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La Maçonne

La Commune de Paris en 1871

Evasion de Rocheford (bagne) - Tableau d'Edouard Manet (1880)

De la Commune, beaucoup y voit des points communs avec notre actualité tout en jaune, que ce soit les non-réponses du pouvoir républicain en place face à l'insurrection populaire, sa répression (à un degré moindre quand même) comme au niveau des causes même. 
Je ne suis pas la plus grande fan de ce type de parallélisme. En effet, qu'y-a-t-il de commun entre la société de 1871 – en fin d'un dix-neuvième siècle remuant – et celle d'aujourd'hui ? 

Les causes de la Commune. 


La Commune et, par conséquent, les communards, des républicains, ont contesté la légitimité du Parlement et, par conséquent, du gouvernement en place de cette jeune et nouvelle Troisième République. 
Elle faisait suite à la très oubliée Révolution de 1848 – on préfère se souvenir du coup d'état napoléonien -  et surtout au siège de Paris, ayant conduit à une période de famine durant l'hiver 1870-1871. 

Napoléon III, après s'être fait élire en 1848, fut désigné président de la République. Il rédigea plusieurs décrets et se fit élire « Empereur » en 1851 au suffrage universel (masculin). Il réduira les droits associatifs, contrôlera la presse, le système judiciaire, et réorganisa les Consistoires juifs et protestants. Il avait même prévu d'abolir l'Université – il se contentera de mener un contrôle strict  en nommant un ministre adapté. Il pensait aussi interdire le Grand Orient de France. Il le mettra sous tutelle en nommant Lucien Murat, un de ses parents,  comme grand maître. Son successeur à la grande maîtrise du GODF fut, ensuite, le Maréchal Magnan. Il n'était alors même pas franc-maçon. Nommé grand maître par Napoléon, en 1862, il fut initié et reçut les 33 degrés au REAA la même journée. Magnan n'était nul autre qu'un des principaux investigateurs du coup d'état de 1851. 
En somme, Napoléon III, en véritable despote, avait la main mise sur toutes les institutions possibles et imaginables qu'il avait trouvé. 

La grogne se fit non seulement sentir mais entendre conduisant à diverses mesures répressives (fermeture de l'Ecole Normale en 1867, par exemple), exclusion de francs-maçons républicains contestant Napoléon, nomination de ses proches aux fonctions clefs dans un jeu de chaises musicales bien huilées. 
« Les batailles institutionnelles des années I860 et 1870 donnèrent une forme décisive aux politiques de la classe moyenne. Dans chaque cas, les revendications et les modus operandi étaient les mêmes. Des dissidents faisaient valoir leur droit à l'autonomie institutionnelle. Les francs-maçons, les universitaires et les artistes revendiquaient le droit de s'autogouverner. 
L'autogouvernement, en retour, était conçu comme la loi de fonctionnement d'une opinion informée, 
constituée dans un débat public et exprimée par l'exercice du suffrage universel. »
explique Philip Nord (in Les origines de la Troisième République en France (1860-1885))

Le tout s'effondra suite à la guerre (perdue) contre la Prusse. Un gouvernement provisoire se forma et la Troisième République fut déclarée par Gambetta le 2 septembre 1870. On trouve dans ce gouvernement, en outre, Gambetta (Intérieur), Jules Favres (Affaires étrangères), Jules Ferry (secrétaire du gouvernement), Adolphe le Flo (Guerre), Adolphe Crémieux (Garde des sceaux). 
La guerre n'est pourtant pas terminée. Metz est assiégée. Paris le devient à partir du 18 septembre 1870. 
Un armistice sera signé le 28 janvier 1871 (Jules Favre).  Le 29 janvier 1871 sera décidé, par décret, des modalités des élections. Ces élections se dérouleront au chef-lieu des cantons afin de pousser les campagnes à l'abstention. Organisées de manière précipitée, elles ne répondent pas au choix du régime mais à la validité de l'armistice. 
Gambetta et les radicaux souhaitent continuer la guerre. Les modérés souhaitent la paix. Les monarchistes et les conservateurs opteront eux aussi pour la paix. 
Le 8 février 1871 (et lorsque je dis précipité, c'est un doux euphémisme), une nouvelle Assemblée parlementaire est élue. Elle sera majoritairement monarchiste comptant 400 députés légitimistes ou orléanistes, contre seulement 250 républicains. 

Bien évidemment, ces élections ne représentent pas une préférence pour la monarchie par le peuple mais un désir de paix. Le 17 février 1871, Adolphe Thiers, ex-ministre de Louis-Philippe, est nommé « Chef du pouvoir exécutif », c'est-à-dire « président » pour mieux situer la fonction. 
Adolphe Thiers n'était pas un inconnu. Il avait été ministre de l'Intérieur sous la Monarchie de Juillet. Il avait réprimé la « Révolte des Canuts » à Lyon en 1834 faisant 600 morts et conduisant à 10 000 condamnations. Monarchiste, lui-même – bien qu'il retournera sa veste par la suite – il souhaitait imposer une « restauration ». En attendant, jugé utile, il devait régler l'armistice et ainsi le départ des prussiens. 

L'armistice qui sera signé le sera en défaveur de la France : 5 milliards de francs seront versés à l'Allemagne (soit trois budgets annuels du pays – quand on sait que la solde journalière d'un garde national était alors de 1 Francs et 50 centimes … ), l'Alsace et la Moselle – avec une partie des Vosges et de la Meurthe et Moselle - seront annexées à l'Allemagne, et en prime un petit défilé glorieux des allemands sur les Champs-Elysées pour marquer le coup. 
Le 1er mars, l'Assemblée adoptera ce qui est connu sous le nom de « Traité de Francfort » avec une large majorité (546 contre 107 députés). Il sera définitivement signé le 10 mai 1871. 
Le 9 mars, les journaux d'extrême-gauche seront interdits par Thiers. 
Le 10 mars, l'Assemblée – très monarchiste – décidera de siéger et donc de s'installer à Versailles – trouvant Paris par trop « républicain ». Le symbole est fort. Elle décidera le même jour de mettre fin au moratoire sur les effets de commerce , conduisant à la faillite ce qui constituait la classe moyenne parisienne, soit les commerçants et les artisans. Elle mettra fin à la solde de 1,50 Francs par jour  versée aux gardes nationaux. 
Le 18 mars, c'est le premier jour de la Commune. Elle éclatera lorsque Thiers tentera de saisir les 227 canons de la Garde Nationale, canons financés par la ville de Paris. 

A parcourir le site "Commune Rougerie" site présentant plusieurs articles de l'historien Jacques Rougerie, spécialiste de l'histoire de la Commune. 

Les Communards.  


Dans « La Commune. Le mythe et le fait », publié en 1973, Jeanne Gaillard analyse différentes hypothèses concernant la Commune. Elle note ainsi : « L'hypothèse d'un marginalisme collectif frappant à Paris certains groupes sociaux et certains quartiers est beaucoup plus éclairante que celle du marginalisme individuel ; il faut savoir gré à J. Rougerie de l'avoir démontré dans Paris libre. A la veille de la Commune, Paris comprend des populations séparées ; parquées en fait dans des quartiers particuliers en même temps que dans une condition inférieure, les couches populaires sont solidarisées par une sorte d'ostracisme implicite. Cependant, ce marginalisme que J. Rougerie semble considérer comme le prolongement de la maladie urbaine décrite par Louis Chevalier (cf. Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la ire moitié du XIXe siècle, Pion, 1969) me paraît en réalité d'une espèce différente. Les marginaux de L. Chevalier ont constitué une société parallèle décrite par Eugène Sue dans Les Mystères de Paris ; ils ne cherchent pas à détruire la société officielle sur laquelle ils vivent en parasites. Au contraire les marginaux de 1871 sont des exilés malgré eux qui frappent aux portes de la ville. » 

Cette réflexion sur la société parisienne de la fin du 19ème siècle peut être aussi mise en parallèle avec l'analyse faite sur la « France périphérique », rurale et isolée, qui frappe à la porte de l'Etat pour être entendu et réclamant des droits politiques. 
« Le problème, dans ces conditions, n'est pas seulement la maturation de l'esprit de classe, c'est aussi de savoir comment se fait l'adhésion de la collectivité à la révolution. L'histoire de la Commune et surtout de l'avant-Commune n'est donc pas uniquement celle des organisations, assez bien explorée d'ailleurs (quoiqu'il nous manque une histoire de la Garde nationale pendant le siège), mais celle des manifestations qui ont mobilisé le peuple de Paris, « journées » diverses, rassemblements de la place de la Bastille, etc., auxquelles plusieurs historiens récents de la Commune accordent une attention renouvelée. C'est seulement à travers ces épisodes divers d'une vie publique intense depuis le 4 septembre, que l'on peut saisir le développement de la conscience collective, sans lequel la révolution serait impensable. » continue-t-elle.  

Les affrontements seront violents. Adolphe Thiers enverra avec à leur tête Lecomte, 6000 soldats qui attaqueront les gardes nationaux pour récupérer les fameux canons. Les femmes, qui se levaient tôt, sonnent le tocsin à l’église Saint Pierre de Montmartre. Les comités de vigilance du 18e arrondissement, avec Louise Michel et Théophile Ferré, organisent la riposte. Les gardes nationaux et la population, hommes, femmes et enfants confondus, s’avancent vers la troupe en criant : « vive la ligne ; vive la République » ! Lecomte donnera trois fois l'ordre de tirer sur la foule.  Les militaires fraternisèrent avec les insurgés, levèrent les armes et arrêtèrent Lecomte. Il fut purement et simplement lynché. Clément-Thomas, quant à lui, habillé en civil, repérait les barricades lorsqu'il fut reconnu. Il fut arrêté et lynché sur le corps du général Lecompte. 
Dès le 5 avril 1871, la Commune décide en un décret historique « que toutes personnes prévenues de complicité avec le gouvernement de Versailles […] seront les otages du peuple de Paris ». 
Elle précise en outre dans l’article 5 : « Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus […] et qui seront désignés par le sort. »

Ce décret suscite indignation chez certains « observateurs » comme Victor Hugo dans son poème « Pas de représailles » (L’Année terrible, 1871). Dans les rangs communards mêmes, cette mesure est souvent désapprouvée, ainsi par Prosper-Olivier Lissagaray, l’un des premiers historiens de la Commune, qui l’évoque comme une « razzia de soutanes ». 

Quelques jours plus tard, la Commune propose l’échange de Monseigneur Darboy, l’archevêque de Paris, contre le vieux révolutionnaire Auguste Blanqui retenu prisonnier en Bretagne. Les versaillais refusant de répondre. La Commune réitère son offre à plusieurs reprises. Elle en change même les termes puisque, le 14 mai 1871, elle propose de libérer les 60 (certains évoquent jusqu'à 70) otages qu’elle retenait à Paris contre la libération du seul Blanqui. 
Thiers refuse la proposition, tandis que son secrétaire Barthélemy Saint-Hilaire ajoute : « Les otages ! Les otages, tant pis pour eux ! ».

Les communards ne mettront pas à exécution leur propre décret alors que les versaillais n'hésiteront pas à fusiller largement les communards. Ce sera suite à la « semaine sanglante » que six otages dont l'archevêque Darboy, mais aussi le président Bonjean, ancien ministre de l'agriculture de Napoléon, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, l'abbé Surat archidiacre de Notre-Dame et le l'adjoint au maire  Chaudey, accusé (sans que l'on trouve une preuve) d'avoir demandé à ce que l'on tire dans la foule, seront exécuté le 24 mai. 

Dans « La Commune considérée par la Droite : dimensions d'une mythologie » par John M Roberts, la Commune est la permanence de la révolution, la débâcle morale du peuple. Bien évidement, les versaillais, conservateurs et monarchistes, craignent un autre 1789 – ce qui explique la  répression – Surtout, on peut y lire en filigrane leur peur, la peur du peuple, qui réveille les anti-lumières. Le gouvernement Thiers et l'Assemblée parlementaire iront même jusqu'à envisager un complot entre les communards et les Prussiens, ou s'il s'agit d'étrangers, les anglais. Ils verront dans les alsaciens, réfugiés en France, des « socialistes », ….  et distilleront une méfiance à l'égard des « sociétés secrètes ». La Commune deviendra dans la pensée de la droite conservatrice – et très certainement l'est encore – la preuve d'un peuple mauvais qu'il ne faut pas gouverner en toute intelligence, mais dominer. La réaction de Thiers qui refuse de libérer un seul homme pour en sauver 60 montre tout le mépris et le dédain des versaillais à l'égard de la vie humaine. 

La première revendication des communards est évidente et toujours d'actualité : la « démocratie directe », « une capacité populaire d’« autonomie », une volonté de participation politique immédiate » (explique Rougerie ici)
Pour nous, citoyens de 2019, cela signifie le référendum d'initiative populaire. 
Dans « Le Prolétaire », journal du club Ambroise du XIe arrondissement, 19 mai 1871, on pouvait lire :
 « Serviteurs du peuple, ne prenez pas de faux airs de souverains (...) Ne vous pressez pas de juger et de décider au nom du Peuple. Restez dans votre rôle de simples commis (...). Le Peuple est las des sauveurs ; il entend désormais discuter leurs actes. » 
Des mots qui ont toujours un sens aujourd'hui. 

De manière plus concrète, après une élection éclaire d'une Assemblée,  la question reposait sur la légitimité de l'Assemblée qui, bien qu'elle soit élue, ne représentait pas le Peuple. Michèle Riot-Sarcey résume la situation ainsi :  « la crise manifeste de la représentation politique », d’un « système qui a perdu le sens premier du mot démocratie pour ne s’attacher qu’à conserver le pouvoir de ses représentants ». 

Déjà, en 1871, les communards différenciaient deux concepts politiques :  l'une valorisant la représentation malgré ­ voire du fait de ­ l'exclusion politique des représentés qui l'accompagne, l'autre reposant sur la participation politique directe du peuple en dehors de toute relation de représentation. 
L'autre revendication est le droit au travail, une reconnaissance du travail y compris manuel.
" « Je me crois un travailleur », écrit en 1869 Napoléon Gaillard, le cordonnier barricadier de la Commune, « artiste chaussurier » comme il aime à se présenter, « et quoique faisant des chaussures, j’ai droit au respect des hommes autant que ceux qui croient travailler en tenant une plume. » »"

La démocratie communarde veut concrétiser l’aspiration du mouvement ouvrier du XIXe siècle : « l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ». 

Dès le 29 mars, la Commune organise, au sein de son Conseil, dix commissions. La Commission du Travail, de l’Industrie et des Échanges est celle qui prend en charge la question sociale et dans laquelle siègent beaucoup d’internationalistes, notamment Léo Fränkel, Benoit Malon, Charles Longuet. Léo Fränkel, ouvrier bijoutier d’origine hongroise, devient le délégué de la Commission du Travail à la Commission exécutive de la Commune, sur laquelle siègent des représentants de toutes les commissions.
 Fränkel, en tant que  « ministre » du Travail  résume la responsabilité et la détermination de la Commune en ces termes : « Nous ne devons pas oublier que la Révolution du 18 mars a été faite exclusivement par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, nous qui avons pour principe l’ Égalité sociale, je ne vois pas la raison d’être de la Commune. »
Sont mis en place (ou étudié) des journées de 10 heures, des salaires minimaux, ou encore la mise en place d'un premier « pôle emploi », luttant contre le chômage. 

N'oublions pas, non plus, le rôle important des femmes dans la Commune. Elles sont sur les barricades, interviennent dans les débats et agissent. Elles fonderont, le 9 avril 1871, la première organisation féminine structurée : « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ».  
Elles réclameront l'égalité des salaires, la mise en place de crèches pour les enfants des mères qui travaillent ou encore d'écoles ( Paule Minck). Elles abolissent la prostitution en faisant fermer les maisons closes estimant que la prostitution est  « une forme de l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines. » 
Lorsque l'on se souvient des débats pour la fermeture des maisons closes en 1946 et encore la pénalisation des clients encore en 2019, c'est dire que les pétroleuses étaient en avance sur leur époque et bien encore en avance sur certains de nos contemporains. 
D'autres femmes choisiront les armes, dont Louise Michel surnommée la « vierge rouge », et seront sur les barricades. Selon Louise Michel, elles auraient été 10 000 femmes armées et à se battre contre les versaillais. 
Le mythe de la Commune veut la limiter à quelques revendications : sur le travail, par exemple – ou encore sur la laïcité – Les revendications des communards voulaient réformer la société du tout au tout et en profondeur. 

Parcourez sans hésitez le site "des Amis de la Commune" ici. 

La semaine sanglante : la reconnaissance d'un massacre. 

 

Thiers, puis Mac Mahon, et les généraux qui avaient commandés les troupes, soit 150 000 soldats, lors de la « semaine sanglante » ne savaient pas (ou refusaient de savoir) combien de personnes ont été tuées. Ils estimaient le nombre à 17 000 …. qui est un chiffre qui semble sortir du chapeau. 
Une étude de Robert Tombs, « Victimes et bourreaux de la semaine sanglante » montre toute la difficulté de connaître les chiffres exacts mais aussi un autre fait : les noms de morts, des fusillés sans aucun jugement, ont été notés et ensuite biffés des registres – et leurs exhumations – en particulier au cimetière de Père Lachaise n'a pas donné lieu à une mention particulière. En somme, ces morts – quelque soit leur nombre – ont été effacés. Différents recoupements conduisent à estimer que le nombre de morts lors de la semaine sanglante serait de 10 000 environ. 
Si on ne savait pas compter les fusillés (sur place ou presque) chez les communards comme d'ailleurs les morts de l'autre côté en 1871, on ne sait pas mieux comptabiliser les blessés graves chez les manifestants des Gilets Jaunes – du moins du côté de l'Etat. 
Ces données sont connues par le seul travail d'un journaliste comme elle le furent par le travail de quelques hommes de bonne volonté dans le passé. On ne peut pas parler de progrès entre la fin du 19 ème siècle et le début du 21ème ! 

Pour aller plus loin dans la comparaison, les versaillais expliquaient ce massacre comme étant le résultat de l'exaspération des soldats à l'égard des communards. Des soldats, entendons plutôt, des paysans armés et revêtus d'un joli uniforme comme on savait les faire au 19ème siècle se seraient énervés contre les parisiens sans que leurs chefs ne puissent rien y faire.  Ce serait une regrettable erreur …. involontaire de la part du pouvoir. 
Si le même gouvernement de Thiers avait indiqué un nombre de victimes est réduit, cela aurait indiqué qu'il s'agissait d'un massacre soigneusement organisé. 
Tout semble indiqué que ce fut le cas. La plus grande crainte des versaillais était que les soldats pactisent avec les communards et refusent de se battre, ayant connu un précédent. Ils étaient donc bien encadrés. 

Les temps changent. Aujourd'hui, le gouvernement n'admettrait pas perdre le contrôle sur les policiers ou les soldats. Disons-le, ils se refusent de reconnaître le pétage de plomb, le plaisir jubilatoire de certains policiers à frapper des manifestants. 
On peut, donc, considérer suivant cette logique officielle que les blessés parmi les gilets jaunes sont souhaités par le gouvernement et même soigneusement organisés. Après tout, n'est-ce pas ce qu'ils expliquent en niant l'existence des « violences policières » ? 

Ainsi, pour expliquer ce massacre,  Thiers évoquait une insurrection – celle des communards – mais aussi une émeute, bien plus meurtrière, celle de l'armée et des soldats à l'encontre des parisiens. La réécriture des événements ne s'arrêtent pas là. 

« La version officielle de la lutte, réitérée dans l'Assemblée et dans la presse, était que la majorité des insurgés n'étaient que les victimes ou les dupes d'une minorité révolutionnaire : 
«ces malheureux égarés par des malfaiteurs », selon Thiers. Les «malheureux » étaient supposés servir la Commune sans enthousiasme, «soit pour faire comme les camarades, soit contraints et forcés, soit séduits par la solde ». Cette analyse niait toute légitimité politique de la Commune, et plaçait toute la responsabilité de la guerre civile sur une minorité de «meneurs », des révolutionnaires professionnels, des fanatiques ambitieux : «des criminels, selon Jules Favre, qui ont usurpé le pouvoir non pour faire dominer un principe politique mais pour y réaliser l'assouvissement des plus avilissantes passions. » Un soldat de Versailles a écrit : «J'aurais vu fusiller avec joie tous ceux qui ont été les meneurs »
 » explique encore Robert Tombs. 

Bien entendu, la théorie du complot prussien faisait fureur. Les communards étaient surnommés les « Prussiens de Paris », et avec eux se trouvaient les criminels des bas fonds parisiens. 
« Selon des officiers de l'armée, les «agents de choix » de la Commune étaient «des repris de justice, des piliers de cabaret, des souteneurs, des déclassés [...] toute la vermine des faubourgs » ; des «équarrisseurs et [des] gens de la plus basse classe qui compose le fond de la population [...] »

On ne peut faire ici qu'un parallèle avec les multiples tentatives de discrédits des « gilets jaunes », ces poujadistes, buveurs de diesel, infiltrés par l'extrême-droite, manipulés par les Russes comme Emmanuel Macron l'exprime si bien ... ou encore les italiens. 

«  La presse versaillaise parlait de 30 ou 35 000 repris de justice à Paris, avec des renforts qui arrivaient de la province et de l'étranger. Elle insistait sur la motivation matérialiste des chefs de la Commune, et racontait des anecdotes sur leurs ambitions, leur corruption, leur avidité et leurs orgies. On décrivait les Communards, à travers des mots et des dessins, comme hideux et bestiaux, 
les lieux communs de la phrénologie. On refusait absolument de considérer le conflit comme une question politique ...[...] La guerre civile donnait une occasion «de purger notre pays de toute la 
racaille qui sème le deuil et la misère partout [...] le gouvernement ne doit pas avoir le droit de grâce, ce serait un crime; il faut [...] qu'une cour martiale fonctionne aussitôt, sans quoi on viendra nous dire qu'il est trop tard pour exécuter les coupables, et ce sera encore à recommencer avec les mêmes hommes ; je demande que la loi militaire soit appliquée dans toutes ses rigueurs [...]. Dans quelques jours le passé de cette monstrueuse insurrection sera réglé à Paris de manière à ne plus renouveler de bail avec les révolutionnaires […] Thiers a répondu à Ferry, qui s'inquiétait des fusillades : «nous ne consentons à aucune exécution lorsqu'un homme est devenu prisonnier : pendant le combat nous ne pouvons rien, et nous voudrions en vain nous en mêler »
»

Départ des communards (anonyme)


Les procès et le bagne. 

 

Si le chiffre de 10 000 exécutions lors de la semaine sanglante apparaît être un compromis, on connaît le nombre de condamnés au bagne :  4255 personnes furent ”déportés”. 
Ce que l'on oublie bien souvent est le nombre effrayant d'arrestations : 38 578 insurgés, 36 909 hommes, 1054 femmes et 615 enfants de moins de 16 ans. 967 décès lors de l'incarcération. 
Ce sont les chiffres du rapport du général Appert. Avec les doubles, cela fait 50 000 procès. Autant parler de mascarades. 
Il s'agit de la plus grande politique de répression que la France n'a jamais connu.
Trois condamnations principales furent prises en dehors des 93 condamnations à mort : 

  • 251 aux travaux forcés, à vie ou à temps. 1169 à la déportation dans une enceinte fortifiée. 3 417 à la déportation simple. 
  • On compte aussi : 
  • 1247 à la réclusion. 
  • 1 305 à un emprisonnement de plus d'un an.
  •  2 054 à un emprisonnement de moins d'un an. 
  • 55 enfants seront envoyés en maison de correction 

Plus de 10 000 condamnations ont été ainsi prononcées dans un temps records avec des moyens exceptionnels.  

Les condamnés au bagne se classent en trois catégories. 
Ceux astreints aux travaux forcés étaient au bagne de l’île de Nou, les condamnés à l’enceinte fortifiée ou réclusion se trouvaient dans la presqu’île Ducos. La fameuse île des Pins était réservée aux déportés “simples”. … 

Leurs transports ont été fait par des navires de guerre, dans des cages pouvant permettre d'entasser 50 à 80 personnes. Lors des deux premières années – 1872 et 1873 – ces bateaux transportaient ainsi 600 à 700 personnes pour des trajets de 3 à 5 mois. Une seule évasion réussie : celle de Rochefort qui s'évada avec Ballière, Jourde, mais aussi Grousset. Ce dernier deviendra historien et collaborateur de Jules Verne sous le nom de André Laurie. 

De ces déportés, on comptera quelques 391 morts. 

La Troisième République restera très fidèle à ses bagnes. Elle a instauré une des lois les plus scélérates condamnant au bagne les récidivistes, coupables de petits délits “qui, dans quelqu’ordre que ce soit et dans un intervalle de 10 ans, auront encouru deux condamnations à l’emprisonnement…”.  
Au début des années 1880, la IIIème République trouvera la Nouvelle-Calédonie trop douce comme les chiffres ne le montrent absolument pas. 
 La Guyane redevient terre de bagne en 1887, conjointement à l’archipel calédonien pendant une décennie puis, à partir de 1897, comme seule destination des forçats. 
Il faudra des années de témoignages (tels ceux de condamnés anarchistes au début du XXème siècle), de reportages indignés (tels ceux d’Albert Londres en 1923) et de campagnes de dénonciation (telle celle menée par la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen) pour que la loi sur la Transportation disparaisse du Code Pénal français par décret-loi du Front Populaire en 1938.  


Massacres, théorie du complot, désinformations, arrestations de masse, procès expédiés, condamnations délirantes, voici ce qu'ont été les méthodes de Thiers et de son gouvernement pour réprimer une population en quête de plus de justice sociale. 


 

 

Sources 

Nord Philip. Les origines de la Troisième République en France (1860-1885). In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 116-117, mars 1997. Histoire de l’État. pp. 53-68.
DOI : https://doi.org/10.3406/arss.1997.3214
www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1997_num_116_1_3214


Roberts John M. La Commune considérée par la Droite : dimensions d'une mythologie. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 19 N°2, Avril-juin 1972. Dimensions et résonances de l'année 1871. pp. 187-203.
DOI : https://doi.org/10.3406/rhmc.1972.2194
www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1972_num_19_2_2194


Dalotel Alain. La place de la Semaine sanglante dans la commémoration de la Commune en France. In: 1848. Révolutions et mutations au XIXe siècle, Numéro 5, 1989. Histoires de centenaires ou le devenir des révolutions. pp. 107-113.
DOI : https://doi.org/10.3406/r1848.1989.2068
www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1989_num_5_1_2068


Tombs Robert. Victimes et bourreaux de la Semaine sanglante. In: 1848. Révolutions et mutations au XIXe siècle, Numéro 10, 1994. Le silence au XIXe siècle. pp. 81-96.
www.persee.fr/doc/r1848_0765-0191_1994_num_10_1_2196
Gaillard Jeanne. La Commune. Le mythe et le fait. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 28ᵉ année, N. 3, 1973. pp. 838-852;
doi : https://doi.org/10.3406/ahess.1973.293384
https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1973_num_28_3_293384


Brou Bernard. La Déportation et la Nouvelle-Calédonie. In: Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 65, n°241, 4e trimestre 1978. pp. 501-518;
doi : https://doi.org/10.3406/outre.1978.2146
https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1978_num_65_241_2146

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G
La commune des milliers de morts avec comme exécuteurs les Versaillais. Les Allemands étaient à notre porte avec le canon la grosse Bertha et Bismarck. Il a unifié la Prusse qui devint l'Allemagne. On exécutait partout à Paris et, même pour un mauvais regard. Je pense qu'il y a eu plus de 50000 morts. Je vais rechercher un livre sur ce sujet.C.Galinier
Répondre
U
Bonjour,
Tes planches sont, à chaque fois, un régal d'enrichissement, merci ma TCS Anne. Les manipulateurs et autres narcissiques sont, aussi, présents sur nos colonnes. Comme moi-même, tu en as été victime ma TCS. C'est dénoncé mais le silence perdure...., les malfaisants continuent leur route maçonnique. De temps en temps une épidémie de communiqués.....et même un tweet !!!!! (sans doute pas le temps de mieux faire...) et les tabliers et les gants sont propres ! Une nième planche sur "être franc maçon au 21è siècle"..
Où est enfoui le serment signé, adulte et consentant, lors de l'initiation ?
Y a t il un espoir de remise en question.... Quand est ce que les maçons vont "se retrousser les manches" et aider à améliorer l'Homme et l'Humanité....
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C
Je cite ton texte "théorie du complot, désinformations, arrestations de masse, procès expédiés, condamnations délirantes, voici ce qu'ont été les méthodes de Thiers et de son gouvernement pour réprimer une population en quête de plus de justice sociale".
Comparaison n'est pas raison mais aujourd'hui on a des hôpitaux (APHP) qui fichent les blessés des manifestations, on se demande pourquoi, dans quel but et autres finalités?, et un Ministre de l'Intérieur qui ment concernant l'occupation d'un hôpital afin de faire oublier le premier point. L'esprit de Monsieur Thiers est toujours bien présent et les obédiences se taisent toujours.
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L
J'ai honte de ces obédiences qui vont même jusqu'à commémorer la Commune et Louise Michel.
H
Pour un financier ou un politique, l'autre, les autres, les électeurs, les sans dents, le « petit » peuple de besogneux n'existent pas plus que des moustiques importuns qui ne méritent aucun « respect » à la vie, à leur vies et qu'il convient d'écraser d'une simple claque.
Ces êtres vils, hypocrites, égoïstes n'ont aucune empathie, aucun sens de l'altérité et utilisent à leurs profits narcissiques pervers, les instincts primaires de ceux qui les servent, leur faisant miroiter une vie future confortable à laquelle ces serviteurs n'accèderont jamais car ils ne sont que des instruments d'exécution, des mouchoirs de papier qui sont jetés à la poubelle dès lors qu'ils ne sont plus considérés comme utiles ou productifs par ces soi-disant élites auto proclamées sous couvert d'élections pseudo démocratiques.
Argent et pouvoir sont les deux mamelles de ces sociopathes – plus souvent masculins que féminins, je l'admets sans réserves – qui se rêvent « Cuculpiter », « Dieu » ou autres dominant la masse glauque des fourmis qui courent en tous sens pour survivre et qui ne mérite que d'être écrasée sous leurs talons s'ils ont l'audace de trop s'approcher d'eux, les grands, les indispensables, les in-cons-tournables dominants.
Excellent article et recherche historique, MTCS Lilith ! Nécessaire à l'éveil de toute fourmi. C'est bien par la connaissance des lumières du passé que nous pouvons construire et éclairer les ténèbres de l'à venir.
Par ailleurs, j'ai trop le respect de la vie pour exiger la mort de ces sociopathes, voire leur emprisonnement, mais je demanderai plutôt leur enfermement pour étudier scientifiquement leurs comportements toxiques, ce qui permettraient vraisemblablement de trouver des outils susceptibles d'améliorer nos sociétés.
Bof ! Dans quelques milliers d'années si nous n'avons pas réussi à nous auto détruire d'ici-là.
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L
L'histoire doit servir à cela.