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La Maçonne

Affaire Mila ou le retour des anti-laïques.

L'histoire de Mila est assez simple. Il s'agit d'une adolescente qui comme beaucoup de jeunes de son âge s'expose sur les réseaux sociaux
Homosexuelle, ayant envoyé boulé un prétendant, elle s'est vue dans un premier temps harcelée et insultée du fait de ses orientations sexuelles de « sale lesbienne ». Souhaitant se défendre, elle a déclaré : « Je déteste la religion, le Coran est une religion de haine […] Votre religion, c'est de la merde, votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir"

Les propos de la jeune fille (16 ans) ont été partagé sur les réseaux sociaux. La jeune fille s'est vue harcelée, menacée de mort, de viol et de nombreuses autres violences. Mise sous protection policière, elle est aujourd'hui déscolarisée. 
Une première plainte a été posée contre cette jeune fille pour délit raciste – qui a été finalement classée sans suite – Par contre, celui, éconduit, qui l'a traité de « sale lesbienne », n'est pas inquiété - autant que l'on sache - pour ses injures homophobes. 
Suite aux menaces de morts et de viols à l'encontre de cette jeune fille, une enquête est ouverte et, on est déjà, prévenu : ce sera long. 

Avec Nicole Belloubet, ministre de la Justice,  qui considère que l'insulte d'une religion ou d'un dieu doit être condamné, suivi par une partie des français, on semble retourner au Moyen-Age. Ségolène Royal n'a pas été meilleure. S'inquiétant sur les capacités cognitives de l'adolescente, elle a déclaré que l'insulte est inadmissible. (source)
Plus simplement, elle considère cette jeune effrontée parfaitement irrespectueuse. Elle accepte ainsi l'idée qu'elle soit menacée de mort et de viols sans aucun état d'âme. Il faut dire que Ségolène Royal est aussi peu laïque qu'il est possible de l'être lorsque l'on est socialiste. Elle avait pris parti contre Charlie Hebdo lors de l'affaire des caricatures du prophète. Peut-être, selon elle, était-il irrespectueux et méritait autant de se faire menacer de mort et ensuite assassiné en masse ? (source)

Dans le cadre d'un sondage que Marianne analyse, la majorité des jeunes (18-24 ans) et des musulmans sont hostiles à la liberté de blasphémer.   

Vous connaissez mon opinion. Cette jeune fille a, comme tout individu en France, parfaitement le droit d'insulter un dieu et/ou une religion dans le style qu'elle souhaite. Il faut être clair avec cela. D'ailleurs, la détestation d'un dieu constitue aussi une démarche spirituelle comme une autre.  Il est parfaitement inacceptable de voir une jeune fille de 16 ans menacée de mort, de viols et d'autres actes de violence pour l'obliger à se taire et lui faire peur. Il est, d'ailleurs, tout autant inacceptable de voir un ministre de la Justice d'une part et une femme politique du Parti Socialiste souhaiter la mise au pilori du droit à toute critique religieuse et préférer voir des adolescents risquer leur vie dès lors qu'ils critiquent une religion – l'islam – en particulier. 
 


Dans l'histoire du droit et de l'interdit au blasphème, il est nécessaire de faire quelques rappels. Tout d'abord, il fut essentiellement de nature politique dès le 13ème siècle. La critique religieuse conduit, de fait, à une désacralisation d'une religion et donc à remettre en cause la dimension « de droit divin » du monarque. L'interdit de blasphémer est utile à une monarchie absolue pour se maintenir au pouvoir. 
Or, jusqu'au 16ème siècle, s'il y avait des procès pour « blasphèmes » les peines étaient plus souvent pécuniaires et démontraient une souplesse entre la justice royale et le droit à la critique religieuse. 
C'est à partir du 16ème siècle que les blasphémateurs furent plus lourdement condamnés. Ce tournant a pour origine la réformation. Le blasphémateur remettait en cause la foi – et l'église catholique – Derrière les accusations de blasphèmes de l'Eglise de Rome, il y a bien entendu le crime des crimes : l'hérésie, soit l'interdit de croire à autre chose. 

Il faut comprendre quelque chose dans la notion même du blasphème. Pour la plupart des religions, cet interdit ne concerne que les membres de sa propre communauté religieuse. Un catholique, par exemple, n'a pas le droit de critiquer sa propre religion … mais, par contre, un protestant, un athée, un juif, ou un musulman le peut. Ainsi que les musulmans n'aient pas le droit de critique, cela les regarde … Par contre étendre cet interdit à d'autres individus non-musulmans, cela cause un problème de fond. 
Si tous les croyants ne sont pas musulmans et adoptent (ou gardent) une autre religion, c'est que, dans les faits, ils ne trouvent pas cette religion n'est pas aussi fabuleuse que cela … et ont donc des critiques à émettre concernant cette religion particulière. 
Comprenez qu'il s'agirait ici, non plus de condamner une critique religieuse, mais de faire condamner des « infidèles ». 


C'est pourtant, autant le dire de suite, ce qu'a tenté Nicole Belloubet. Si critiquer l'islam est une atteinte à la liberté de conscience, comme elle le considère, il faudrait comprendre que l'islam est représentatif de cette liberté absolue … et, par conséquent, que ne pas être musulman -  puisque le fait de ne pas l'être est déjà être critique – est un crime. 

Pour l'islam, la notion de blasphème prend d'autres aspects que les autres religions ne connaissent pas. Les représentation graphiques ou filmiques (même élogieuses) sont considérées comme blasphématoires. En effet, les autorités religieuses estiment que la représentation du prophète, soit dans un film racontant sa vie ou dans une BD, nuisent non seulement à sa fonction mais aussi est une marque d'irrespect. Ainsi, tous les films et autres BD censés raconter à un public aussi large soit-il la vie du prophète, comme on peut avoir largement l'équivalent entre la « vie de Jésus » ou encore celle de Moïse, ne montrent jamais le prophète ou plus exactement le montre de dos afin d'éviter la foudre – et plus encore – des religieux. 

Spéculer sur ce que le prophète ferait, écrire son nom sur le mur des toilettes, défendre des croyances incompatibles avec l'islam comme la réincarnation, nier des dogmes, remettre en cause le Coran, ….est tout autant blasphématoire. Bref, l'accusation de blasphème est sans fin, illimitée … 

Depuis 1999, 57 pays, dont la Turquie et la Maroc, se sont réunis pour imposer et défendre devant l'ONU d'une loi contre le blasphème au niveau international.  
 Amnesty International montre dans un rapport comment les lois contre le blasphème au Pakistan conduisent à des condamnations à la peine de mort mais aussi à des menaces, lynchages, procès inéquitables ….
Ainsi, cette ONG fait le récit d'une handicapée mentale accusée de blasphèmes, qui une fois relaxée, a été obligée de fuir son pays du fait des menaces de mort. Un avocat, encore, a été assassiné parce qu'il avait pris la défense d'un « blasphémateur » … Ce « blasphémateur », Junaid Hafeez  professeur d'université, a été finalement condamné à mort, par la pendaison ce mois de décembre 2019.  
Les exemples ne manquent pas et dans le fond, le problème reste le même qu'avec nos bons vieux monarques : critiquer la religion est aussi critiquer un pouvoir politique.
Curieusement, de ces crimes – ces 57 pays semblent ne pas vraiment s'en préoccuper. Belloubet et Royal aussi. 

Pourquoi cet acharnement à convaincre la communauté internationale que la critique du fait religieux, du prophète par exemple, soit un crime ? 
Est-ce que cette criminalisation a des chances de réussir ? 
S'il fallait se contenter des exemples malheureux d'une Nicole Belloubet ou encore d'une Ségolène Royal – oui – elles seraient prêtes à signer tout et n'importe quoi dans ce sens et à promulguer toutes les lois contre la critique religieuse et en particulier la critique à l'égard de l'islam. 
Fort heureusement, ni l'une ni l'autre n'appartiendront au cénacle des grands penseurs internationaux, ni même à celui national. 

L'ONU et les pays occidentaux s'accordent pour empêcher une telle législation – se contentant de rappeler que l'interdit de l'injure doit porter sur l'individu et non pas sur une religion. Certes, cela ne plaît pas … Finalement, les condamnations à mort ou à la prison pour blasphèmes permettent de faire rapidement la part des choses. 


Si ces 57 pays s'acharnent à vouloir faire de la critique de l'islam un crime – tout au moins un délit d'opinion - , ce n'est évidemment pas pour s'accorder à interdire à un catholique ou à un protestant de critiquer l'islam mais pour maintenir leurs ressortissants dans l'asservissement religieux. Plus exactement, la crainte est qu'ils influencent  leurs proches restés dans leurs pays d'origine par des idées nouvelles par trop libérales.
A priori, vu les résultats du sondage faisant suite à l'affaire Mila, ils peuvent se rassurer : les musulmans en France pour plus de 60 % d'entre eux sont de bons et loyaux sujets, acceptant même d'être eux mêmes tués ou violés pour cause de blasphème – En effet, ces individus oublient une règle de base : ce qu'ils acceptent pour les autres, ils l'acceptent pour eux-mêmes. 

En effet, il faut quand même mettre dans la balance deux faits : qu'est-ce qui est le plus grave ? Considérer qu'une religion est une religion de merde ou menacer de mort et de viols une adolescente de 16 ans ? 

J'ai croisé un commentaire d'un frère (du GODF) qui expliquait que si  la Franc-maçonnerie était traitée de « merde », il serait vexé – donnant finalement raison aux persécuteurs et aux harceleurs « vexés » de cette adolescente. 
Si je suis franc-maçonne, je ne suis pas la franc-maçonnerie.  Les obédiences, elles mêmes, ne sont pas la franc maçonnerie. Il existe un ensemble d'éléments qui sont maçonniques –comme il existe un ensemble d'éléments qui sont de la philosophie, mais rien ne peut être « la » franc-maçonnerie comme être « la » philosophie.  Se sentir vexé parce que l'on critique la franc-maçonnerie, c'est aussi idiot ou orgueilleux que de voir un philosophe se sentir vexé parce que l'on critique la philosophie. Un philosophe a parfaitement conscience que bien des modèles et postulats philosophiques sont critiquables. Il ne se prends pas pour la philosophie. 
C'est un peu comme un chauffeur de bus qui ne supporte aucune critique concernant son bus.Critiquer un bus, ce serait pour lui insulter tous les chauffeurs de bus … Je vous laisse imaginer dans quel monde on risque de vivre, si on en arrive là ! 
Or, pour ce frère, la franc-maçonnerie, égale du religieux voir même dans son esprit bien meilleure, - ne supporterait pas de critiques. Ce frère devrait descendre de son piédestal et arrêter de se prendre pour un autocar alors qu'il n'en est qu'un chauffeur. 

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, on aurait aimé que les français – y compris certains maçons ou maçonnes – retiennent la leçon. 
 Une critique de quoique ce soit ne mérite pas la mort, ne mérite pas plus de menaces de morts, ne mérite même pas un débat sur savoir s'il est autorisé de critiquer ou pas. 

Si nous n'avions pas critiquer la religion, nous serions encore dans une monarchie de droit divin à croire que la terre est plate en restant pour 99% d'entre nous complètement illettrés. La critique religieuse a permis  la naissance de pays démocratique, mais aussi d'une instruction pour tous, publique et gratuite, la déclaration de droits universels, le développement des sciences, de la médecine,  la fin de l'esclavage, du développement des  droits politique, économique et biologique des droits des femmes, … et j'en oublie. 

La critique est nécessaire. Elle permet de faire avancer les choses. Elle est émancipatrice.  S'il y a une chose que l'on devrait retenir, c'est bien cela.  

 



 

Corinne Leveleux-Teixeira, « Entre droit et religion : le blasphème, du péché de la langue au crime sans victime », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 | 2011, mis en ligne le 01 décembre 2014, consulté le 05 février 2020. URL : http://journals.openedition.org/rhr/7828 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rhr.7828 

Jean-Pierre Cavaillé. Blasphème et Islam. Horizons Maghrébins, Toulouse: Centre de promotion culturelle de l'Université de Toulouse-Le Mirail Horizons maghrébins, 2016, Itinéraires arabes en révolution (2011-2014), XXXII (74), pp.150-161. ⟨hal-02092073⟩ 


Bœspflug François, « Muhammad à l’écran : un rôle exclu ? », Histoire, monde et cultures religieuses, 2015/2 (n° 34), p. 147-162. DOI : 10.3917/hmc.034.0147. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-monde-et-cultures-religieuses-2015-2-page-147.htm 

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Bernard DR 09/12/2020 05:05

J’apprécie beaucoup votre article. Vous promulguez la voie du milieu, sans extrémisme, mais aussi avec pondération. Votre mise en parallèle de la construction historique de la société démocratique avec l’omnipotence de la religion est édifiante.

La Maçonne 09/12/2020 08:57

Merci pour votre commentaire et compliments.
Portez vous bien !

Pabito 13/02/2020 11:55

Bjr ma TCS,

Je te remercie de cet article...mais suis très étonné du silence assourdissant d'obédiences dites libérales (féminines et mixtes), mais aussi de toute la galaxie associative (féministes, défense des LGBTI...) et syndicale de gauche qui ne se mobilise nullement face aux menaces et changements de vie imposés à Mila !

Mila est une victime d'obscurantistes machistes, un point c'est tout ! La religion de l'insulteur, quelle qu’elle soit, ne devrait, JAMAIS, faire modifier son attitude envers ses insultes à la liberté de pensée et de blasphémer.

Aurait-on vu aussi peu de réactions médiatiques si l'insulteur avait été un catho intégristes d'extrême-droite ? Je ne le crois pas ! Il est tellement plus valorisant de se pavaner sur les plateaux télé/radio face à un adversaire facho.

Où sont les "De Haas", "Autain" et autres professionnelles de l'indignation pour soutenir Mila ???

Honte à toutes ces organisations et femmes (et hommes bien entendu) de gauche/"progressistes" qui choisissent leurs victimes pour leurs promotions médiatiques personnelles.

Le Chevalier de la Barre doit bien se retourner dans sa tombe avec de tels comportements de pleutres qui se prétendent son héritier.

En conclusion, je pense que cette malheureuse affaire n'est pas la dernière à survenir et démontrera, comme actuellement, que les fachos bas de plafond n'ont pas le monopole de l'insulte, de la contrainte religieuse, de l'homophobie et...nous le verrons aussi, de l'antisémitisme.

G, G, G, mais E.

Cerise 07/02/2020 19:36

Merci ma TCS !
enfin quelque chose de sensé ^^
J'adore la comparaison avec les chauffeurs de bus, mais être chauffeur signifie aussi être en première ligne et conduire, tirer... ce que ne font nullement les censeurs^^ Tout au plus sont-ils passagers du bus à destination de ...
Bizzz

La Maçonne 07/02/2020 19:57

De rien Cerise ! C'est vrai que les censeurs sont plutôt des passagers à l'arrière qui auraient tendance à se planquer dans le coffre ... Mais bon, on va dire que la comparaison marche .... je veux dire : roule !

MEMIN 07/02/2020 18:35

J'avais ouïs dire que les principes de la laïcité seraient que les citoyens français pouvaient critiquer voire dénigrer n'importe quelle religion mais qu'il ne fallait pas porter tort aux fidèles en tant que simples citoyens...Qu'en pensez vous?

La Maçonne 07/02/2020 20:01

Comme la notion de "fidèle" n'existe pas dans la législation ou encore dans la Constitution de la Vème République, on peut dire que ces derniers sont considérés comme des citoyens comme les autres, qui n'ont pas plus de droits et pas plus de privilèges que les autres citoyens. La loi sur la Laïcité permet aux citoyens de croire ou ne pas croire à ce qu'ils souhaitent et donnent une liberté de culte en considérant que ce culte doit rester dans la sphère privée et familiale des citoyens.

Asrérix 07/02/2020 17:34

Pour une fois, et c'est rare aujourd'hui, la plupart des obédiences ont répondu présent par quelques communiqués...Il était temps.