3 Août 2020

L'autrice de Mezetulle, Catherine Kintzler nous explique, dans la catégorie « billets d'humeur », comment l'écriture inclusive est exclusive – et même « un sexisme délirant » et trop novlangue pour elle dans un article (ici). Je vous avais déjà parlé d'elle. En effet, elle avait expliqué sur le même site que l'islamophobie n'existait pas.
On retrouve peu ou prou les mêmes arguments dans divers publications de l'extrême-droite, dont Causeur dernièrement, dans un article concernant la PMA pour toutes. Plus régulièrement, dans la groupuscule d'extrême-droite féminin, les Antigones qui accusent l'écriture inclusive d'être de la novlangue (ici ) ou encore Valeurs Actuelles qui ne s'en remet pas, ayant publié plusieurs articles sur le sujet dont celui-ci
D'ailleurs, le Rassemblement National s'oppose très activement à l'écriture inclusive, jusqu'à déposer une proposition de lois pour l'interdire. Ils reprennent d'ailleurs, plus ou moins, les mêmes arguments.
Ces différentes résistances confortent, surtout, une vision de la société et, en particulier, la place des femmes comme de leurs droits. Ce sont les mêmes qui récusent par exemple le mariage « pour tous », le droit à l'IVG ou à la contraception, à la PMA pour tous, ou encore militent pour une forme traditionaliste de la famille. L'article de Causeur en est un parfait exemple.
Seulement, que ce soit pour les unes et les autres, je constate, en dehors d'une approche ultra-conservatrice, d'extrême-droite, des arguments des plus douteux, une méconnaissance complète de ce qu'est l'écriture inclusive ou encore même ce qui fait la richesse de la langue.
L'écriture inclusive, qui est évoquée par les opposants, est, en réalité, une forme typographique qui, comme toute forme typographique, ne remet rien en cause – et certainement pas un « patrimoine » - comme d'ailleurs une virgule ne saurait pas le faire.
Cette forme typographique spécifique est appelée « point médian » ou « point du milieu » (exemple : « cher.ère.s ami.e.s »)
Son objectif est de remettre en cause la règle grammaticale qui dit que « le masculin l'emporte », accompagnant un questionnement sur la langue et la manière dont on désigne (ou pas) les femmes –
Il existe d'autres manières d'inclure le féminin et le masculin qui sont aussi de l'écriture inclusive que l'on appelle pour être précise « écriture épicène »,
Les voici :
Une bonne partie de ces formes typographiques sont connues depuis longtemps – grosso-modo depuis au moins 50 ans et même plus -
Là encore, mis à part accorder des mots qui existent parfaitement au féminin, remplacer certaines locutions comme « Homme » par des mots qui existent aussi comme « être humain », « humanité », « humain » … on ne voit pas le danger.

La règle d'accord (féminin/masculin) pourrait se faire en fonction du nombre.
Dans « mes chères cousines et frère », il est considéré que , comme le nombre de cousines (pluriel) étant supérieur au nombre de frère, c'est le féminin qui l'emporte. Pour cette même raison, dans « mon frère, mes cousines chéries » ,- le mot « chéri » concerne aussi le frère … - "un mur et des barrières vertes" - vertes concerne le mur et les barrières, le mur étant seul.
Suivant les règles grammaticales en vigueur, on écrirait « mon frère, mes cousines chéris » ou « un mur et des barrières verts » pour ne pas dire : « un mur et des barrières tous verts »
Suivant une ancienne règle grammaticale, cela bien avant que le féminin soit considéré impur par les grammairiens, c'est le dernier mot « qui l'emporte », ce qui s'appelle la « règle de proximité », accordant d'ailleurs aussi le singulier et le pluriel.
Il y a effectivement une différence entre «Il ressort de cette réunion, rassemblant 22300 femmes et 2 hommes, qu'ils sont convaincus que la terre est plate. » plutôt que « Il ressort de cette réunion de 22300 femmes et 2 hommes qu'elles sont convaincues que la terre est plate ».
Dans la première formule, puisqu'elle respecte la règle grammaticale en vigueur, on peut comprendre que les 22300 femmes seraient potentiellement aussi convaincues que les deux uniques hommes présents. Or, en êtes vous certains ? Il est nécessaire de connaître la mise en contexte pour s'en persuader et vérifier si ce n'est pas uniquement les deux seuls hommes présents qui croient que la terre est plate.
Dans la seconde formulation, même si les deux hommes ne le sont pas (convaincus), on sait au moins qu'au moins que les 22300 autres personnes, les femmes donc, présentes le sont. Etant majoritaire, le problème se pose autrement.
Remettre en cause l'accord du masculin "qui l'emporte" est aussi – et cet exemple le montre – extensif à d'autres questions comme la démocratie. Dans le premier exemple, c'est le vote des deux hommes qui l'emporte alors que dans le deuxième exemple, c'est le vote de la majorité qui l'emporte.
Catherine Kintzler dans un article sur la féminisation explique que dire que « Colette est une grande écrivaine » signifie qu'elle est comparée par rapport au groupe des écrivaines uniquement.
Si Colette est la plus grande écrivaine de son siècle, en quoi ne le serait-elle pas aussi dans le groupe des écrivains ET des écrivaines alors que pour un homme la question ne se pose pas?
Lorsque que l'on présente Simone Veil comme la plus grande femme politique de son époque, elle l'est aussi en comparaison des hommes. On ne la compare pas uniquement parmi les femmes politiques.
Ces opposants à la féminisation des noms, dont Catherine Kintzler est, estime que les femmes – dès lors que l'on parle d'elles au féminin – seraient une minorité fragile, ayant des mœurs incongrues et sont mises à part.
Selon eux, pour les sauver de leur médiocrité toute féminine, leur éviter le mépris général, et la création d'une sorte de ghetto où elles seraient parquées, il est nécessaire de les assimiler aux hommes, de refuser donc la féminisation.
Les opposants à la féminisation - que ce soit sous des formes typographiques ou syntaxiques - sont finalement, surtout, persuadés de l'infériorité des femmes.
Dès lors que l'on parle d'elles au féminin, à leurs yeux, elles n'appartiennent plus au genre humain, soit à un groupe de référence comprenant les femmes et les hommes mais à un groupe - qui d'ailleurs n'existe que dans leur esprit- constitué de femmes.
On sait combien le GODF est fâché avec les règles d'accord les plus évidentes se refusant même de dire : une sœur Experte, ou Grande Experte, une Soeur Hospitalière ou encore une sœur Couvreuse, préférant parler d'une sœur Expert, Grand Expert, Hospitalier, Couvreur, …
Or, la beauté de la langue, l'usage de celle-ci et les règles grammaticales en vigueur reconnues par l'Académie Française, obligent le GODF et toutes obédiences maçonniques à accorder le féminin. Ne pas le faire – et s'acharner à refuser à le faire – est non seulement une faute de français, mais une véritable menace pour la langue et conduit à son déclin.

La communication d'une administration, collectivité ou encore de l'Etat, a ses propres règles qui sont présentées dans des guides précis dont, par exemple, celui là.
Si la forme topographique du point médian n'est pas mentionnée, il n'en existe pas moins 10 recommandations qui portent essentiellement de prendre soin de la syntaxe, de la féminisation des noms, des règles d'accord (celles que la GODF ne respecte pas).
Ainsi on peut trouver dans celles-ci : Éliminer toutes les expressions sexistes ; Accorder les noms de métiers, titres, grades et fonctions ; User du féminin et du masculin dans les messages adressés à tous et toutes ; Utiliser l’ordre alphabétique lors d’une énumération ; Présenter intégralement l’identité des femmes et des hommes ; etc.
Parquer les femmes et inférioriser leurs activités est un sport que connaissent très bien les entreprises privées. L'association «Pépite Sexiste » relève régulièrement ce qu'il en est.
Voici quelques exemples :
Sérieusement @AUCHAN_France ? https://t.co/IxoK5cE61v
— Pépite Sexiste (@PepiteSexiste) July 23, 2020
"Mug pour homme" ? #PépiteGenrée https://t.co/zyXLZDEvOY
— Pépite Sexiste (@PepiteSexiste) July 6, 2020
Parce qu'il n'est pas rose #duh
— Pépite Sexiste (@PepiteSexiste) June 29, 2020
Cc @Difrax_France https://t.co/SmvTYeh02T
Rose = nurse set
— Pépite Sexiste (@PepiteSexiste) July 21, 2020
Bleu = doctor set
Si le marketing genré est ici implicite, le sexisme est lui explicite ! Don't @ me ?¬タヘ♀️ https://t.co/rWs4JV6GW8
Des agendas soigneusement mis en rayon pour les "filles" et d'autres pour les "garçons", des mugs pour hommes, des cordelettes à tétine pour garçons, mais aussi des jouets pour les filles (rose) et garçons (bleu). Ainsi, cette panoplie qui si elle est en rose est une panoplie d'infirmière et si elle est en bleue est celle d'un docteur.
En français, « infirmier » a un féminin largement utilisé – au point presque que l'on ne connaît que lui. Les détracteurs à la féminisation refusent de féminiser « docteur ».
Quoique sont leurs arguties, ils participent surtout à la ségrégation dès l'enfance des petites filles. Ils font ce que ce fabricant de jouets fait : dès le plus jeune âge, les filles sont infériorisées par rapport aux garçons. Elle est, autant, interdite d'être en rose si elle est « docteur », comme interdite d'être « docteur » si elle est en rose. Interdite d'être une femme si elle est « docteur », comme interdite d'être « docteur » si elle est une femme. Les doctoresses n'existent pas.
C'est pour lutter contre ces discriminations que la féminisation est un véritable enjeu de société et permettant l'évolution des mentalités.

Le terme de « novlangue » est un néologisme issu d'une traduction du livre « 1984 » d'Orwell. La « novlangue » (traduit aujourd'hui par « néolangage ») était une langue inventée dans la dictature Océania dont le principe est la réduction du nombre de mots et de la syntaxe. L'idée fondamentale est de supprimer toutes formes de nuances afin de renforcer le manichéisme de la pensée.
Plus la langue s'appauvrit, plus les individus sont manipulables car incapables d'accéder à certains concepts.
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La langue est toujours en constante évolution – et invente de nouveaux mots soit parce qu'ils sont nécessaires (nouvelles technologies, inventions), soit parce qu'ils expriment une nuance nouvelle. J'espère que vous comprenez bien que quand les avions n'existaient pas, le mot aussi n'existait pas.
L'Académie Française offre à notre lecture une longue explication dont je cite ce passage : « L’Académie française se sent d’autant plus concernée par les travaux de terminologie et de néologie qu’elle considère que ceux-ci viennent compléter l’entreprise lexicographique qui est sa mission première. En effet, ils permettent d’accompagner la langue française dans ses états les plus contemporains, en orientant ses créations encore instables et mouvantes, tandis que le Dictionnaire de l’Académie française rend compte d’une langue commune et pérenne, que l’usage a affermie et modelée. »
De tous temps, le français – qui n'est en fait qu'un dialecte qui a gagné sur d'autres – la langue s'est enrichie de nouveaux mots, de néologismes, d'argot ou de jargon. C'est la régularité et la force de leur usage qui fait que le néologisme devient un mot - reconnu comme tel. Si vous souhaitez une image, je crois que l'évolution d'une langue est certainement le fait le plus démocratique qui soit. Si c'est l'usage qui fait force de loi, c'est donc la rue qui est créateur des mots.
Pour exemple, l'argot, le langage des rues, a apporter les mots suivants :
abasourdir, amadouer, arnaquer, baratin, boniment, cambrioleur, camelote, chantage, duper, flouer, fripouille, grivois, narquois, pègre, tabasser, tronche, etc.
Qu'il s'agisse d'un argot qui date du 11ème siècle ou que ce soit celui du 21ème siècle, il enrichit la langue en apportant son jeu de nuances.
Si certains métiers (qui n'existaient pas au Moyen-Age) nécessitent de créer une forme féminisée, c'est là encore très loin du concept orwelliens de la novlangue. Cela tient d'une pratique connue : la création de néologisme participant à l'enrichissement de la langue.
Le Moyen-Age fut une période riche en noms de métiers féminin . Par exemple miresse (femme médecin), autrice, peintresse, tisserande, gouverneuse, avocate, maréchales-ferrante, bouchères, écrivaines, meunières, ...(in Livre des Métiers par Etienne Boileau de 1268) .
La loi salique du XV ème siècle et les siècles suivant, ont interdit aux femmes à la fois l'exercice de certaines professions comme d'être instruites. Un arrêt du Parlement de Paris de 1593 a interdit aux femmes toute charge dans l’État.
Ces interdits ont fait disparaître les noms de métiers féminins (les interdisant aux femmes), ont imposé des règles grammaticales spécifiques - et ont réduit les femmes à leur foyer et à la maternité.
Inexorablement, la langue s'est appauvrie durant plusieurs siècles, créant une novlangue – jusqu'au ridicule même - Le féminin disparaissant de la société, tenu reclus dans les foyers, la langue y a perdu en nuance et en richesse.
D'ailleurs, pourquoi parler d'avocate lorsqu'il n'en existait pas – ou plus ? Au delà de ces mots perdus, dans cette volonté à salir le féminin, les expressions et sens « féminisés » subsistants ont aussi été transformés. Le féminin de « patron » n'est pas « patronne » mais « matrone » qui a pris un caractère péjoratif alors que son équivalent masculin demeure l'expression du pouvoir.
C'est cela la « novlangue » - supprimant des nuances, évinçant des mots, … qui aurait mis trop en valeur les femmes et leurs activités pour mieux les effacer et les réduire au silence.
Les opposants à la féminisation et de l'écriture inclusive veulent continuer ce long travail d'effacement des femmes dans l'espace public – femmes qui sont devenues plus présentes – imposant une masculinisation forcée, interdisant l'usage de mots même très anciens, refusant de respecter des règles d'accord, ... et faisant, finalement, ce qu'ils accusent les féministes : créer une novlangue où les femmes seraient des sous-humains.
La féminisation des mots oblige à retrouver des vieux mots oubliés, à faire perdre à certains mots leurs connotations péjoratives, … L'ensemble des publications féministes n'arrêtent pas de transmettre comme des trésors perdus des mots anciens, des noms de métiers retrouvés, à renouer avec leur sens. L'Académie Française y participe d'ailleurs, depuis 1935 en ayant intégré dans son Dictionnaire (1935) les mots :
artisane, postière, aviatrice, pharmacienne, avocate, bûcheronne, factrice, compositrice, éditrice et exploratrice ...
Depuis 1964, l'Académie Française ne cesse d'inclure des nouveaux mots féminisés.
Pour ma part, j'ai trouvé le mot « mairesse » au coin d'une rue, par hasard. Je me souviens des « contre-maîtresses » dont on parlait dans feu-les entreprises textiles … ou encore de l'abbesse – dont on conserve le souvenir bien qu'il n'en existe plus.

Comme je n'apprécierais guère un monde où les femmes et les hommes portent un même uniforme grisâtre et asexué, qu'elles ou ils soient considérés comme des pantins déshumanisés sous le couvert de l'universalisme, je considère que l'emploi du féminin, la féminisation permettent de mettre de la couleur et de la vie à un texte.
Je n'utilise, personnellement, pas les formes typographiques de type point médian, préférant abuser des formes syntaxiques. La poétesse qui sommeille en moi considère qu'un texte doit être lu à haute voix.
Le Québec, avec ses 40 ans d'avance sur la France sur la féminisation des noms (de métier), ne militent pas, non plus, pour l'usage de formes typographiques. Il faut avouer que la résistance à la féminisation des noms au Québec n'a jamais été aussi virulente et sexiste - voir aussi conservatrice - que celle en France.
La forme typographique du "point médian" n'est pas faite pour les personnes, comme moi, qui n'ont pas de problèmes (voir militent) pour la féminisation et, donc, une syntaxe appropriée, mais pour les opposants et détracteurs de tous poils - qui peuvent être des femmes et des hommes - c'est-à-dire les sexistes. En effet, ceux ci refusant d'accorder un féminin, infériorisant d'office les femmes, ne peuvent pas comprendre les nuances d'un texte si on préfère d'utiliser des formes syntaxiques, seules.
Pour reprendre l'exemple de Colette, il est choisi de dire que "Colette est un.e grand.e écrivain.e" parce que, comme Catherine Kintzler l'illustre parfaitement, ils sont incapables de comprendre ce que signifie "une grande écrivaine". Les formes typographiques sont une demi-mesure - et comme le nom l'indique un compromis par rapport à des formes syntaxiques bien plus radicales.
Pour ce qui me concerne, je n'ai pas des lec.trice.teur.s mais des lectrices et lecteurs. J'ai, même, parfois que des lectrices. Je m'adresse, d'ailleurs, à celles et ceux qui ont les bases nécessaires pour comprendre les nuances que la féminisation a introduit dans la langue, nos usages et notre quotidien. Je n'ai donc pas besoin de subterfuges comme une typographie.
Les femmes ne sont pas une minorité qu'il faut assimiler et intégrer à la République. Elles n'ont pas une culture, une religion ou encore une origine exotique extérieure. Elles n'ont pas immigré d'une lointaine planète. Elles sont des citoyennes à part entière. Il est parfaitement idiot et ridicule de penser que l'universalisme républicain est mis en péril à cause de leur féminité ! C'est cela le sens de l'écriture inclusive et la féminisation en général.
La résistance à la masculinisation a toujours existé. Les femmes, surtout celles libres et indépendantes, ont toujours remis en question cette forme grammaticale – et le bon mot de Madame de Sévigné, rapporté par Gilles Ménage, qui en atteste, reflète bien ce besoin d'être reconnue, refusant l'assimilation du féminin au masculin – plus exactement sa soumission et son infériorité « Madame de Sévigné s’informant sur ma santé, je lui dis : Madame, je suis enrhumé. Elle me dit : je la suis aussi. Il me semble, Madame, que selon les règles de notre langue, il faudrait dire : je le suis. Vous direz comme il vous plaira, répondit-elle, mais pour moi, je ne dirai jamais autrement que je n’aie de la barbe. »
La féminisation comme l'écriture épicène obligent à renouer avec la richesse perdue du français, renouer avec toute la francophonie qui a préservé et créé bons nombres de locution, comme permettre d'ouvrir l'esprit à un nouveau concept : l'appartenance des femmes à l'humanité, même si on parle d'elles au féminin.
Il s'agit, finalement, du plus bel éloge fait au français que les féministes offrent aux prochaines générations.

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