sur sa façade un élément graphique présentant une analogie avec le pentacle, symbole de la magie noire ou du satanisme. Au cours du mois de juin 2006, une enquête de la gendarmerie d’Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais) révélait l’existence de séances de purification et de rituels assortis notamment d’égorgements de boucs ou de coqs, dont les participants fréquentent Le SaintGraal. Les carcasses des animaux étaient retrouvées en avril 2007, dans le canal de Neufossé à Racquinghem (Pas-de-Calais).

[Nota : il existe effectivement  une boutique à St-Omer appelée le St-Graal qui propose des produits ésotériques comme des cartes, des runes, etc. Tenue par deux femmes qui se présentent comme "voyantes", cette boutique apparaît inoffensive et surtout ne s'inscrit pas dans une ligne satanique. Je n'ai rien trouvé concernant une éventuelle enquête de gendarmerie au sujet de ces carcasses d'animaux. On trouve par contre un article du Figaro ici de 2007 faisant les mêmes amalgames et qui s'appuie sur l'étude de la Milivudes]

On mentionnera aussi l’organisation internationale de l’Église de Satan, qui n’existe en France que de manière virtuelle mais qui propose en ligne une affi liation à l’Église. […] » 

 

Le reste du document est du même niveau. Le satanisme serait présent via les groupes de musiques, des suicides de jeunes ou encore des profanations.

Il n'y a que supputation sans preuves directes, aucun signalement sérieux et aucune plainte déposée. 
Les seuls à se plaindre de cette montée du satanisme fort préoccupante, selon la Miliduves, sont « les plusieurs catholiques, première communauté visée par ce phénomène, et plus largement les chrétiens, [qui] ont créé un groupe (www.indignations.org) visant à dénoncer les profanateurs qui s’attaquent à leur communauté. 
Ils agissent en alertant les pouvoirs publics sur ces actes, notamment par l’envoi massif de pétitions et de courriers, dans le souci de faire connaître au grand public l’existence de ce problème de société. 


En février 2006, lors d’une session de trois jours organisée à Francheville (Rhône), cent cinquante exorcistes catholiques et leurs collaborateurs, des religieux et laïcs spécialistes de l’occulte, se sont penchés sur la montée du satanisme chez les jeunes. 
 

En mars 2006, les évêques de France ont adopté le nouveau rituel de l’exorcisme (la précédente version datait de 1614). Pour la première fois, le texte a été traduit du latin vers les langues nationales et il invite désormais très clairement les prêtres exorcistes à se rapprocher de la médecine et de la psychiatrie pour affiner leur discernement, car l’Église appelle toujours à la plus grande réserve autour de l’exorcisme. 
Au niveau européen, la police italienne a créé en décembre 2006 une cellule spécialisée antisataniste, la Squadra (équipe) antisecte (SAS), composée de quinze agents d’investigation, comprenant également des psychologues et analystes qui s’intéressent aux phénomènes liés aux groupes satanistes, ésotériques et religieux. 
Leur objectif est de travailler sur le monde occulte en recueillant et analysant les signalements et les faits à l’aide d’équipes mobiles provinciales, en intervenant sur le territoire pour résoudre les cas criminels les plus graves tels que violences sexuelles, usage de drogues, soustractions de biens liant des particuliers à des phénomènes occultes. La présence d’un prêtre est également prévue. 
Par ailleurs l’université pontificale Regina Apostolorum de Rome, organise des cours sur le satanisme et l’exorcisme, pour apprendre aux prêtres et aux séminaristes à différencier les cas de possession diabolique des cas de troubles psychiques. 
En Russie, une trentaine de groupes sataniques, pour la plupart liés aux néo-nazis, ont été répertoriés à Moscou. En 2003, le ministère russe de l’Intérieur a créé un département chargé d’enquêter sur l’activité des mouvements sataniques qui multiplient les rituels et les assassinats. » 

Lire les rapports de la Milivudes sont aussi enrichissants que lire les œuvres complètes de Léo Taxil – et finalement, c'est moins long. 
Il existe deux  types de rituels d'exorcistes : 

  • le « grand », décidé lors du concile de Trente en 1614.  Contrairement, à ce qu'indique la Milivudes, visiblement mal renseignée, un nouvel rituel d'exorcisme voit le jour en 1998 qui, par la suite, sera traduit. Or, le « Grand rituel » de 1614 est toujours en bonne place dans les pratiques de l'exorcisme. De même, si tout un courant d'exorcistes ont une approche psychologique de cette pratique religieuse, il n'en reste pas moins encore un courant traditionnel. 
  • Le « petit » exorcisme est un rituel datant du 19ème siècle. Il fut promulgué par le bon et naïf Léon XIII en 1890 et qui consiste en une prière de délivrance, que pouvait réciter les fidèles – jusqu'en 1985 - http://saintmichelarchange.free.fr/exoleon.htm

 
Pour la Milivudes, le satanisme est une pratique courante simplement parce qu'une partie du clergé, des prêtres « exorcistes » et des catholiques fondamentalistes, le disent sur un site internet et se réunissent pour en discuter.  

Le site cité en référence « indignation.org » est un site militant contre « les actes anti-catholiques ». Il liste les persécutions (essentiellement dans les pays musulmans) de catholique et les profanations, en France, de tombes, vols d'objet religieux et autres actes de vandalisme de chapelles et d'églises.  Rien n'indique – sur ce site – qu'il existerait une mouvance satanique … Ouvert en décembre 2006, le dernier article date de 2011. 

Dans son rapport de 2015 de 96 pages, la Miviludes – composée de 15 fonctionnaires – indiquent qu'elle reçoit 2000 messages par an  dont 20% sont des « signalements » dont elle se refuse de faire un état précis, affirmant qu'elle se refusait d'établir des listes de sectes (!). Il faudra, donc, la croire sur parole.  

Elle signale ses préoccupations concernant la pratique (et la formation) à la méditation (!), l'église de scientologie, les Témoins de Jéhova,  la pratique de thérapie parallèle admise dans les hôpitaux ou encore le jihadisme. Bref, nos 25000 jeunes touchés par le satanisme ont disparu des radars, les prêtres exorcistes aussi – et on se demande d'ailleurs pourquoi le rituel d'exorcisme traduit en français ne nous a pas été remis.  (rapport ici)
Le rapport de la Miliduves de 2017, ne fait pas plus revivre des mouvements sataniques. Il évoque les mêmes « événements » qu'en 2015. 
Ceci pour dire qu'il est tentant de sortir un diable d'une boîte et de traiter une partie de ses contemporains – qu'ils soient jeunes ou vieux – de sataniques, forcément débauchés – même par une commission émanant d'un état laïque. 
 

Le satanisme, encore. 


Aussi ridicules soient les accusations de la Milivudes, porteuse d'une bonne parole chrétienne mais laïque, l'accusation de satanisme d'un groupe d'individu révèlent bien d'une démarche particulière : l'idée d'un complot sataniste. En effet, que ce soit nos anti-maçons, le pape lui-même, ou encore la Milivudes, il y aurait selon eux une vaste organisation clandestine satanique qui expliquerait autant les comportements des adolescents, de leurs goûts musicaux à leur tenue vestimentaire, que ceux des francs-maçons qui ont aussi des habitudes incompréhensibles en sus d'un goût immodéré et pathologique pour la musique classique. 
La lutte contre le satanisme (supposé existant) provient des USA. Dès les années 80, des psychologues, des policiers et des télé-évangélistes menaient des campagnes de sensibilisation contre les pratiques sataniques. 


« Le discours antisataniste en vient finalement à des affirmations qui  frôlent le délire. Ainsi, non contents d'enlever des enfants, les réseaux de  satanistes utiliseraient des femmes, généralement contre leur volonté ou après un « lavage de cerveau », comme génitrices pour mettre au monde des bébés destinés directement à être immolés à Satan et dévorés. Cela expliquerait qu'un nombre aussi important de sacrifices humains puissent avoir lieu sans laisser de trace. Certains avancent, en effet, le nombre de 50 000 sacrifices humains par année aux Etats-Unis! […] Les excès de la rhétorique antisataniste contribuent beaucoup à la discréditer, mais elle touche une corde sensible dans plusieurs milieux, notamment les milieux chrétiens fondamentalistes, évangéliques ou charismatiques et constitue une manne inespérée pour certains médias, lesquels contribuent dans une large mesure à insérer ces thèses dans l'imaginaire collectif. » explique Bertrand Ouellet dans son étude « La croisade contre les satanistes », publié en 1997 (!), ridiculisant un peu plus le rapport de la Milivudes (si c'est encore possible).

Pour continuer plus loin : « Or, ce que les premières études ont vite démontré est qu'il est très facile de trouver de nombreux antisatanistes, mais que les satanistes eux-mêmes brillent par leur absence. » 

Ceux qui posent réellement questions et, par conséquent, problèmes ne sont pas des supposés satanistes – qui sont inexistants – mais les antisatanistes et les groupes gouvernementaux (ou pas) et autres associations anti-sectes qui en proclament l'existence en se basant sur des interprétations plus qu'une réalité du terrain. Les enquêtes menées aux USA montrent d'ailleurs qu'il existe plus sûrement des maltraitances d'enfants « au nom de Dieu », battus pour expulsé le diable par leurs parents ou des membres du clergé, ou encore manquant de soin car « faisant la volonté de dieu » qu'il en existe « au nom de Satan ». 


Ces accusations de satanisme nuisent, d'autant plus, aux véritables et bien plus sérieuses accusations d'abus sexuels sur les enfants en les discréditant. L'accusation de satanisme est une explication facile, face à des crimes et violences faites sur des enfants ou adolescents, par un parent ou un proche – qui rend le crime étranger – puisque satanique – au groupe et à ses mœurs. Des abus sexuels sur mineurs existent. Ils n'ont rien à voir avec une quelconque secte satanique aux nombreuses ramifications occultes. Ils sont bien de la responsabilité des auteurs de ces crimes et du groupe social considéré. Le crime n'est pas étranger, venu de l'extérieur. 
Les accusations de satanisme, dont les premières remontent à l'Inquisition, reflète bien plus les fantasmes des accusateurs qu'une réalité concrète. Les francs-maçons sont bien placés pour savoir qu'il n'y a rien de diabolique – et on pourrait même dire de divin – dans l'initiation. 

L'exorcisme : un autre sectarisme à l'oeuvre. 

Il est difficile d'en trouver un point commun dans leurs énoncés accusateurs qu'ils soient des anti-maçons ou de la Milivudes. 
Dans les deux cas, il y a une dimension merveilleuse y compris dans le texte sobre de la Milivudes. Nos ex-maçons ont trouvé la foi presque par magie, l'expliquant comme une délivrance plus ou moins heureuse et indolore. Entre celui qui discute avec le Christ et l'autre qui se trouve en conflit avec des forces obscures et surnaturelles, nous ne sommes pas loin des récits de Léo Taxil qui faisait apparaître le diable sous la forme d'un crocodile et jouer du piano. 
Pour la Milivudes, c'est l'exorcisme qui apparaît être autant la solution que la preuve que le satanisme existe. Le danger doit être tel que la papauté a pris la peine de réécrire un nouveau rituel d'exorcisme ! 


La Milivudes a, certainement, loupé quelque chose. Le 25 janvier 2018, une session nationale des exorcistes s'est tenue lieu à Lyon. Celle-ci a conclu qu'il y avait une forte augmentation de demandes d'exorcisme en France. La plupart du temps, rassurez-vous, il est inutile de faire appel à un des trois rituels d'exorcisme : une vie de piété, l'abandon de ces mauvaises habitudes, un accompagnement par des associations religieuses, ou tout simplement se rendre à la messe et libérer sa foi sont largement suffisant pour remédier aux inconvénients qu'occasionne la présence diabolique. 

Néanmoins, le clergé  « déplore les pratiques du spiritisme, très répandues chez les adolescents, de la magie noire et de certaines médecines parallèles, la consultation des voyants, mediums, marabouts, mages, magnétiseurs, guérisseurs ou faux prêtres, très actifs sur la Toile, et qui « qui favorisent l’action du diable ». » (source)

L'Eglise Catholique publie sur son site quelques conseils aux personnes souhaitant faire appel à l'exorcisme. A juste raison, on peut se demander pourquoi certaines personnes sont « possédées » et pas d'autres. L'église y répond : « Beaucoup de personnes qui viennent voir l’exorciste ont grandi dans des familles marquées par de graves blessures psychologiques, par des péchés graves, par des pratiques nocives qui peuvent constituer autant de portes d’entrée pour le diable. D’ autres ont été confrontées à la sorcellerie, à la magie noire, ou différentes pratiques occultes ; d’autres se pensent victimes de sorts. » 


L'exorcisme a un objectif thérapeutique qui soigne les corps comme les esprits, dont les principaux concurrents sont les marabouts de toutes espèces, les vendeurs d'huiles essentielles, les psychologues et, tout autant, la médecine traditionnelle. L'exorcisme consiste à combattre par la magie et la superstition d'autres croyances, toutes aussi superstitieuses, dont le seul défaut est de ne pas appartenir au corpus chrétien et catholique. 


La recrudescence des prêtres exorcistes est bien plus inquiétante que l'existence prétendue du satanisme, puisqu'en remettant au goût du jour des superstitions, elle éloigne des personnes, dont la souffrance ne peut être niée, de spécialistes et des soins nécessaires. Ils étaient 7 ou 8 fin des années 70 et sont aujourd'hui 120 prêtres exorcistes. Bien sûr, le clergé n'est pas homogène. Un prêtre exorciste ne croit pas nécessairement au diable, le définissant comme un symbole du mal et non pas le mal lui-même. D'ailleurs, soulignent certains spécialistes du sujet, pour faire un bon prêtre exorciste, il est mieux vu de ne pas y croire pour éviter de voir le diable dans toutes manifestations humaines inexplicables. A bon entendeur ! 

Conclusion. 


Il y a, dans toutes accusations de satanisme, une mystification et – donc – des mystificateurs jouant sur la crédulité des masses et sur ce qu'appelait Léo Taxil « la bêtise humaine ». Léo Taxil souhaitait ridiculiser autant le clergé que la franc-maçonnerie, en sus d'y voir un moyen d'enrichissement personnel. Nos ex-maçons qui témoignent du même satanisme, publient des livres, se font interviewer sur leur terrible erreur et – il faut croire en écoutant le dernier témoignage – qu'il est de bon ton d'affirmer que la franc-maçonnerie est du satanisme dans certains milieux catholiques afin de capter un auditoire. Sans cette affirmation, cette interview serait passée inaperçue. Tout le monde s'en fiche de savoir qu'un franc-maçon démissionne parce qu'il considère que cela est contraire à sa jeune et fervente foi. Moi, la première. Cette mystification est, d'autant plus, sordide qu'elle repose que sur la crédulité des masses et leur bêtise.

 Sous un autre aspect, leur mystification renforce leur récente adhésion à leur religion. En sus de voir Marie, Jésus et tous les Saints, ils ont eu une révélation sur leur passé spirituel : la franc-maçonnerie est du satanisme. Ils deviennent les héros d'une longue lutte entre le bien et le mal. Les mystificateurs peuvent être les premiers mystifiés. Cela peut être eux les esprits faibles et trompés par la superstition, craignant d'avoir perdu leur âme. 

La Miviludes trouve dans un supposé « satanisme », une bonne secte qu'elle seule peut combattre. Les mystifiés sont les politiques – dont le premier ministre de l'époque – qui ont avalé cette couleuvre démoniaque sans la faire suivre d'un plan de lutte concret. Il n'est d'ailleurs pas très dangereux d'entretenir le mythe du satanisme ou de vouloir lutter contre quelque chose qui n'existe pas. 

Hormis Léo Taxil qui avait parfaitement conscience qu'il offrait à ses contemporains une somme considérable et inédite de mensonges, ces ex-maçons devenus anti-maçons associent à leur expérience des idées délirantes en réinventant leur passé. Il s'agit malgré tout de 20 à 25 ans de leur existence qu'ils estampillent du sceau du satanisme. 
Je ne les trouve pas vraiment messianique pour des chrétiens. Ces témoignages ne s'adressent qu'à des personnes qui sont prêtes à les croire, à des mystifiés déjà préparés par un socle solide de croyances, dont celle de l'existence du diable. 
 


 

 

La croisade contre les satanistes  par  Bertrand Ouellet - Satan
Volume 5, numéro 1, mars 1997, URI : id.erudit.org/iderudit/024943ar - DOI : 10.7202/024943a

Une partie des illustrations de cet article se trouvent en accès libre sur le site Gallica de la BnF. 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
3
Super article !
Répondre
L
Merci ! Je visite régulièrement ton blog .... n'hésites pas à me contacter.
S
Ma Très Chère Soeur,
si tu permets un peu de "pub", Les Mystères de la Franc-Maçonnerie de Taxil viennent d'être réédits par les Editions Symbolon et peuvent être commandés sur Amazon :
https://www.amazon.fr/Mysteres-Franc-Ma%C3%A7onnerie-Devoiles-Taxil-Fac-simil%C3%A9/dp/2351201523/ref=sr_1_fkmr0_1?ie=UTF8&qid=1533631635&sr=8-1-fkmr0&keywords=les+myst%C3%A8res+de+la+Franc-Ma%C3%A7onnerie+Taxil+editions
L'ouvrage est intéressant, outre son côté "distrayant" (avec ses nombreuses affabulations), car Taxil disposait d'une impressionnante documentation. Comme il n'était qu'apprenti, ceci prouve que, déjà à l'époque, les rituels se trouvaient aisément dans les "bonnes librairies".
Frat. et bonnes vacances
Répondre
L
Je vais ajouter un lien pour cette ré-édition de Taxil.
H
Enthuileur ! Un super- couvreur ? ? ?

WOUAAAAAHHHHH ! ! ! ! ! ! Rite Palladique Rectifié Le RPR existait déjà ?

Si j'ajoute des conneries à celles de Taxil, ai je vraiment tort ? ? ? ? ?
Répondre