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La Maçonne

Violences policières : la police tue-t-elle ?.

Philippe Poutou a créé la polémique risquant même une procédure judiciaire lancée par Gérald Darmanin, répondant à la demande de syndicat de police d'extrême-droite, parce qu'il a dit que « la police tue ».  Comme Philippe Poutou le soulignait, le nombre de morts, de blessés et d'arrestations arbitraires et violentes sont non seulement documentées mais commencent à être connues du grand public. 

Hormis le fait que Gérald Darmanin, le gouvernement de Jean Castex  et Emmanuel Macron souhaitent traîner leurs opposants politiques devant les tribunaux, ceci à quelques mois de l'élection présidentielle, il est utile de se pencher sur les données que l'on peut trouver. 

Signalons que le gouvernement, dont le Ministère de l'Intérieur, est censé transmettre ces données lui-même. L'IGPN recense, seulement depuis 2018, le nombre de personnes tuées par les membres des forces de l'ordre.  
Ainsi, comme pour les féminicides  (qui ne sont pas recensés par l'Etat mais par des associations féministes), il faut se fier jusqu'ici aux associations de défense des droits humains pour avoir une vue d'ensemble sur plusieurs années. 

Philippe Poutou avançait le chiffre de 15 personnes tuées par la police. Comme vous allez le constater, il est en dessous de la réalité. 

Le nombre de personnes tuées par les forces de l'ordre. 

Le site « desarmons-les », luttant contre les armes et l'usage des armes par les forces de l'ordre, a quant à lui fait son propre recensement depuis 2012.

Voici pour vous quelques données. Rien qu'en 2021, nous comptons 10 morts : accidents de la route, tirs de police et suite aux techniques d'arrestation que l'on sait mortelles. Pour 2020, le même site recense 22 morts alors que l'IGPN recense lui 32 morts. 
Pour 2019, le site « Désarmons-les » compte 24 morts pour 2019 (année sans confinement) par balles, techniques d'arrestation (clé d'étranglement), taser et morts suite à des « poursuites » (noyades, accidents de la route). Les chiffres officiels sont introuvables. 

Puisque j'y suis – et que vous aimez les chiffres, seulement 10 condamnations à la prison ferme (sur plus de 200 affaires) en 43 ans. Parler d'impunité est presque un doux euphémisme. 
BastaMag  décrit dans un article ces 10 affaires. Pour exemple, un CRS qui a tué de deux balles dans la tête un jeune homme de 17 ans lors d'un contrôle routier après avoir dit à ses collègues « attention, ce soir j'ai la gâchette facile » a été condamné à 10 mois de prison et n'en a fait que 3. Il est libre. L'histoire ne dit pas s'il est encore en activité au sein de la police. 
La police tue. 

L'affaire Michel Zecler a mis au jour des méthodes de la police que beaucoup connaissait déjà sans en avoir réellement la preuve. 
Afin de se couvrir, les policiers qui ont tabassé ce producteur de police ont produit des procès-verbaux mensongers dans lesquels ils expliquaient que ce dernier avait été dangereux et menaçant à leur égard. Heureusement que la vidéo à l'entrée a tout filmé, dans le cas contraire ce serait Michel Zecler - la victime - qui aurait été condamné et les policiers décorés. 


Une dernière affaire, celle de Moussa, mis au jour par le Média-TV montre des policiers qui tabassent un jeune homme, Moussa, après l'avoir entraîné derrière des piliers hors champs des caméras de vidéo-surveillance. Dans leur procès-verbaux, ils expliquent que Moussa à résister à l'arrestation. Hors sur cette vidéo, on le voit assez longuement encadré par deux policiers calme et sans menotte. Ces policiers, pour étayer leurs propos, ont même obtenu plusieurs jours d'ITT.

Moussa a été condamné en comparution immédiate. La vidéo-surveillance n'était pas disponible. Les policiers ont remis une photo tronquée pour étayer leur procès verbal. 
Finalement, la vidéo fut dévoilée par le Média-TV et l'affaire pris un autre tournant. D'autant plus qu'en marge de l'arrestation-tabassage de Moussa, on voit un autre homme conduit par des policiers derrière un pilier. 

En dehors de procès-verbaux mensongers, il y a aussi une posture de déni que l'on retrouve, en particulier, du côté des syndicats policiers. Ainsi, pour l'affaire Moussa, le syndicat de police laissait entendre que l'on ne voyait pas tous les faits et que la première vidéo de témoins montrant des policiers tabasser le jeune homme à terre plusieurs fois n'était pas contextualisé.

Enfin, la dernière posture – et de loin la plus ridicule – est d'accuser les « islamo-gauchistes » (dont Frédérique Vidal, secrétaire générale vient de nous apprendre qu'ils n'existaient plus) d'être « anti-flic » criant même au « racisme anti-flic ». 

Ainsi toutes critiques de la police est taxée d'être "anti-flic" et même "une haine des flics". C'est méconnaître, visiblement, ce qu'est l'humanisme. 

Rappelons à tout hasard que la racisme est reconnaissable par une volonté d'inférioriser une catégorie d'individus soit du fait de son origine, sa couleur de peau, sa culture et/ou sa religion. 

Le 17 octobre 1961. 

La menace de Gérald Darmanin est faite à quelques jours de la commémoration du "Massacre du 17 octobre 1961". Ce qui tient d'une faute politique magistrale puisqu'elle permet de faire un parallèle entre le passé et la situation actuelle. 

L'affaire de violences et de crimes  de la police la plus méconnue est bien celle-là.

A l'époque, c'était un dénommé Papon – par la suite plus connu pour sa collaboration au régime de Vichy – qui était le préfet de Police. Le ministre de l’intérieur était Roger Frey, le Premier ministre Michel Debré, sous la présidence de Charles de Gaulle. 

Dans le cadre d'un couvre-feu concernant exclusivement les algériens, suivie d'une manifestation de 25000 algériens, plus de 1000 policiers ont été envoyé envahir les rues de Paris lourdement armés. Cela se passait en plein milieu de la guerre d'Algérie ayant donné lieu à plusieurs attentats par le FNL (mouvement indépendantiste algérien, Front National de Libération).

Ils arrêtèrent plus de 11 000 algériens. Ces derniers furent parqués et tabassés par les policiers au Palais des Sports, au stade de Coubertin, au Centre d’identification de Vincennes,  et au Parc des Expositions. Ils y resteront plusieurs jours .  La sauvagerie fut telle que des malheureux obtinrent des soins que plusieurs jours après les faits. 
Tout indique que le préfet de Police Papon était parfaitement informé de la situation. En effet, il est difficile de croire que les commissaires et autres référents ne l'avaient pas alerté de la désorganisation comme du nombre d'arrestations et de morts. 


Quant aux voix qui  se sont élevés, aux témoignages, le gouvernement a organisé plusieurs saisies interdisant la diffusion de ces récits et preuves. Ainsi, fut saisi le livre de Paulette Péju intitulé « Ratonnade à Paris » (édition François Maspéro) dès novembre 1961 ainsi que le film « Octobre à Paris » de Jacques Panijel (en octobre 1962).  Ce film fut non seulement saisi, mais aussi interdit y compris dans les pays voisins. Il a été impossible de diffuser ce film légalement jusqu'en 1973. Encore aujourd'hui, il n'a jamais été diffusé à la télévision. 


Face aux députés qui tentaient d'avoir des réponses, Maurice Papon comme Roger Frey nièrent les faits. L'un d'entre eux, Eugène Claudius-Petit, député de la Loire, avait parfaitement résumer la situation : 
« Faudra-t-il voir prochainement, car c’est la pente fatale, la honte du croissant jaune, après avoir connu celle de l’étoile jaune ? Car, Mesdames et Messieurs, je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que nous vivons. Nous vivons ce que nous n’avons pas compris, que les Allemands vivaient quand Hitler s’est installé. […] La bête hideuse du racisme que les civilisations, que les institutions, ont tant de peine à refouler au fond du cœur de l’homme, de son esprit et de sa raison, la bête hideuse est lâchée, vite, Monsieur le Ministre, refermez la trappe.[…] Un désaveu d’un fonctionnaire, la reconnaissance d’une erreur ministérielle valent mieux que la mise en route et le maintien en marche de l’abominable engrenage.[…] Monsieur le Ministre de l’Intérieur, la France ne veut pas perdre son âme » 

Les policiers ont tués plusieurs de ces manifestants et les ont jetés, certains encore vivant, dans la Seine. D'autres ont été tué et tabassé dans les cours des commissariats. 
Papon a réduit le nombre de morts à 3 dont un français. Frey a nié les événements assurant qu'ils avaient réglé le problème en quelques heures. 
Entre les corps repêchés et enterrés à la sauvette, les décès survenant suite aux blessures, les historiens estiment que les policiers ont tués entre 100 et 200 algériens (et/ou français). 63 corps ont été repêché les jours suivant de la Seine. 
 

Quatre mois plus tard, les policiers ont tués 8 militants communistes (affaire du Métro de Charonne) qui occultera, pour l'opposition, les quelques 200 morts algériens. (lire aussi l'étude du Musée de l'Immigration ici )
Les policiers se sont acharnés sur une manifestation lançant des grilles de métro ou celles entourant des arbres sur des manifestants qui tentaient de fuir par la bouche de métro. Les manifestants sont morts étouffés par la foule et les gaz lacrymogènes, des coups de matraques,  …. (Lire d'ailleurs l'article de l'Express faisant part des faits de l'époque ici)
Le Ministre de l'Intérieur  Frey avait, alors, accusé la présence d'émeutiers ou encore avait inventé une fable (des membres de l'OAS déguisés en policiers) pour justifier ce nouveau massacre.  

Aujourd'hui, néanmoins, à part quelques rares témoignages de policiers de l'époque, il n'existe aucune archive, aucun procès, aucune remise en cause de la part prise par le préfet de Police et le ministre de l'Intérieur de l'époque concernant les assassinats de 200 algériens. 

Emmanuel Macron, actuel président de la république, souhaitant reconnaître ce massacre, se garde bien de préciser qu'il s'agit d'un crime d'Etat, que les auteurs du massacre étaient des  policiers agissant sous la protection de Maurice Papon, alors préfet de Police.  
Ces crimes racistes dans un contexte permissif, d'impunité et de guerre d'indépendance ont fait de la police des tueurs. 

Un de ces policiers témoigne comment les autorités ont autorisé ces massacres successifs : 
« Quelques jours plus tard, le 1er novembre, les Algériens devaient ressortir... A la limite, ça nous aurait pas déplu, mais le directeur est arrivé en disant: "Voilà, je sors de chez le préfet, qui n'est pas content de ce qui s'est passé le 17, parce qu'il y a eu beaucoup trop de morts dans les commissariats. Il ne veut pas que ça se renouvelle... En revanche, vous avez carte blanche sur la voie publique." Vous vous rendez compte? Dire à des gardiens de la paix (...): "Vous avez carte blanche sur la voie publique"! En rentrant à la maison après la nuit du 17 octobre, j'ai réveillé ma femme. D'habitude, je ne raconte rien à personne, mais, cette fois, je lui ai dit: "La haine, c'est terrible, ça conduit à tuer." » 

Les crimes racistes de la police ne se sont pas arrêté à une seule journée. A l'époque, une partie de la population témoignait des agissements des policiers. Ainsi, par exemple, le curé de Puteau, dans une lettre adressée au député, soulignait : « les mauvais traitements dont sont l'objet les milieux algériens de la part de certains éléments de police. Parmi eux, bon nombre déjeunes hommes ou hommes portent les traces de durs sévices consécutifs à des opérations de contrôle. J'ai pu recueillir le témoignage de plusieurs : ils ne comprennent pas, ils souffrent de plus en plus de cette discrimination, ils ont peur. Pourront-ils supporter longtemps cet état de choses ? » 
Pour exemple, l'histoire d'un homme de confession juive arrêté parce que « ressemblant » à un maghrébins qui subit divers sévices dans le commissariat nécessitant 21 jours d'arrêts. 
Portant plainte, le rapport de l'IGS (ancien IGPN) fait la démonstration de la bêtise haineuse de cette police dont nous avons les dignes héritiers actuellement. 
Ainsi, pour justifier cette arrestation arbitraire (l'homme prenait un bus pour déclarer la naissance de son enfant) : 

« il dit avoir pensé qu'il pouvait s'agir d'un FM A doté d'une fausse carte d' israélite [?!] par un mouvement séparatiste pour pouvoir circuler plus librement ", car "Mr S. a le type nord-africain, c'est indiscutable" .
"Nos gardiens semblent bien avoir englobé dans la même réprobation tous les natifs d'Afrique du Nord, qu'ils soient Algériens, Tunisiens ou Marocains, Israélites ou musulmans. Il est significatif à cet égard [...] que les investigations nécessitées par la plainte de Mr S. aient été, dans l'ensemble, assez mal vues du personnel soumis à l'enquête. Pour tous en effet, le plaignant "est un Nord- Africain "
Sur les injures racistes continuelles qu'il eut à subir, le commissaire estime : "Là, je trouve qu'il exagère". Il estime même que  S. souhaitait se venger des gardiens qui l'avaient contraint à passer une nuit en cellule. Il estime aussi que S serait défavorable à la police. 
Déjà, ceux qui critiquaient la police était traité « d'anti-flic » ! 
"Racistes, nos gardiens ? Je ne le crois pas", poursuit le commissaire. 

Un des responsables de l'IGS reconnut par la suite qu'ils avaient reçu pour consignes de la part de Maurice Papon, de minimiser, sinon de nier les sévices que subissaient les algériens par la police. 
Des groupes de policiers, en dehors de leur service, organisaient des ratonnades, enlevant des algériens appréhendés par leurs collègues, les torturant et les tuant. 
Ainsi, du 2 au 4 octobre, soit quelques jours avant le massacre du 17 octobre, pas moins de 24 corps de Nord-Africains entrèrent à l'Institut médico-légal. La seule année 1961 enregistre, par ailleurs, un nombre important de personnes d'origine Nord-Africaines tuées par les forces de l'ordre, soit 246 enregistrée au Parquet et 308 corps entrés à l'IML (en dehors des personnes tuées le 17 octobre).

Le massacre du 17 octobre 1961 – plus exactement la communication du ministre de l'Intérieur comme celui du préfet de Police – ressemble à s'y méprendre à celle actuelle face aux violences policières : déni, mensonges, minimisation et impunité des forces de l'ordre ajouté à des censures, des saisies et des procédures « bâillons ». Il fallait effacer les faits des mémoires quitte à ridiculiser ceux qui s'en référaient. 

Très certainement, nous ne sommes pas sortis de cette période. L'occultation des faits par l'Etat, l'oubli tout simplement, et l'impunité ont permis finalement que les méthodes se transmettent de générations en générations de policiers. On retrouve dans l'image du préfet de Police qu'était Maurice Papon des points communs avec ceux qui l'on succédé comme dans sa police. 
Très vite, le nouveau préfet Maurice Grimaud, succédant à Papon en fit l'expérience, cherchant à éviter les affrontements entre police et manifestants étudiants en 1968. 
Ainsi, de notes en notes, on voit un préfet en quête d'une police plus humaine et moins violente cherchant à calmer les syndicats de police. 

« Frapper un manifestant tombé à terre, expliquait-il, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés […] Dites-vous bien et répétez autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limite. »

Des propos qui devrait être répété aux policiers d'aujourd'hui sans cesse.  
Plus encore, Maurice Grimaud avait compris la nature des mouvements de 1968 n'y voyant pas des mouvements organisés ayant pour objectifs de prendre le pouvoir et de procéder à un coup d'Etat. 

Cliquez ici pour trouver une analyse sur les violences policières en France

Le racisme dans la police. 

Les crimes racistes existent  – malgré de longues années de combat contre le racisme.  Dans l'ambiance actuelle, ils passent presque inaperçus. 
Un retraité qui tue son voisin le traitant de « sale arabe » ou encore  un homme, toxicomane, intégré dans un groupuscule d'extrême-droite qui a tué sur un client d'un kebab.
Il serait idiot de considérer qu'il n'y a que les policiers et les gendarmes qui seraient racistes. 

Pourtant, au niveau de la police, il n'y a que les syndicats (d'extrême-droite) qui nie un racisme endémique et assurent qu'il est au même niveau que celui de la population en général. Bref un « ni plus ni moins » qu'ailleurs. 
Pourtant, entre les insultes racistes y compris touchant leurs propres collègues, les violences et injures à l'égard de civils, … qui sont condamnés par la justice, sont toujours dénoncés et apparaissent trop fréquents pour ne pas être inquiétants.

Il n'existe pas, en France, de corps de métiers  qui comptent autant de condamnés pour provocation et injures à la haine raciale. Le racisme touche d'ailleurs d'autres métiers comme l'enseignement ou encore le milieu médical. Cependant, en dehors de témoignages comme ici à côté desquels passent la LICRA se trompant de combat, faisant passer les victimes de racisme pour les racistes, et semblant lui-même ignorer le racisme ordinaire (ce qui est un comble!), il existe très peu de condamnations de soignants ou de professeurs. 

Les membres d'autres corps de métiers semblent agir en solitaire sans avoir l'assentiment de leurs collègues et risquant même d'être mis à l'index par ces derniers. Ce qui n'est pas le cas pour les policiers.

Ces derniers semblent bénéficier d'une certaine protection à la fois interne comme institutionnelle. En effet, comment peut-on accepter de réintégrer des hommes et des femmes qui traitent leurs collègues de « sale bougnoule » comme la BAC de Nancy ? Comment la hiérarchie a été aussi peu compétente pour ne pas voir les milliers traces de maltraitance dans les sous-sols du tribunal de Paris ? 

L'Etat est, lui, condamné pour des affaires de police. 
Ainsi, en octobre 2020, la France a été condamnée pour « fautes lourdes » pour des faits de violences policières contre 17 jeunes.

En 2019, la France a été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour des faits datant de 2000 (un homme menotté a été blessé par arme à feu et a porté plainte contre le policier – à Thionville) pour le manque d'indépendance de l'enquête, sa longueur (10 ans), ses nombreuses irrégularités, le fait de n'avoir pas saisi la justice (il a fallu que l'homme blessé dépose plainte lui-même) alors qu'un homme avait été grièvement blessé.

Au regard des affaires pour lesquels l'Etat semble refuser d'ouvrir des procédures et enquêtes indépendantes, il risque d'être pointer plusieurs fois par la Commission Européenne dans l'avenir. 

Le nombre de policiers et gendarmes tués. 

Les policiers et gendarmes s'estiment, eux-mêmes, menacés et expliquent risquer leur vie justifiant ainsi leurs violences (et leurs bavures).  Il est donc juste aussi de donner quelques chiffres sur le nombre de policiers et gendarmes tués. 


Là aussi, c'est le grand flou. L'Etat se refusant de communiquer des chiffres clairs et précis contrairement aux autres pays européens a commencé à faire ce travail de recensement qu'en 2012. Auparavant, le recensement était conduit par une initiative privée. 

Pour la dernière décennie (les années 2010), on comptabilise 36 membres des forces de l'ordre morts en mission au total (!).  Ainsi, en moyenne pour ces 10 années, il y a que 3 à 4 membres des force de l'ordre tués.  Cette moyenne particulièrement basse n'efface pas les drames induits ni encore les fluctuations d'année en année.  Cependant,  pour reprendre les termes de Philippe Poutou, non seulement « la police tue », Oui et plus qu'elle n'est tuée ou risque de l'être. 

Dans les années 80, on dénombrait une 10aine de policier tués par an.

L'année 2016 a été particulièrement meurtrière au regard des autres années, comptabilisant 2 policiers et 14 gendarmes tués. Pour 2020, on dénombre 7 policiers et 4 gendarmes tués. Les policiers et gendarmes sont rarement tués par une arme à feu. 

Par contre, le métier de policiers ou de gendarmes est accidentogène bien que l'on peut remettre en cause une partie des « accidents » dans certaines affaires.


Les suicides. 

Si les données pour les décès dans le cadre des missions des forces de l'ordre ont été tardivement recensées par l'Etat, il en va de même avec le nombre de suicides qui sont comptabilisés depuis 1993 pour la police et depuis 2009 pour la gendarmerie. 
On notera, toutefois, que ces données sont relevées bien avant les autres causes de décès des policiers et gendarmes comme des civils tués par ces derniers. 

L'année la plus suicidaire pour la police est 1996 avec 71 suicides. En moyenne, il y aurait 45 suicides par an pour la police. Pour les gendarmes, on compte environ 30 suicides par an. 
Dans les bilans sociaux, il apparaît que le taux de suicides des gendarmes et policiers, contrairement à ce qui nous est rapporté, est identique à celui du reste de la population.
En effet, le nombre de suicides dans la population est plus important chez les hommes (22 pour 100 000) que pour les femmes (5,6 pour 100 000). Ainsi, le taux de suicides corrélés à la composition (masculine) des effectifs de policiers et de gendarmeries est proche à celui de la population. 

 Seulement, à la différence de vous et moi, les policiers et gendarmes se suicident à hauteur de 65% à l'aide d'une arme à feu.

Ainsi, la cause de mortalité la plus importante pour les policiers et gendarmes est eux-mêmes. 

Une autre donnée sur les suicides est, par ailleurs, importante et relève des chiffres concernant les féminicides. En effet, en France, 3% des féminicides et 8 % des infanticides dans un contexte familiale sont commis par les  membres des forces de l'ordre (donnée 2017, in « Silence. On cogne »
Ces meurtres suivis de suicides ne sont  pas comptabilisés ou encore « sortis » des statistiques sur les suicides. 

Aussi, sur les 50 derniers suicides de policiers ou gendarmes, 5 ont tué leur conjointe ou ex-conjointe et/ou leurs enfants. Cette information laisserait supposer que 10% des suicides des policiers et gendarmes suivent un féminicide et/ou un infanticide. Ce qui est très largement au dessus de toute moyenne nationale. 

Au delà du suicide qui est la situation extrême, il est aussi difficile de connaître le nombre de policiers et gendarmes en souffrance psychologique nécessitant un suivi, des arrêts maladie ou encore une médication appropriée. 
(Lire ici l'enquête du Sénat sur le suicide des forces de l'ordre )

Conclusion. 

Peu importe, la réalité parallèle dans laquelle nage Gérald Darmanin actuel ministre de l'Intérieur et ses syndicats de police, les données statistiques démontrent factuellement que les forces de l'ordre, dont la police, tuent bien plus qu'eux mêmes ne sont tués – et ne risquent statistiquement de l'être. 

Comme jusqu'ici, les policiers et gendarmes n'avaient pas le droit de porter une arme hors service, on ne peut que craindre les prochaines années une nette augmentation des suicides par armes à feu comme un nombre plus importants de personnes -  des hommes, des femmes ou encore des enfants -  tués par des policiers et/ou gendarmes en dehors de leurs services et de toutes missions. 

Pourquoi Gérald Darmanin souhaite déposer plainte contre Philippe Poutou qui, non seulement avance un chiffre en dessous des données de l'IGPN, mais aussi ne fait que dire ce que n'importe qui – qui a un minimum de dignité – ne peut être amené à conclure et dire ? Cela ressemble bien trop aux procédés utilisés en 1961 : censurer les opposants politiques. 


La définition du rôle et de la mission la police est en cause. Pour Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, il s'agit d'un outil de répression. La police ne protège pas. Tout du moins, elle le fait en marge d'une activité répressive qui a pris le pas sur tout le reste. 
De la répression des automobilistes qui ont roulé à 56 km/heure en agglomération à celle de petits dealers dans les quartiers, en passant par celle de manifestants qu'ils soient pacifiques ou pas (on n'oublie souvent de préciser que dans le cadre des violences de Benalla, les forces de l'ordre avait gazé préalablement une action militante appelée « sitting » et par conséquent pacifiste comme l'a révélé le procès), la police n'a pas de mission de « protection » et encore moins de liens sociaux entre les civils, les citoyens  et l'Etat. 

Que ce soit pour des crimes racistes, des injures diverses, des faits de violence, le Ministère de l'Intérieur est incapable d'indiquer le nombre de policiers condamnés (et ce qu'ils font aujourd'hui). Les dernières données accessibles datent de 2004 et d'ailleurs complétement parcellaires. 

Ainsi, il y aurait 2500 policiers / an qui auraient été sanctionné en 2004.  Pour la période considérée, il y aurait 6000 dossiers ouverts par l'IGS et seulement 1200 sanctions. 

En somme, aujourd'hui, les citoyens n'ont aucune information officielle – à part un déni – concernant les violences, pratiques ou dérives des forces de l'ordre. 

Autre élément que nous révèle cette étude. En 1992, les nouvelles recrues considéraient à hauteur de 60 % qu'un des rôles de la police était de rassurer. En 2002, ils ne sont que 24% à le penser, contre 76% qui estiment que la police doit faire peur. 

Les mêmes s'étonnent, aujourd'hui, après plusieurs années de services que la police n'est pas aimée ... 

 

Monjardet Dominique, « Les sanctions professionnelles des policiers. Ce que disent les chiffres et au-delà », Informations sociales, 2005/7 (n° 127), p. 76-85. DOI : 10.3917/inso.127.0076. URL : https://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2005-7-page-76.htm

Gastaut Yvan. La flambée raciste de 1973 en France. In: Revue européenne des migrations internationales, vol. 9, n°2,1993. pp. 61-75.
DOI : https://doi.org/10.3406/remi.1993.1355
www.persee.fr/doc/remi_0765-0752_1993_num_9_2_1355

Brunet Jean-Paul. Le racisme dans la répression policière des manifestations algériennes à Paris en 1961. In: Cahiers de la Méditerranée, n°61, 1, 2000. Politique et altérité. La Société Française face au racisme (XXe siècle) [Actes du colloque de Nice, décembre 1999] pp. 69-89.
DOI : https://doi.org/10.3406/camed.2000.1292

Clotilde Lebas, « Au fil de nos souvenirs : le 17 octobre 1961, emblème des violences policières », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 119-120 | novembre 2007, mis en ligne le 06 mars 2012, consulté le 17 octobre 2021. URL : http://journals.openedition.org/remmm/4293 ; DOI : https://doi.org/10.4000/remmm.4293 

Julien Buzenet, « Manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, L’oubli pour mémoire collective d’une violente répression policière », Conserveries mémorielles [En ligne], # 10 | 2011, mis en ligne le 15 août 2011, consulté le 17 octobre 2021. URL : http://journals.openedition.org/cm/899 

Nivet Philippe, « Maurice Grimaud et Mai 1968 », Histoire@Politique, 2015/3 (n° 27), p. 18-32. DOI : 10.3917/hp.027.0018. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-politique-2015-3-page-18.htm 
 

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M
OUI !!! et la commémoration du 16 octobre1961 est la pour le rapepler !
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