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La Maçonne

Ésotérisme : L'initiation magique à la magie de l'initiation.

Longtemps, j'ai refusé d'aborder cette question – plus exactement de la disséquer – car, comme vous  allez le comprendre – le risque est de juger l'autre, sa qualité initiatique, c'est-à-dire faire ce que je reproche sur ce blog que des frères et des sœurs font. Une, puis deux et maintenant, j'amorce une quatrième année en ayant évité soigneusement cette question. J'ai, bien sûr, tenté d'expliquer dans des précédents articles ce qu'était l'initiation. Or, finalement, même si ce n'est pas faux, cela n'est pas juste. Tout au moins, pourrait-on qualifier cette réflexion d'insuffisante que cela ne me vexerait pas. Elle l'est. Je l'assume parfaitement. 

Ainsi, durant toutes ces années, j'ai évité de chercher à comprendre pourquoi certaines et même certains ont espéré que j'allais fermé mon blog « la Maçonne » une fois radiée ou menacée de l'être. Certes, on peut l'analyser à la hauteur de leurs malveillances, du désir de vengeance des principales protagonistes. Or, cela n'explique pas la relation de cause à effet. 
En effet, je ne vois strictement aucune relation entre mon blog « la Maçonne » et mon éventuel engagement dans une loge, voir une obédience, en particulier, la Grande Loge Féminine de France. En effet, n'ayant demandé l'autorisation à personne pour l'ouvrir, je n'escomptais pas en demander une pour le poursuivre. Personne ne peut se targuer avoir – et pouvoir l'obtenir par la menace et la pression -  un contrôle sur mes publications.  Le conseil fédéral de la GLFF estimait qu'en me radiant, j'allais fermer automatiquement le blog « la Maçonne » puisque perdant quelque crédibilité à m'afficher comme telle en n'étant plus membre de la GLFF. Comme vous le savez, rien de tel ne s'est passé. 

Or, cette question conduit obligatoirement plus loin que ces considérations. Voici un nouveau chapitre continuant la réflexion sur l'ésotérisme et la franc-maçonnerie. 
Complètement fantasmée, la qualité initiatique serait de l'ordre de la magie, se résumant à une cérémonie – et il suffirait de pointer deux fois par mois dans une loge pour le rester. C'est un peu maigre – et je dirais même que c'est pire encore. 

 


Qu'est-ce la magie ?  

Ma principale source est James Frazer, historien des religions du début du 20ème siècle – auteur du « Rameau d'Or ». Sa définition de la magie est toujours reconnue par les anthropologues. 

Au départ, il s'agit de croire qu'il existerait des formes de vie surnaturelles qui agiraient – si vous savez leur parler correctement, bien sûr – dans votre sens. Cela peut-être des anges, des esprits supérieurs ou encore des divinités. 
Or, avant toute chose, il s'agit surtout d'une autre croyance : celle que sa pensée crée la chose que l'on souhaite. C'est autant le vœu qui se réalise que la méthode Coué. La pensée humaine influencerait, pour le magicien, sur l'univers. 
Le magicien utilise un rituel, ouvre autour de sa cérémonie un espace et un temps sacré et définit aussi une limite à ce qui peut devenir ou pas. 
Dans la magie, il y a aussi quelque chose de l'enfance comme envoyer une lettre au Père Noël pour un vélo rouge. 

Le dieu monothéiste tout puissant serait une des personnalisations de l'univers au même titre que les dieux polythéistes. Quelques prières bien dites suffisent. Le polythéisme prévoyait des cérémonies et des festivités bien plus complexes. Certaines églises catholiques proposent encore des cahiers de vœux pour leurs fidèles afin que ceux-ci y expriment leurs demandes en allumant un cierge. Les légendes populaires conservent avec un soin jaloux une multitude de fontaines où lâcher quelques pièces pour voir réaliser un de ses rêves. 

L'usage de la magie est interdite dans toutes les religions monothéistes. Bien entendu comme pour tout interdit religieux, il y a une somme de justifications théologiques dans lesquelles je ne souhaite pas entrer. L'essentiel ici est qu'interdire l'usage de la magie est aussi croire à la magie. Si on ne craignait pas son efficacité, la question ne se poserait pas aux religions monothéistes. La religion propose une « alliance ». Toute une littérature, qu'elle soit chrétienne ou juive, explique l'importance de la réunion des croyants sous une même bannière et même loi. La magie n'en propose pas. L'alliance, du moins, se situe entre le magicien et l'univers qui exclut tout autre pour les religions. 


Robert Shilling (in Religion et magie à Rome) rappelle que la frontière entre la magie et la religion n'a pas toujours été aussi nette. Magie et ferveur religieuse se mêlaient l'une à l'autre sans que cela ne pose un quelconque problème à qui que ce soit.  
Comme nous sommes imprégnés d'une culture monothéistes, il est difficile pour tout un chacun de considérer la croyance en la magie comme sérieuse ou signifiante. Si la plupart se fiche quelque peu de l'interdit religieux, elle relève pour beaucoup au mieux de la superstition ou au pire de la folie. 

Cette définition sommaire de la magie pose déjà une première hypothèse : l'initiation serait-elle le résultat d'une opération magique ? 
Comprenez bien que si on admet qu'il suffit d'une cérémonie et pointer deux fois par mois dans une loge pour être initié et le rester, il ne peut s'agir là que de la magie. Pour quelqu'un qui espère être indépendant et avoir une certaine autonomie dans sa démarche maçonnique, se montrer actif et cherchant, cette hypothèse semble absurde. 
Pourtant elle a une origine qui, elle, n'a rien de fantaisiste. 

 Pour les catholiques, le baptême n'est pas un choix. Le nourrisson entre dans une communauté religieuse sans que l'on lui demande son avis et qui plus est sans même avoir démontré la force de sa foi ou ses convictions intimes.  La cérémonie du baptême suffit. Encore aujourd'hui, ce baptême fait de l'enfant  « une création nouvelle » (2 Co 5, 17), un fils adoptif de Dieu (Ga 4, 5-7) qui est devenu « participant de la nature divine » (2 P 1, 4), membre du Christ (1 Co 6, 15 ; 12, 27) et cohéritier avec Lui (Rm 8, 17), ou encore le temple de l’Esprit Saint. Cette énumération tirée d'un article Wikipédia ne peut que souligner le caractère quasi-magique du baptême. Le nourrisson, qu'il soit « création nouvelle »  plus nouvelle encore que lui ou temple de l'Esprit Saint, devient catholique magiquement et, par conséquent, le salut de son âme est assuré ainsi qu'une protection divine. 


L'excommunication catholique, elle même, ne remet pas en cause le baptême et donc l'identité catholique de l'exclu.  L'excommunication existe depuis le IV ième siècle après JC comme le montre Jean Gaudemet dans l'article cité en source. Cette peine a pris diverses formes suivant les églises avant de se figer.  L'excommunié chassé de la communauté ne perdait pas uniquement le droit à participer aux cultes, à recevoir les sacrements, mais il était interdit toute relation avec eux. Ils devenaient impurs – et même contagieux. 
On sait comment l'église catholique à utiliser les superstitions populaires : de l'inquisition à nos jours. Chasse aux sorcières, bûcher pour hérésie, ventes de bons pour un salut assurée… l'église catholique s'est construite sur des croyances populaires plus anciennes. 

L'excommunication cause, aujourd'hui, plus de problème à l'église catholique qu'autre chose. La dernière excommunication fut adressée à des médecins et à la mère d'une fillette de 9 ans, au Brésil, qui, après des viols répétés par son beau-père, a été avorté. Les soutiens du Vatican concernant cette excommunication a été très mal perçue par la communauté religieuse et internationale. 

Celle-ci fut utilisée comme un moyen de pression sur la population de fidèles, lui interdisant ainsi une certaine autonomie, un regard critique – et donc une prise de distance – dans leur démarche religieuse. Elle a pour but de préserver l'application du dogme. 
De nos jours, l'excommunication catholique n'est plus vraiment prise au sérieux. Elle ne fait que démontrer l’ostracisme et le conservatisme de l'église.  

Ces précisions rendent ma première hypothèse bien moins absurde qu'elle n'y paraît à sa première lecture. Tel le nourrisson qui devient catholique par la magie du baptême, le profane devient initié par celle d'une cérémonie. Sa radiation relève du même principe qu'une excommunication si, on accepte l'idée qu'il y perde sa qualité d'initié et qu'il a été mis au ban de la franc-maçonnerie toute entière. Au lieu d'être dans une quête de la connaissance ou de la vérité, on se trouve plutôt en situation de la détenir – avec certitude – Les francs-maçons entreraient en religion. 

Cette confusion des genres est, bien entendu, inadmissible au sein des obédiences maçonniques libérales et adogmatiques. Une telle définition de l'initiation n'a plus grand chose à voir avec la franc-maçonnerie qui deviendrait un substitut religieux, avec des obédiences qui joueraient à être des églises. 

Une initiation magique ?  

Comme vous n'avez pas manqué de le comprendre, mon ésotorologue préféré est Pierre A. Riffard. Le plus connu est Antoine Faivre. Il est utile de préciser qu'il n'inclut pas la franc-maçonnerie parmi les ésotérismes ne correspondant pas aux caractéristiques concernés. Il nous faut, en effet, sortir de cette définition populaire et superstitieuse de l'initiation. 

Le classement qu'il propose et que l'on retrouve en note de bas de page dans l'article cité en source « Une spécialité nouvelle : « Histoire des courants ésotériques occidentaux ». (In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses.) définit quatre caractéristiques principales d'un ésotérisme et deux secondaires.La magie est, bien entendu, quelque soit le classement choisi un ésotérisme comme un autre comme il l'explique dans l'article « Conférence d'Antoine Faivre ». On y trouve peu ou prou – de manière bien plus universitaire bien sûr – les premiers éléments que je présente plus haut. Cependant, on ne peut que constater une difficulté pour définir la magie en tant qu'ésotérisme – dont une opposition avec le religieux souvent commise (mais que je ne fais pas). 

Ma seconde hypothèse est de considérer que la qualité initiatique est bien une magie au sens ésotérique du terme et digne d'une étude par un ésotorologue. 

Si l'initiation (en franc-maçonnerie) est magique, il lui faudrait tout au moins respecter les caractéristiques définies – comme par exemple celles d'Antoine Faivre. On peut facilement trouver des corrélations entre les trois premières caractéristiques dont la première qui est la croyance en des correspondances universelles (ce qui est en haut est comme en bas). Le temple est l'expression de cette correspondance. Au même titre que les villes mésopotamiennes, dont les plans étaient établi suivant les constellations, il reproduit une correspondance ésotérique de l'Univers : lune, soleil, voûte étoilée, … les deux colonnes servant de portes (personne d'ailleurs ne sait vraiment dire si nous sommes dehors ou dedans), pavé mosaïque, …. 
La croyance en une « Nature Vivante » apparaît plus exactement chez les déistes. Avec tous les débats sur le Grand Architecte de l'Univers qu'il faut absolument garder parce que sans lui ce n'est plus de la franc-maçonnerie, c'est la moindre des choses. 
De même, il peut servir de médiateur (3ème caractéristique de Faivre) au même titre que les symboles ou les rituels, permettant ainsi de faire du profane un initié. 

La quatrième caractéristique est la transmutation, soit la transformation de soi et, bien sûr, de la Nature. On peut estimer que devenir « initié » par des forces occultes et magiques suite à une cérémonie entre bien dans ce cadre de la transmutation au moins pour soi. Or, l'ésotérisme a pour particularité, même si cela ne paraît pas clairement dans l'analyse d'Antoine Faivre, d'au moins agir sur la Nature. Se transformer en initié sans autre résultat et en espérer d'autre – juste pour le privilège de se rendre en loge deux fois par mois -, c'est un peu comme devenir Superman et rester assis devant la télévision. Cela n'a aucun intérêt supérieur. 
C'est néanmoins à quoi cette magie de l'initiation se résume. 

Ainsi, non – vous avez remarqué que j'ai été très sympathique sur le coup là – ce modèle initiatique n'a rien d'un ésotérisme.  Alors quelle est-elle ? Quelque chose qui n'est pas digéré et compris. C'est humainement plus facile de se déclarer « initié » dès le lendemain de son initiation plutôt que d'aller plus loin. 

L'initiation existe-elle ? 

Comme on ne devient pas initié par la magie d'une simple cérémonie aussi fabuleuse soit-elle, rien n'indique que l'on devienne initié. Franc-maçon, possiblement. A raison de 350 € par an, c'est la moindre des choses. Initié – au sens ésotérique du mot - n'est pas forcément synonyme. 

C'est ma troisième et dernière hypothèse. Et si, finalement, l'initiation maçonnique relevait d'un mythe ? Ne voulant pas avouer son inexistence, d'ailleurs dupés par d'autres qui affirment être eux-mêmes « initiés », certains comme certaines, ne sachant pas analyser le fait maçonnique ou ce qu'est l'initiation, tentent de combler cette lacune fatale. 

Il n'existe aucune étude sérieuse, d'ailleurs, qui confirme l'existence de l'initiation. Elle demeure une vue de l'esprit. Ce sont les mystiques qui en parlent le mieux dans une débauche de vapeur et d'éloges. 

La quatrième caractéristique d'Antoine Faivre pose, par ailleurs, un autre problème : « l'expérience » de la transmutation, autrement dit « l'expérience » de l'initiation. Si on se transforme (même par magie), on finit par s'en rendre compte, tôt ou tard. On n'a le sentiment que "quelque chose s'est passée" même si on ne sait pas l'exprimer clairement avec des mots. 

Ne voulant pas avouer n'avoir fait aucune « expérience » de quelque nature que ce soit, des francs-maçons ont inventé de nombreux subterfuges : le « vécu » de la cérémonie comme d'être présent en loge. Or, à y regarder vraiment, ce vécu n'a rien d'exceptionnel. Il ne transforme pas ni soi, ni les autres, ni la nature. Les débats sur la Grand Architecte de l'Univers – dont l'invocation serait de la « vraie franc-maçonnerie », ou encore ces rituels qui remontent au 19ème siècle et qui sont présentés comme plus anciens encore, … et je vous passe sur toute la réécriture de l'histoire des obédiences, se voulant assurer une antériorité – et donc répondre à une des caractéristiques secondaires de Faivre : « on ne s'auto-initie pas » sont autant de moyens de combler le vide.  A défaut d'expérience, il est apporté une concrétisation – du matériel – pour palier à l'absence du spirituel. 

L'autre problème est la croyance en une « nature vivante », qui peut être l'univers tout entier. Ma gentillesse naturelle m'a fait admettre que cette caractéristique existait bien en franc-maçonnerie. Dans un sens courant, dire que la plante verte de votre salon est vivante n'est pas faux. Même que l'on peut lui parler. 
Même que l'on peut considérer qu'elle a une histoire avec nous. Or, de là, à la considérer comme un ensemble pensant … et sachant vous répondre. Bref, que nous serions un élément d'une nature surnaturelle dotée de quelques pouvoirs mystérieux, ce n'est pas vraiment un principe intangible de la franc-maçonnerie. Même si on peut accepter plusieurs approches plus larges, cette caractéristique est à la fois un peu trop religieuse ou pas assez. Trop religieuse parce qu'elle tendrait vers une croyance frisant l'animisme et pas assez parce qu'elle est par trop hérétique pour les francs-maçons théistes.

Cependant, c'est oublier trop vite le rituel d'initiation lui-même mettant en scène les 4 éléments lors des épreuves. C'est, à mon avis, plus l'utilisation de cette classification qui induit en erreur en détournant le sujet en une "croyance". L'ésotérisme n'est pas de croire (ou ne pas croire), il est de comprendre l'univers - qui est effectivement vu comme un tout - qui n'aurait pas livré tous ses secrets. 

Cette initiation reposerait sur l'absence de "l'expérience".  Autrement dit, cette initiation ne conduirait à aucune transformation. Par conséquent, ne nous touchant pas en profondeur, elle ne nous implique pas.

J'ai pour ma part une toute autre expérience. Rassurez-vous. 

 

 

 

(cliquez sur l'image)

Sources : 

 

« Les quatre caractéristiques fondamentales seraient : 
1) L'idée de correspondances universelles. Il existe des correspondances invisibles, non causales, entre tous les niveaux de réalité de l'univers, qui est une sorte de théâtre de miroirs parcouru et 
animé par des forces d'ordre "spirituel". Par exemple, il y a des rapports entre le ciel (macrocosme) et l'homme (microcosme), entre des planètes et des parties du corps humain, entre les textes révélés des religions et ce que la Nature nous donne à voir. 
2) L'idée de Nature vivante. Le cosmos n'est pas seulement complexe, ne se réduit pas à des réseaux de correspondances. Parcourue de forces invisibles mais actives, la Nature entière, considérée comme un organisme vivant, voire comme une personne, a une histoire, liée à celle de l'homme et du monde divin.
3) Le rôle des médiations et de l'imagination. Ces deux notions sont complémentaires. Rituels, symboles chargés  de plusieurs sens, esprits intermédiaires (ainsi, les anges), sont des médiateurs qui assurent les passages entre les divers niveaux de réalité. Leur pouvoir devient effectif grâce à l'imagination, comprise comme une faculté spécifique (d'ordre magique, en quelque sorte) propre à l'esprit humain, faculté qui est outil de connaissance de soi- même, du monde, du mythe.
4)   L'expérience de la transmutation. Cette caractéristique vient compléter les trois précédentes en leur conférant un caractère "expérientiel".   Elle porte sur la transmutation de soi-même, qui peut être une "seconde naissance" ; et aussi, conjointement, sur celle d'une partie de la Nature, comme on le voit souvent dans la littérature alchimique. 

Quant aux deux caractéristiques secondaires, il s'agit, d'une part, de l'idée de concordance, qui pose a priori l'existence de dénominateurs communs entre plusieurs traditions spirituelles différentes, voire entre toutes celles qui existent, et qui incite à les comparer dans l'espoir de trouver une vérité supérieure à elles toutes. II s'agit, d'autre part, de l'idée de transmission, répandue dans ces courants ésotériques depuis le xvme siècle surtout. Les tenants de cette idée soulignent l'importance, à leurs yeux, des canaux de transmission (on ne peut s'"auto-initier") ; par exemple, "transmission" de Maître à disciple. Sur cette taxinomie, cf. par exemple Faivre (2002), p. 3-32 (« Introduction ») ; et Faivre (1996), p. 11-42 (« L'ésotérisme et la recherche universitaire »). » 

Faivre Antoine. Une spécialité nouvelle : « Histoire des courants ésotériques occidentaux ». In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 113, 2004-2005. 2004. pp. 27-44; (source)
doi : https://doi.org/10.3406/ephe.2004.12295
 

Schilling Robert. Religion et magie à Rome . In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire
1967-1968. Tome 75. 1966. pp. 29-55;
doi : https://doi.org/10.3406/ephe.1966.16416 - source

Les formes anciennes de l'excommunication , J. Gaudemet - Revue des Sciences Religieuses  Année 1949  23-1-2  pp. 64-77 - source

Faivre Antoine. Conférence de M. Antoine Faivre. In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 107, 1998-1999. 1998. pp. 379-388; source

 

 

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Denis 23/09/2018 17:05

Très intéressant, mais dans ces deux paragraphes tu t’es un peu “lâchée” sur l’orthographe et la grammaire !
On sait comment l'église catholique à utiliser les superstitions populaires : de l'inquisition à nos jours. Chasse aux sorcières, bûcher pour hérésie, ventes de bons pour un salut assurée… l'église catholique s'est construite sur des croyances populaires plus anciennes.

L'excommunication cause, aujourd'hui, plus de problème à l'église catholique qu'autre chose. La dernière excommunication fut adressée à des médecins et à la mère d'une fillette de 9 ans, au Brésil, qui, après des viols répétés par son beau-père, a été avorté. Les soutiens du Vatican concernant cette excommunication a été très mal perçue par la communauté religieuse et internationale.

Denis

Michel KONIG 23/09/2018 12:38

Il faut faire appel, après le philosophe des lumières au psychologue des profondeurs, Carl Gustave JUNG.
Il dit (In « Psychologie des profondeurs ») : "Il n'est pas accordé à un très grand nombre de voir le monde comme une "donnée ". Il faut un important redressement, riche de sacrifices, pour s’apercevoir que le monde est une "donnée" issue de l'esprit. Ainsi nous sommes plus immédiatement persuadés, plus frappés en voyant ce qui nous arrive qu'en observant comment nous le faisons. L'animal en l'homme se cabre à l'idée de se sentir le faiseur de ses données. C'est pourquoi les tentatives de cette sorte ont toujours été l'objet d'initiations secrètes".
La remarque est pénétrante. L’homme a tendance à projeter sur son environnement, naturel et social, le contenu de son moi intérieur et y voir le même fonctionnement que celui dont il a conscience. Il peuple le monde d’esprits, bienveillants ou malveillants, à l’analogie de ses propres pensées ou de ses peurs et croit que ses succès ou ses échecs, son bonheur ou son malheur, voire sa survivance ou sa mort dépendent de sa capacité à entrer en contact avec ces esprits et à obtenir, par la soumission, la flatterie ou la ruse la réalisation de ses désirs et de ses envies.
Les neurophysiologues appellent ça la paréidolie dont l’étymologie remonte au grec edôlon qui veut dire image. C’est notre propension à voir des animaux dans les nuages ou des figures humaines sur un biscuit trop cuit. Le cerveau de l’espèce humaine s’est vu doté par la sélection naturelle d’une capacité de reconnaissance de formes dont sa survie a souvent dépendu. Mais celle-ci nous joue des tours en nous incitant à trouver des formes et des structures dans l’indifférencié, ce qui bien sûr alimente notre propension aux croyances magiques.
En même temps, l’homme structure et affirme dans cette croyance aux esprits sa propre identité. La solidarité clanique ou tribale, condition de la survie de l’individu et du groupe en milieu hostile, va sublimer son besoin d’affirmation et de domination en identité du groupe en lui donnant un contenu mystique. Les esprits qui peuplent la nature reflètent l’identité collective du groupe que le culte des ancêtres devenant eux-mêmes esprits va renforcer. La totémisation qui associe une forme naturelle vivante, comme un animal, loup, aigle, serpent ou géographique, montagne ou volcan, fleuve ou lac à l’origine mythique du groupe va étayer cette identité en lui donnant un contenu mystique.
Ces croyances sont dites animistes dans les formes primitives d’organisation sociale, tribale ou clanique. Pour les chasseurs, cueilleurs et nomades, cette référence est indépendante du territoire. Le chef est un meneur, un administrateur et un juge mais n’est pas confondu avec le totem religieux, dont le rituel appartient au sorcier ou au chaman, intercesseur avec les esprits protecteurs du clan.
Mais avec l’agriculture et l’artisanat productif, les sociétés se sont complexifiées en villes rattachées à un territoire, une « patrie ». Les croyances se sont structurées en religion et les rituels sont devenus des cultes. Les dieux, encore issus, comme dans l’Egypte ancienne, des totems animaux, sont protecteurs d’un territoire et le représentant de l’ordre social, n’est plus un chef, mais un roi, recueillant de manière surnaturelle l’onction des dieux. Ce roi, lieutenant de Dieu sur terre, comme aimait à le dire Louis XIV, est divinisé, tel le pharaon ou l’empereur romain, dans la mesure où la pensée magique le voit comme un Dieu de l’ordre social à l’égal de ceux de l’ordre naturel. Mais le substrat de la croyance aux esprits n’a pas disparu. Les fées volètent, les démons rodent, les fantômes errent, tout un ensemble de créatures surnaturelles qui, des vampires aux loups garous, reflète nos désirs et nos peurs.
La pensée magique fait aussi une grande place au langage, qui n’est pas seulement un moyen de communication ou d’échange avec ses semblables, mais un moyen d’aborder le monde des esprits. L’ego humain s’est constitué à partir du langage. La prise de conscience du moi et la recherche de son identité propre et collective se fait sur la base de la verbalisation de la conscience interne qui, dans la pensée magique, est projetée sur le monde extérieur. C’est donc au moyen de la substance même de l’ego, que la pensée magique pense pouvoir agir sur les esprits. D’où les formules magiques trouvées dans de vieux grimoires et les sorts qu’Harry Potter lance contre ses ennemis.
L’astrologie, encore si populaire aujourd’hui, mais qui fut longtemps à l’astronomie, ce que l’alchimie est à la chimie moderne, est fondée sur la croyance d’origine hermétique et inspirée par modèle cosmique de Ptolémée, que la terre est au centre de l’univers et qu’entre la sphère des étoiles fixes qui marque le ciel, siège de la divinité, et la terre, siège de l’humanité, 7 sphères concentriques, chacune habitée par un dieu-planète dans la mythologie païenne ou un éon dans la mystique chrétienne, sont traversées par les âmes venues du ciel pour s’incarner dans les nouveau-nés. L’âme est donc « teintée » par ces traversées et reçoit ainsi un viatique qui va marquer sa destinée. La recherche de la position des planètes au jour de la naissance est donc le moyen pour l’astrologue de connaître le thème astral et donc la prédestination de l’âme.
La "magie" de l'initiation est en fait celle d'un rite de passage pour l'agrégation à une communauté. Peu importe qu'elle soit "riche" ou "dépouillée", cela entre en résonance avec notre inconscient collectif et "cérémonialise"notre adhésion à une communauté choisie.

sudarskis 20/09/2018 12:39

la cérémonie d'initiation par une naissance répond à la question d’où je viens, où je vais et peut-être qui je suis. Une place de l’homme dans l’univers, que l’on appelle une philosophie, est proposée par la philosophie Maç. On peut la rattacher à ce que l’on appelle la science-sagesse-sacrée avec trois propositions fondamentales exprimées dans les ternaires.
. Un principe omniprésent éternel, illimité, inconcevable et immuable, innombrable, que Blavatsky appellerait l’Être-té ou la Vie-une ; le Aleph auquel le Beth du béreshit nous renvoie, le Ayin, le Rien. Une fois sorti de cet absolu, la dualité survient dans le contraste de l’esprit et de la matière qui demeurent, sous deux aspects différenciés, la même chose, le Un. L’esprit est la première manifestation de la matière et la matière est la première manifestation de l’esprit La substance cosmique, l’espace, l’aether grec est aussi appelé la Mère avant son activité cosmique, et le Père-Mère au premier stade de son réveil, dont le mode de mise en mouvement peut-être le Logos, le Verbe.
. L’univers manifesté, qui en est issu ensuite, est donc pénétré par cette dualité. Il en est le fils consubstantiel ; c’est le Fils de la vierge-mère fécondée par l’esprit. Et l’on peut dire : de l’esprit ou Idéation cosmique ou Père, viendrait notre conscience.
. De la substance cosmique ou Mère viendraient les véhicules dans lesquels cette conscience est individualisée, tandis que l’énergie du Un dans ses différentes manifestations serait le mystérieux lien d’unité entre l’esprit et la matière, le principe animateur qui donne la vie.

C’est ce que l’on peut comprendre de ce que disent les stances de Dzyan, le plus vieil écrit sacré d’après lequel furent compilés d’autres écrits sacrés plus connus des profanes. C’est ce que semble dire également Einstein dans Espace, temps, gravitation. Il écrit : « Masse et énergie ne sont qu’une seule chose ou du moins ne sont que deux aspects d’une même chose ».

La cérémonie de passage se donne à vivre comme la conception et la naissance spirituelle ou plutôt comme la renaissance de l’individu et sa régénération. Le profane courbé à l’entrée du temple sanctuaire, prêt à traverser la matrice de la nature-mère, ou prêt à redevenir l’être spirituel primordial devient ainsi l’homme prénatal. Cette ployance fœtale, c’est une chute de l’esprit dans la matière dirait le sémite, c’est au contraire son retour à sa source primordiale dans laquelle il s’immerge dirait l’aryen. Dans les deux cas il s’agit toujours du UN manifesté en Matière et Esprit mais de façon ascendante ou descendante.

En d’autres termes l’initiation Maç, en nous refaisant produire la cosmogénèse, l’anthropogenèse, nous demande de faire de nous-mêmes, une matière humaine, une copie microcosmique, un reflet de la matrice céleste, en un mot un espace femelle dans lequel l’esprit mâle fécondera le germe du fils, celui de l’univers visible parce que lui-même lumière. C’est ce que l’on peut appeler une mixité universelle. C’est Beth attendant sa fécondation par Iod qui se fera dans le vase de l’œuvre au noir déversant du cabinet de réflexion le myste comme de l’or naissant. C’est cela que raconte entre autres la première partie de la cérémonie d’initiation. Ici s’accomplit ce dont on ne sait pas où est le début, mais c’est l’initiation par la naissance.

Et puis vient la naissance par l’initiation et c’est un autre commencement.

Pour accéder à lui-même l’homme doit se retirer de soi. Nous sommes le produit d’une préfabrication institutionnelle, une subjectivité préfabriquée dans son environnement et ses acquis socio-économico-psyco-culturels, mais aussi moraux. Ici se pose le problème : comment échapper à cette situation, car si l’homme n’est que de l’être impersonnel de l’institution et s’il est impossible de faire advenir son propre monde, la question, la quête de l’être, n’a plus d’importance puisque ainsi pensé, l’homme serait né avant la naissance et la naissance serait un non-sens.

Être ou pas, être est la question (To be or not, « to be » is the question) ; cela commence par une re-naissance. Être ou pas, naître est la question ;

Naître permet d’accéder à une parole nouvelle libérée de ceux qui pensent posséder une maîtrise sur leur parole et la parole des autres, naître en tant qu’individu différencié, naître comme œuvre à faire. C’est cette idée qu’exprime Rabbi Zouzia, peu avant sa mort ; « Dans l’autre monde, On ne me demandera pas, pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? On me demandera, pourquoi n’as-tu pas été Zouzya ? ». Chaque homme est une lettre ou une partie d’une lettre. Le livre tout entier est écrit lorsqu’il ne manque aucune lettre. Chaque homme a l’obligation d’écrire sa lettre, de s’écrire, c’est-à-dire de se créer en renouvelant le sens, son sens. Le cabinet de réflexion, de réflectivité en tant que miroir, est le face à face qui nous demande de commencer à rechercher notre identité enfouie.

Alors, le FM sera un éclat existentiel, une brisure, séparé mais aussi une brillance. L’initié Maç est ce lieu de lumière qui se retire et rayonne à la fois ; qui existe au sens étymologique (ex sistere) dans cette capacité à sortir de soi, de se dépasser et de d’inscrire dans un mouvement de création. C’est là, où l’homme se trouve qu’il doit faire briller la vie cachée de l’absolu.

Rappelons-nous ! Il n’est d’accès à aucune vérité qui ne comporte un renoncement. Le sacrifice verticalise l’être humain. Le supplément maçonnique ou alchimique ou initiatique ne sera donné qu’en échange d’une offrande sacrificielle. Sacrifier ne signifie-t-il pas faire du sacré ? Sans sacrifice, pas de passage vers la transcendance, pas d’initiation ni d’affrontement avec la mort, pas d’accès à la phase suivante. Cette phase qui suit correspondrait sur le plan spirituel à une résurrection et elle se traduit par l’appropriation de certains états de conscience normalement inaccessibles à la condition profane.

Chaque initialisation réactualise, réinitialise une nouvelle loge, dans le ordo ab chao et cette sacralité là, nous l’appelons notre loge-mère, lieu où est ordonné le monde, lieu où se crée le sens qui va structurer la cité fraternelle. Ce sens assurera la cohésion en situant le néophyte dans un cercle magique, dans une hiérarchie non contestée, car elle est aussi une filiation symbolique.

Après le dépouillement, après la saison automnale du cabinet de réflexion, de nos esprits d’où tombent les pensées mortes, renaîtront de vivaces intentions d’ajouter de la valeur humaine. Dans ce lieu de rencontre du COS et du CHIASME, l’aventure se termine, une autre commence. Une ère a pris fin, une autre s’inaugure dont les acteurs ont accédé, par l’épreuve, à la connaissance réservée au voyageur rescapé. L’homme en quête de sagesse est un homme qui marche, qui est voyageur, vers le pays promis, vers la terre édénique, vers son Amérique, vers ses sources ou vers lui-même.

Devenir FMpar une naissance, c’est inscrire l’action Maçdans la liberté, en soulignant que l’être Maçs’oppose au geste de répétition, que l’homme Maç est un nouveau commencement, un initiateur. C’est un être pour-la-naissance. Le FMest vertueux de toutes ses naissances à venir. Le rituel d’initiation par la naissance nous permet de dire que la FøMø envisage le monde, non pas dans ce qu’il est, mais dans ce qu’il a à être. Avec André Néher, nous disons que « la perfection de l’homme est sa perfectibilité ». Par l’avènement de sa mise au monde, le FM porte en lui la promesse d’un avoir à être. Cela est un des fondements d’une éthique pour un FM C’est pourquoi chaque initiation est un don qui est fait aux FM qui y participent ; don de la vie à ses origines, don de l’espérance qui l’accompagne comme fécondation du monde.

Philosophiquement parlant confirme Mircéa Eliade, l’initiation équivaut à une mutation ontologique du régime existentiel. Les 3 étapes que le récipiendaire aura vécues dans le rituel de passage, « séparation, initiation, résurrection » correspondent dans la Bible à la chute, l’exil et la rédemption. La réussite aux épreuves va redéfinir l’impétrant comme FM, un homme ou une femme dont les nouveaux rôles et la nouvelle identité justifieront qu’il ose proclamer une existence rénovée, non plus celle que lui imposaient les filiations charnelles et les hasards destinaux, mais celle de la libre déclaration de son origine et l’aveu de sa filiation découverte par lui seul qui le rend Fou Sde l’humanité depuis les origines.

Voilà tout est donné le jour de l’initiation. Il reste à répéter, pour nous-mêmes l’apprentissage de notre naissance, de notre vie, de notre mort. Mort et renaissance avec la descente au cœur de la terre, la caverne, la nuit obscure des gestations, la terre fécondée, l’eau purificatrice et fertilisatrice, la matrice aveugle et la grotte protectrice, la source, les profondeurs d’où surgit l’être revivifié par le bandeau enlevé.
Et puis l’ascension, le dépassement, l’élargissement, la montée vers l’au-delà avec tout ce qui exprime l’élan invincible et toujours recommencé vers l’inaccessible, avec l’Amour qui promeut la vie.
Et encore, les mouvements d’ordre transversal, les voyages, les migrations, les passages, la poursuite méthodique de l’exploration du réel et de l’imaginaire, la marche du connu vers l’inconnu, en un mot, la quête, condition de l’errance féconde.
Et surtout, ce qui a trait au dépouillement, à l’abandon progressif, au renoncement de ce qu’il faut quitter pour laisser place à ce qui compensera la perte de tout le reste.

La FMaçaccueille pour permettre à l’esprit de sortir de la confusion.
Extrait de http://solange-sudarskis.over-blog.com/article-650886.html

à lire aussi ce texte sur http://www.ecossaisdesaintjean.org/2016/03/la-vision-de-l-initie-et-l-extension-du-domaine-du-reel.html

Leo 20/09/2018 07:33

Mtcs,
Bonjour,
Merci pour ce morceau de déarchitecture.
Je ne suis pas entièrement de ton avis, car je trouve au moins une communication non verbale au milieu de ces frères qui sont assemblés en tenue (je suis d'une obédience dont Charruel n'est plus le grand pontife).
Me permettrais - tu de savoir quelle est cette "toute autre expérience" ?
Dans l'espoir de te lire .

Leo Hqd.