26 Août 2019

L'extrême-droite, c'est l'extrême-droite. C'est ainsi que je résume personnellement l'actuelle polémique autour d'un vœu émis par des membres du GODF. Ainsi, que cette extrême-droite soit française, polonaise, italienne, américaine ou israéliene, c'est toujours l'extrême-droite. Aucun n'est compatible avec la franc-maçonnerie.
Dans l'édition de l'Express pour les abonnés, François Koch a publié un article concernant un vœu de frères, sœurs et loges, pour vote au convent demandant d'interdire toutes visites au CRIF parce qu'il soutient politiquement le parti et l'homme-clef Benyamin Nétanyahou qui, s'il est classé à « droite », semble être une droite dure. (nota : il s'agit que d'une seule loge du GODF).
En février de cette année, Benyamin Nétanyahou a signé une coalition avec divers partis d'extrême-droite, dont Rafi Peret du Foyer juif (nationaliste religieux) et avec le parti d'extrême droite Otzma Yehoudit (Pouvoir juif) afin de se maintenir au pouvoir. Source "le Figaro" et Source Libération
Quant au CRIF ( Conseil représentatif des institutions juives de France), son actuel président Francis Kalifat n'a jamais caché ses relations avec Benjamin Netanayahou et son soutien vis-à-vis de la politique israélienne actuelle.
J'avais, de mon côté, il y a quelques mois, et cela avant l'attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, alerté au sujet d'une certaine tolérance vis-à-vis d'individus tel que Alain Finkielkraut, grand inspirateur et philosophe de l'extrême-droite française et de suprémacistes blancs à l'étranger. ((lire ici)
En effet, Alain Finkielkraut a été largement cité par Anders Breivik, ce norvégien , meurtrier de masse, ayant causé 77 morts et 151 blessés et surtout suprémaciste. Brenton Tarrant, auteur de l'attentat raciste ayant causé 49 morts et une quarantaine de blessés dans la mosquée de Christchurch, s'est justifié par la théorie du « grand remplacement » de Renaud Camus et présenté par son ami Alain Finkielkraut. (source)
Pour s'en convaincre, il suffit de lire la présentation faite sur le site du CRIF à l'occasion d'une conférence du même Alain Finkielkraut au CRIF qui explique, ce 1er avril 2019, dans « Comprendre Alain Finkielkraut en 5 points »
« Dans son essai « l’identité malheureuse », l’académicien se désole de la désintégration de l’identité française, dans une sorte de melting pot qui transformerait la France en « auberge espagnole ». « Quand le cybercafé s'appelle "Bled.com" et que la boucherie ou le fast-food ou les deux sont halal, ces sédentaires font l'expérience de l'exil (…). Ils n'ont pas bougé mais tout a changé autour d'eux », écrit-il alors. C’est cet essai en particulier qui lui vaut d’être assimilé par certains à Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement », chouchou des identitaires et suprémacistes. »
On l'assimile, non pas parce qu'on ferait une confusion maladroite, mais parce qu'il reprend les thèses identitaires de son ami Renaud Camus. L'auteure de cet article ne donne pas son opinion. Notons-le.
Cependant, je souhaite remarquer, en toute innocence, qu'en invitant à lire les oeuvres complètes de Finkielkraut – le CRIF ne fait que partager les lectures du Rassemblement National. (source).

Ce vœu de ces quelques frères ou sœurs du GODF, dont la formulation apparaît cette fois sur le blog « la Lumière » de François Koch, trouve des justifications dans les actualités en France comme en Israël. Une double polémique – pour ne pas dire une triple polémique – secoue le microcosme du GODF et maçonnique.
Ce serait, pour ce qui me concerne, considérer que l'on est anti-français si on critique Emmanuel Macron. Bref, c'est idiot. D'ailleurs, je trouve aussi idiot de considérer que le CRIF alimente l'antisémitisme ... En fait, j'ai décidé que c'était le même genre d'idiotie.
Lorsque l'on étudie non pas le fond idéologique mais les moteurs et leviers psychologiques de l’extrémisme et, en particulier, du racisme, de la haine de l'autre (qui peut être aussi le sexisme), il ne faut pas l'analyser en fonction de la victime, désignée comme l'ennemi réel ou imaginaire (les femmes sont-elles vraiment les ennemies des hommes ?), mais en fonction de celui qui propage et, en particulier, son sentiment de supériorité, ses frustrations personnelles, ses peurs … Bref, tout ce qui constitue les motivations avouées ou non du raciste.
La théorie du « bouc-émissaire » de Girard ajoute une autre dimension à cette haine : la perte de culture, l'impossibilité d'une transmission et un sentiment de menace dès lors que l'on se trouve face à d'autres cultures, une autre transmission, …
Pour moi, cela se résume en une seule phrase, lorsque quelqu'un pense ou dit « Si untel n'existait pas, on serait beaucoup mieux » - est l'expression de la haine pure. C'est du racisme.
Essayez, cela marche pour tout … y compris « Sans les femmes [en politique, aux commandes des entreprises, au travail, etc], on serait beaucoup mieux ». La seconde question est de comprendre, même si cela paraît complètement nébuleux et hors sols, c'est quoi ce « mieux ».
Espérer ou souhaiter la non-existence de l'autre revient à refuser de prendre ses responsabilités vis-à-vis de son histoire et de son présent. C'est rejeter ses propres échecs sur l'autre – les autres -
Je ne souhaite pas ici polémiquer plus que nécessaire sur la politique actuelle menée par Benjamin Nétanyahou en Israël. Je souhaite simplement souligner que découvrir aujourd'hui que cette politique est critiquée et critiquable relève, chez celles et ceux qui s'en insurgent, d'un défaut d'information. Mise en place d'un apartheid, colonisation massive de territoires palestiniens … c'est largement débattu en France comme ailleurs.
Quant au CRIF, les critiques existent aussi – Ce n'est pas non plus une nouveauté – En effet, cette association, dont on ignore tout du nombre d'adhérents, s'autoproclame seule « représentante des juifs de France » qui, pourtant, ne s'y retrouvent pas. « Pour qui parle le CRIF ?» s'interrogeait l'Express en 2014.
Ainsi, non seulement le CRIF représenterait numériquement qu'un tiers des juifs de France, mais surtout son dîner annuel, sujet de la polémique du GODF, est lui aussi mis en cause autant par le fond que la forme au sein de la communauté juive.
Sur le site JewPop on peut ainsi s'amuser à lire un article « Crif, un dîner presque parfait » de la blogueuse The SefWoman dont la philosophie se situe entre « se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen) » (Note à mes lectrices et lecteurs : faites-moi penser à l'occaz de me trouver une petite phrase philo … ).
Pour ce qui me concerne, je ne considére pas que le monde se porterait mieux sans Israël et sans la Palestine. Je considère qu'un état est la réunion d'individus qui se reconnaissent autour d'un projet commun qui, souvent, les dépassent. Par contre, il va de soi que l'on ne peut accepter comme "projet commun" la destruction d'un autre Etat. Tout au moins, les valeurs humanistes de la franc-maçonnerie ne permettent pas de l'accepter.
C'est la seconde polémique que j'ai vu filer comme l'éclair sur les réseaux sociaux. En fait, pour ces frères et ces sœurs, en franc-maçonnerie, que ce soit en loge ou lors d'un convent, on ne parle pas de ce que doit visiter ou pas le grand maître. C'est assez incroyable ! Ce n'est pas parce que toutes les obédiences ne le font pas qu'il faut dégoûter les frères et sœurs du GODF.
La question a toute sa place lors d'un convent (qui est, je le rappelle, l'Assemblée Générale de l'association). En effet, elle concerne sa représentation publique qui, logiquement et dans des obédiences qui cherchent à avoir une gestion démocratique, doit être discuté lors des convents.
Est-ce que le GODF souhaite être assimiler au CRIF en permettant que son grand maître se rende à ses dîners ou conférences ?
D'ailleurs, question subsidiaire, que fiche le GODF au CRIF ? Est-ce que le grand maître irait, s'il était invité, au dîner de l’Évêché de Paris ou à celui de l'association des « Musulmans de France » ?
Soit on est laïque – soit on ne l'est pas – et de voir chaque année un président de la République s'y ridiculiser me consterne assez.
Le GODF compte sur ses colonnes des frères et des sœurs musulmans, issus de l’immigration. Leur répondre « Le Grand Maitre va aux dîners du CRIF mais cela ne signifie pas qu'il partage ses opinions » est parfaitement hypocrite.
Pourquoi le grand maître du GODF ne va pas aux dîners festifs de Marine Le Pen, dans ce cas, si cela ne signifie pas un partage de convictions ? D'ailleurs, quelqu'un me répondra bien (ou le pensera si fort que je l'entendrais) au sujet du CRIF, que ce n'est pas parce que Finkielkraut y a donné une conférence, le 2 avril 2019, que cette association souhaite devenir le soutien philosophique à l'extrême-droite française. Non. Cela signifie que le CRIF n'a pas tout compris.
Cette polémique doit ouvrir à un débat plus large pour toutes les obédiences.
Il y a, aujourd'hui, un choix à faire pour ces dernières : rester dans un système à double vitesse avec toutes ses contradictions ou entrer dans une ère nouvelle en étant clair avec les valeurs maçonniques. Bref, entrer dans le concret et la vie réelle. Je sais – cela va être, pour beaucoup, particulièrement difficile.
Même si l'image publique du GODF concerne toutes les loges et tous les membres du GODF (et c'est vrai pour toutes les obédiences) qui ont leur mot à dire à ce sujet, il est évident que la question ne peut pas être approfondie lors d'un seul convent. Une prise de position peut être décidée – mais la question de fond n'est pas résolue pour autant.
Quel image une obédience – comme le GODF ou d'autres encore – souhaite donner et, par là, quel message souhaite-elle transmettre et comment peut-elle le faire ?
Vu l'article de François Koch, le GODF donne l'image d'être particulièrement bien désorganisée. On ne peut mieux faire. Ainsi, selon Foussier (ex-grand maître du GODF), ce vœu n'existe pas … puisque jamais voté par le Congrès Régional – bien qu'apparaissant à l'ordre du jour du Convent. C'est tout dire !
Fort heureusement pour le GODF et son grand maître, il existe l'Union Juive Française pour la Paix qui s'assume parfaitement antisioniste, ou encore la Société d'Etudes Juives, fondée en 1880 qui s'assume parfaitement sérieux ...

Voici le lien du site Jewpop que j'ai cité dans mon article ...
Lire ici le "communiqué" du CRIF au sujet du voeu "retiré par une Commission" (donc il existait ou pas ce voeu ?) au vote du prochain Convent du GODF.
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Crif - Grand Orient de France: un vœu de résolution contre le Crif retiré du vote
La semaine dernière, le Crif a appris qu'une loge de francs-maçons du Grand Orient de France - la loge Maximilien l'incorruptible - s'était attaquée à l'institution. Le "Convent", congrès ann...
Pour complèter la réflexion, lire aussi cet article du "Monde Diplomatique" paru en septembre 2019.
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Benyamin Netanyahou, le meilleur ami de l'extrême droite
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