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La Maçonne

La doctrine du maintien de l'ordre en Europe.

Je vous ai présenté dans mon précédent article « La doctrine du maintien de l'ordre : entre répression et mépris de classe », un historique du maintien de l'ordre en France, l'image de la police nationale en Europe et au niveau international, mais aussi ce qu'est une manifestation sociale et son rôle. Je vous ai surtout présenté ce qu'était un service d'ordre interne en prenant pour exemple celui de la CGT.

Je souhaite ici vous présenter ce qu'est la doctrine du maintien de l'ordre en Europe, c'est-à-dire celle appliquée avec succès dans la majorité des pays européens et servant, aujourd'hui, de modèle. 

Le GODIAC. 

Jusqu'en 2010, dans les pays européens dont la France, le maintien de l'ordre prévoyait les techniques de contrôles des foules par divers moyens comme un tri des manifestants entre les « bons » et « mauvais », le nassage des manifestants, et enfin une criminalisation des manifestants (enquêtes, arrestation, garde à vue, etc), suivant les modalités que l'on connaît que trop bien encore aujourd'hui en France.  Ces différentes techniques, accélérées par les mouvements Hooligan d'une part et altermondialistes d'autres part, ont rempli des pages et des pages de blessés, certains graves, et de dénonciations dans la plupart des pays européens. 
La prise de conscience des citoyens de ces différents pays dans un premier temps,  et des politiques dans un second temps, a contraint plusieurs pays à se rassembler afin d'échanger sur leur doctrine de maintien de l'ordre. 

Depuis 2010, (sauf en France), faisant le constat d'échec de ce modèle du maintien de l'ordre, un changement s'est opéré basé sur la psychologie des foules soit sur les observations de psychologues sociaux et sociologues, dont on trouve Stephen Reicher en premier rang. 

Le principe est assez simple : les individus adoptent des signes distinctifs associés à leur groupe lorsqu'ils se trouvent face à un autre groupe. Ils affichent ainsi leur appartenance à leur groupe. 


La manifestation est composée d'un groupe d'individus qui, ne se connaissent pas, mais qui évoluent vers une même entente symbolique ou réelle. La manifestation doit sa visibilité grâce à son nombre, son message qu'il soit de soutien ou de protestation, etc.   
Lors d'une manifestation où l'objet est moins bien identifié ou apparaît des slogans divergents, les manifestants sont plus concentrés à créer une cohésion au sein même de la manifestation et de rendre invisibles celles et ceux qui divergent. Les observateurs indiquent d'ailleurs, qu'une manifestation où apparaît des contradictions trop évidentes au sein du cortège se dissout d'elle même, avec des manifestants s'opposant entre eux et/ou se désintéressant de la manifestation. 
Selon cette théorie, l'usage de la force par la police de manière indifférenciée lors d'une manifestation provoque l'effet inverse. Les manifestants créent une solidarité (contre la police) qui devient l'identité « commune », au delà des slogans pouvant créer un clivage au sein du cortège, entre ceux qui manifestent paisiblement et ceux qui ont l'intention d'en découdre. 
Les manifestations des Gilets Jaunes se sont suivies chaque samedi durant plusieurs semaines/mois,  non pas du fait d'un  message politique commun et, par là, d'une entente commune autour de principaux projets, - il faudrait être plutôt naïf pour le croire  - mais parce que l'identité du groupe  se trouvait confortée, sinon renforcée, face aux violences policières et aux dénis des politiques à ce sujet. 
Autrement dit, les manifestations des Gilets Jaunes n'ont duré que grâce aux violences policières, transcendant là leurs éventuels clivages politiques. 
C'est pour cette raison – entre autre chose – alors que la plupart des pays démocratiques maîtrisent cette théorie que la France et son gouvernement ont été décriés par toutes les institutions internationales et européennes. 

Le projet GODIAC (entre août 2010 et juillet 2013) avait pour objectif de construire une nouvelle doctrine du maintien de l'ordre autour de fondamentaux. Le projet a pour origine la Suède et sa Special Police Tactics (SPT). 
« On en retrouve les linéaments dans l’approche Deeskalation promue en Allemagne, dans le système des officiers de dialogue en Suède, l’event police au Danemark, les peace units en Hollande, les liaison officers en Angleterre et la doctrine des trois D (dialoguer, désamorcer, défendre) en Suisse romande. » 
Cette nouvelle doctrine issue d'une réflexion globale de plusieurs pays est décrite dans le manuel « Council Resolution of 3 June 2010 Concerning an Updated Handbook with Recommendations for International Police Cooperation and Measures to Prevent and Control Violence and Disturbances in Connection with Football Matches with an International Dimension, in Which at Least One Member State is Involved » (2010/C 165/01) rédigé en 2010 

 

 

La doctrine du maintien de l'ordre en Europe – modèle KFCD. 

Rappelons que cette doctrine n'a pas traversé les frontières françaises. Je n'ai trouvé qu'un article dans un grand média soulignant son intérêt. Autant dire que ce modèle n'est absolument pas à l'ordre du jour. 

Le modèle « KFCD », reposant sur plusieurs concepts  (« Knowlegde », « Facilitation », « Communication », « Differentiation ») 

Knowledge : 

C'est certainement le point le plus troublant et le plus totalement inconnu dans le  maintien de l'ordre en France qui ne voit que des moyens coercitifs et répressifs.  
Il s'agit de connaître les manifestants ainsi que sur les potentiels fauteurs de trouble non pas pour un emprisonnement « préventif » ou des assignations à résidence, comme on le voit en France, mais pour comprendre pourquoi la violence d’une minorité débouche (ou pas) sur une violence collective mais aussi de prendre conscience du besoin pour la police. 
Si j'ai insisté sur les « services d'ordre » des années 1980-90, c'est pour ce point particulier : les services d'ordre connaissaient les manifestants. Ils connaissaient l'objet de la manifestation, l'origine sociale des manifestants, leurs sens des valeurs et du « juste », … Bref, ce qui constitue l'identité du groupe. 
Ainsi, cette étape préparatoire oblige à  bien connaître les groupes de protestataires, leurs buts, stratégies et dynamiques de contestation. 
recueillir des informations fiables, afin d'éviter de baser ses stratégies sur des stéréotypes ou pire encore des rumeurs. Ces informations permet d'éviter d'arriver en sur-nombre, d'éviter le suréquipement, ou encore une réponse disproportionnée. 

Enfin, il est nécessaire de bien transmettre les informations recueillies aux agents qui seront amenés à intervenir sur le terrain. 
L'Allemagne n'hésite pas à éditer des petits fascicules à destination des agents, par exemple, cela dès 2010 (!). 

Nous avons, du mal, d'imaginer une telle police en France capable d'analyses, de recueillir des informations de fond, et de lire un fascicule pour leur expliquer le pourquoi et le comment d'une manifestation. 
Je donnais, comme exemple, deux 1er mai, organisé par les syndicats. Lors du 1er mai 2018 (affaire Benalla), à Paris, il y avait selon les chiffres de la préfecture 1500 policiers pour 20 000 manifestants (selon la préfecture de Police et 55000 selon la CGT). 


Lors du 1er mai 2019 (invention de l'invasion de l'hôpital Pitié-La Salpetrière par Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur), le préfet Lallement a envoyé 7400 policiers pour 16 000 manifestants selon son propre comptage (selon un comptage indépendant, il y avait 40000 manifestants et selon la CGT 80 000 manifestants))


Ainsi, selon le comptage des pouvoirs publics, le 1er mai 2019, il y avait un policier envoyé pour deux manifestants. De quoi pister les manifestants à l'ombre de l'élastique de leur culotte. 
Selon toujours les chiffres de la préfecture, le 1er mai 2018, malgré un faible effectif policier, ces derniers ont procédé à 200 arrestations. Le 1er mai 2019, les 7400 policiers ont arrêté 283 personnes. Bien sûr, selon toujours la même préfecture, tous étaient des « casseurs black-blocs ». Or, trois jours plus tard, des 283 arrestations, seulement 103 garde à vue, et au mieux deux condamnations sur les 47 personnes réellement déférées.
Pour le 1er mai 2018, avec 1500 policiers, 103 personnes ont été réellement placées en garde à vue avec la même réponse judiciaire, soit à peine trois condamnations qui soulignent, surtout, des arrestations arbitraires.

Ces chiffres démontrent plusieurs choses : une méconnaissance des manifestants, une surévaluation des besoins en matière de police qui n'apporte d'ailleurs rien de plus en matière de maintien de l'ordre, apportant d'ailleurs plus de désordre qu'autre chose, et surtout des arrestations arbitraires pour faire du chiffre, …. 

La meilleure illustration de cette méconnaissance des manifestants et des mouvements sociaux, aujourd'hui, est l'arrestation d'une femme de 50 ans, placée 70 heures en garde à vue, le 12 décembre 2020,  accusée d'être la meneuse des black blocs, parce qu'elle se rend à chaque manifestation avec un parapluie « arc-en-ciel ». Les policiers imaginent qu'en soulevant son parapluie, elle donne un signal au black-bloc, déclenchant ainsi des violences. C'est d'ailleurs tout dans leurs têtes car ils n'ont aucune preuve. 


Je vous dirais, à la limite que si le parapluie était noir – cela aurait au moins une certaine cohérence. Or, le phénomène black bloc ne répond pas à un meneur qui organiserait les opérations  tel un général d'armée, planqué derrière un parapluie. 
Mouvement autonomiste, voir anarchiste, la notion de hiérarchie leur est inconnue – développant une nette préférence pour le libre-arbitre. De plus, le phénomène black-bloc qui tient plus d'une méthode de manifestation ne répond à aucune logique d'organisation, étant composé de petits groupes de « copains », agissant sans coordination. Lire mon article ici - et, n'hésitez pas, a priori, je possède même un meilleur niveau d'information que notre si chère police ! 


Ainsi, l'accusation concernant l'implication de cette femme au mouvement black-bloc apparaît à la fois ridicule mais fortement inquiétante, puisque reposant sur un ensemble de rumeurs et de suppositions plutôt que sur des  preuves et sur une connaissance sérieuse des mouvements sociaux d'aujourd'hui. 

Cette méconnaissance est, en partie, volontaire – cela n'intéresse ni les politiques, ni les forces de l'ordre de comprendre le cœur des manifestations. Il s'agit d'un « mépris de classe », considérant, par défaut, toutes manifestations illégitimes et tous les manifestants comme des criminels en puissance.

C'est aussi, d'un point de vue strictement policier, lié à leur parfait isolement dans le corps social. Une police intégrée dans la société ne prendrait pas, au sérieux, une telle histoire autour d'un parapluie arc-en-ciel. 

Facilitation :

Il faut à ce niveau mettre tout en œuvre pour que les manifestants pacifiques puissent exprimer leur opinion sans contrainte extérieure. Ainsi, la prise de renseignement sur les manifestants en première étape oblige à considérer toute manifestation comme légitime. 
La police n'est plus un « maintien de l'ordre » évitant la casse et la violence d'une minorité, mais un facilitateur au service des citoyens. Cette facilitation doit avoir lieu avant, pendant et même après la manifestation. 
Elle y gagne la coopération des manifestants contre la minorité « violente » ou ce qui apparaît être les « casseurs infiltrés ».  
Lorsque l'on lit certains commentaires des syndicats de police (Extrême-droite) qui ne cesse de juger la qualité de l'ensemble des manifestants ou réfutent toute légitimité des manifestations, cette étape nécessite une refonte complète de la police et de son encadrement au même titre que de la définition de son rôle. 
 

De même, d'un point de vue politique, on comprend parfaitement qu'un gouvernement – que ce soit sous le mandat de Sarkozy, Hollande ou encore Macron pour ne citer que les trois derniers – refusent les oppositions politiques que reflètent les manifestations. Ainsi, les « faciliter » va à l'encontre même de leurs intérêts.  


Quant aux opinions politiques des policiers, qui s'illustrent régulièrement, par un rejet général des manifestations et de leurs causes. Pire encore, s'il y a un élément marquant dans ces violences policières est que non seulement les policiers les revendiquent comme « un droit » refusant d'en répondre devant la justice mais s'en moque comme le prouve ces images lors d'une manifestation (toujours Alliance Police). 

L'état de dégradation des forces de l'ordre est au point que l'on se demande si l'idée même d'être aujourd'hui au service des citoyens a encore un sens pour ces derniers, qui voit dans les journalistes, les élus et les citoyens des ennemis.  

Communication : 


En qualité de facilitateur, les phases préparatoires permettent d'instaurer un dialogue entre les organisateurs et les forces de l'ordre qui cherchent, ainsi, un moyen d'assurer la manifestation. 
Autrement dit, les policiers, étant au service de la manifestation et de son bon déroulement, définissent des accords qui doivent être connus de toutes et de tous, aussi bien du côté des manifestants que des policiers en charge de la manifestation elle-même. 
Ces accords, qui peuvent être un circuit, un trajet, un secteur plus sensible, un comportement prohibé, … peuvent être rappelé par haut-parleurs, sur des écrans, permettant d'informer la foule.  
Cette communication peut être aussi assurée par les organisateurs, comme les pompiers, le service médical, …  Il faut, en effet, que les manifestants connaissent les stratégies des forces de l'ordre mais aussi les comprennent – et ne voient pas (plus?) leur présence comme un danger pour leur sécurité. 

Aujourd'hui, l'information est faite sur les réseaux sociaux suivant des initiatives privées avec les limites que l'on imagine très bien et par des journalistes de la nouvelle génération. 
 

Le service médical est assuré par des militants, les « street médics » qui subissent d'ailleurs des violences policières (gazage, coups, ...)  et  des arrestations arbitraires, leur matériel de soins confisqués (des armes létales, certainement?). 
Au cœur des manifestations aujourd'hui, il n'existe pas d'institutions publiques qu'elle soit médicale, de secours ou encore permettant la diffusion d'informations. 

Après les manifestations, les pouvoirs publics ne donnent aucune information – tout du moins elles se résument à un nombre d'arrestation et à un nombre de policiers fournis. Le déni des violences policières conduit au déni du nombre de blessés et à la gravité des blessures. Ces informations sont, donc, toujours obtenues par une collecte effectuée par des initiatives privées de journalistes indépendants, de témoignage ou encore des collectifs de street médic. 

Pour vous donner un exemple assez parlant, lors de la manifestation du 12 décembre, que Médiapart analyse dans une vidéo libre d'accès ici que je vous conseille fortement de visionner, les pouvoirs publics évoquent aucun blessé du côté des manifestants. 
Pour 5000 manifestants (chiffre de la préfecture) furent mobilisés 3000 policiers. On appréciera le rapport de 3 policiers pour 5 manifestants. Sont comptés 67 blessés parmi les forces de l'ordre. 
L'observatoire national des street medic (collectif) dénombre, dans un rapport pour cette seule journée,  50 blessés, dont 19 blessures aux crânes, dont plusieurs ont contraint des évacuations aux urgences. 

 

Differentiation : 


Ce sont les personnes qui posent problème qui doivent être arrêtés et non pas les manifestants pacifiques. Sur ce point, tout le monde peut se mettre d'accord. 
C'est pourtant sur ce point que la police en France a le plus de problème – et c'est peu dire. 

 

Le visionnage de plusieurs heures de vidéos ces dernières années m'ont convaincu que cette police est arrivée à un point de non retour tel que personne ne peut imaginer.  Les forces de l'ordre ont atteint un niveau de violence frisant la barbarie.

Si on ne peut pas contester qu'il s'agit aussi de dérives personnelles de la part de plusieurs membres des forces de l'ordre, celles-ci sont couvertes et, donc, institutionnalisées par le gouvernement et, en particulier, par les ministres de l'Intérieur, Christophe Castaner et Gérald Darmanin. 

On comprend mieux l'intention de Gérald Darmanin et des députés LREM, comme de l'extrême-droite et d'une partie de la droite dure, de vouloir pénaliser la diffusion des images mettant en cause des scènes de violence de ces policiers via un appareil législatif  comme l'article 24 de la Loi Sécurité Globale ou un article de la Loi contre le Séparatisme. 


Pour terminer cette partie de cette (longue) étude, si vous vous souvenez des services d'ordre que je vous avais présenté, la méthode, présentée ci-dessus et mise en place dans la plupart des pays européens, n'est pas très différente.

Sauf qu'au lieu de forces de l'ordre, en France, c'était les services d'ordre qui faisaient le boulot de connaissance, de communication et de facilitation à tous les moments des manifestations. Ils permettaient aussi "la différenciation". C'était ces services d'ordre privés et militants qui tenaient le rôle, pourtant essentiel, de "maintien de l'ordre".  La disparition de ces services d'ordre privés lors des manifestations est, aujourd'hui, évidente mais comme, vous allez le voir, très récente. 

En 2016, lors des manifestations contre la Loi « Travail », le Figaro indiquait « Il revient aux syndicats d'assurer, avec les forces de police, la sécurité des participants aux manifestations qu'ils organisent. Ils disposent pour cela d'un service d'ordre, constitué de simples militants . »
Ce même article évoque d'ailleurs les services de sécurité privés des partis politiques (les militants ne font pas le job). Emmanuel Valls, alors Premier Ministre (mandat François Hollande, Parti Socialiste), s'insurgeait demandant aux services d'ordre de mieux maintenir les troupes face aux casseurs !

Cette réaction du Figaro, parfaitement explicite, montre que les « casseurs » sont l'affaire des services d'ordre (privés) et non pas des policiers en présence. Pour souligner toute l'ambiguïté de la situation, les syndicats de police (encore eux) se plaignaient aussi de l'incompétence de ces services de l'ordre, réclamant que ces manifestations soient interdites. 

Lors de l'organisation de la manifestation du 1er mai 2016, Emmanuel Valls et son ministre de l'Intérieur exigeaient des organisateurs syndicaux "de mettre en place un qu’un service d’ordre interne structuré, identifiable et suffisamment dimensionné soit mis en place » et d’interdire « les parcours qui présentent des risques avérés ». 

En 2014, soit deux années auparavant, une manifestation pro-palestinienne a été accepté parce que le service d'ordre a été renforcé par les effectifs de plusieurs syndicats.

Le 5 décembre 2019, les responsables du service d'ordre de la CGT, ayant survécu au 1er mai 2019 et à la fake-news de Christophe Castaner, expliquent, parfaitement, le renversement de la situation. 
Lors du 1er mai, les membres du service d'ordre ont été attaqués par les forces de l'ordre dès la tête de cortège . Et de préciser : « J’ai été choqué que le préfet Didier Lallement ait annoncé cette semaine que les services d’ordre des syndicats et les forces de l’ordre allaient travailler main dans la main pour la manifestation d’aujourd’hui. Au-delà du fait que ce soit faux, ces déclarations irresponsables mettent en danger les militants syndicaux qui pourraient être perçus comme des alliés ou des collaborateurs de la police. »

La rupture était consommée. 

Ces responsables de service d'ordre exprime, en fait, la théorie de base - mais vraiment la base, hein ? - de la psychologie de la foule : ils ne pouvaient se permettre d'être associés aux forces de l'ordre et être exclus du groupe que constitue les manifestants de manière général, au risque même de subir des violences de la part des manifestants. 

Le préfet de Police Didier Lallement montre son ignorance des principes même du "maintien de l'ordre".  En voulant associer service de l'ordre et forces de l'ordre, il a certainement tenté une maladroite manipulation pour un apaisement des manifestants en jouant la carte "comme avant". Il a surtout creuser un peu plus le gouffre qui sépare les manifestants et les forces de l'ordre, interdisant ainsi toute entente et début de communication. 

Les crispations entre Emmanuel Valls et les services d'ordre des syndicats en 2016 lors des manifestations contre la loi « Travail », qui semblent être d'un autre siècle, montrent bien que le pouvoir public avait parfaitement conscience de l'incompétence des forces de l'ordre dans leur mission de maintien de l'ordre. Les manifestations – cela sans rire – étaient conditionnées à la présence d'un service d'ordre ! 

Durant 30 ans – quand même ! - les forces de l'ordre ont été remplacées par des services d'ordre des syndicats.  Dans ces conditions, les politiques se sont interdits toutes réflexions sur le maintien de l'ordre et sur le rôle effectif de la police. François Hollande et Emmanuel Valls se sont bien gardés d'en mener une. 

Plusieurs milliers de blessés plus tard, Gérald Darmanin propose à notre édification un  "Schéma National du Maintien de l'Ordre".  

La suite dans un prochain article. 

 

 

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hector 22/01/2021 12:08

L'article n'est pas mal !
MAIS
L'illustration de l'en-tête me déplait ......