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La Maçonne

Le processus de victimisation : la parole des victimes.

Photos gratuites de Éruption volcanique

Je dois cet article à une personne qui a fait un témoignage, sur une agression, que j’ai trouvé suspect. 

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de m’étendre sur le comment et le pourquoi de mes soupçons mais de réfléchir sur le processus de victimisation que je lui ai, par ailleurs, refusé. 
Les victimes dont on nie la parole sont nombreuses, qu’ils s’agissent de mineurs, de femmes adultes, de la part de leur entourage comme de la part du système judiciaire en entier. 


Cependant, cela n’empêche pas qu’on les croit ou pas, qu’elles sont des victimes et se pensent comme telles, dès lors – surtout pour les mineurs qui ont plus de difficulté que les adultes pour le faire – qu’elles ont intégré ce qu’elles avaient traversé.


Le système judiciaire actuel ne sait que condamner que 1% des viols sur les milliers de plaintes déposées chaque année. Un tel système ne peut que broyer des victimes d’agressions sexuelles ou de viols. 

On ne peut, donc, pas contraindre une victime à déposer une plainte quelque soit sa situation personnelle et son besoin de reconstruction. Les exemples ne manquent pas comme cette touriste canadienne qui, violée en 2014, a vu les policiers acquittés en appel du fait vie personnelle. Un expert-psychiatre l’a déclaré « border-line ». Elle ne pouvait donc qu’être consentante.  Elle n'avait pas l'image de la victime idéale. 



L’image de la victime fait appel à des enjeux sociaux et culturels. Historiquement, la victime a une image positive renvoyant aux saints et aux martyrs, morts pour leur religion ou pour leurs idées. La victime n’est, donc, pas faible au sens que nous le comprenons aujourd’hui. Au-delà du fait religieux, la victime n’a guère existé jusqu’au 19ème siècle.

L’événement qui a contraint à une réflexion sur la notion de victime fut le génocide des Juifs lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il fallait, en effet, au-delà des atrocités factuelles dénoncées, reconnaître les souffrances individuelles et collectives des Juifs. 
La  « victimisation », aujourd’hui décriée – et j’ajouterais surtout s’il s’agit des femmes et certaines minorités -, est tout d’abord la reconnaissance de victimes en tant que groupes sociaux. J’ai cité les victimes du nazisme et, en particulier du génocide des Juifs, mais il existe d’autres groupes : les victimes des attentats, des guerres, du racisme, ...  


Le féminisme, de son côté, s’est accaparé la notion présentant les femmes – en totalité ou en partie – comme victimes, victimes des violences conjugales, victimes d’agressions sexuelles et sexistes. Ces groupes sociaux ne définissent pas que les victimes, mais aussi : les bourreaux leur réservant aussi un traitement particulier afin qu’ils ne restent pas des bourreaux ou que d’autres n’apparaissent pas. Les victimes du racisme, par exemple, renvoi bien plus souvent aux racistes. 

Cette reconnaissance victimaire est, à bien des égards, une avancée sociale.

En effet, personne n’oserait remettre en cause les victimes des attentats de cette décennie en tant groupe social particulier et demandant autant réparations que reconnaissances. Le procès concernant l’attentat du 13 novembre qui se tient actuellement démontre l’importance centrale des victimes et le désir collectif de les reconnaître, à défaut de pouvoir réparer totalement leurs souffrances. 


Pourquoi donc la « victimisation » est décriée par un certain courant de pensée, située généralement plutôt à droite de l’échiquier politique ? Il faut noter que la reconnaissance du groupe social « victimes » ne se fait de soi. 


L’islamophobie – qui est un racisme touchant une population particulière – est lui-même toujours débattue du moins en France. Le « rapport sur l’islamophobie en Europe » (étude de 800 pages) met Emmanuel Macron en couverture expliquant : « "Ce fait même est une nouvelle révélation que le centre est devenu plus extrême par rapport à l'islamophobie. Les musulmans français et autrichiens ont été laissés aux mains d'une violence d'État brutale qui a été légitimée au nom des lois antiterroristes ».

De mon côté, j’avais trouvé, particulièrement étonnant que certains niaient jusqu’à même l’existence de l’islamophobie, s’accommodant d’arguties douteux.  La parole des victimes de ce racisme particulier est, par conséquent, systématiquement niée et, tout au moins, pas reconnue et écoutée.
Cela n’empêche pas qu’ une Journée Internationale contre l’Islamophobie a été adoptée par l’ONU ce 15 mars 2022. Cette journée est fixée le 15 mars et, sans surprise, la France s’est opposée à l’emploi du terme « islamophobie ». 

Le résultat est que, si l’Allemagne reconnait 31 000 agressions islamophobes par an,  la France ne sait qu’en trouver qu’un peu plus de 200. On comprend mieux pourquoi le travail de dénonciation de l’islamophobie est encore long, en France, par rapport à d’autres pays européens. 

Ainsi, dans le combat féministe, les « féminicides » - entendre des victimes tuées dans un cadre spécifique – ne sont véritablement reconnues que depuis peu par le grand public. Les femmes, victimes de violences intra-familiales, sont difficilement reconnues comme vivant une situation de violence et traumatisante particulière. Ainsi, n’entendions-nous pas encore dire « qu’il suffit qu’elle quitte leur conjoint violent », leur rejetant la faute, alors que 40% des femmes tuées ont quitté ou tentaient de quitter leur conjoint. 

Les freins à la reconnaissance d’un groupe social victime d’une discrimination ou d’une forme de violence est, plus souvent, d’ordre conservateur d’un groupe dominant. Il s’agit ainsi de maintenir une illusion « que cela n’existe pas ».

Pour ce qui concerne les femmes, il existe une autre problématique. 
Le combat contre les violences faites aux femmes font des femmes un groupe social victimaires à part puisque contrairement aux autres groupes sociaux, les femmes ne sont pas une minorité. Autrement dit, la victimisation couvre donc 50% de la population.

Nous sommes d’accord que les femmes, sous le joug des Talibans, sont victimes à part entière du sexisme extrême des Talibans. 
L’Europe n’est pas égalitaire – Si elle l’était, il n’existerait pas de violences, d’agressions ou de harcèlement sexuelles dont les victimes sont majoritairement des femmes, sans distinction d’origine, de milieu, d’âge, ....

S’opposer à cette victimisation, c’est rejeter 50% de la population ou considérer qu’il n’existerait qu’une partie des femmes méritant le titre de « victime » quelque soit les faits concernés.

Tout l’enjeu de la victimisation, soit définir un groupe social, est non pas de traiter des cas particuliers mais la totalité du problème. 
N’oublions pas que tout au long du 19ème siècle et une bonne partie du 20ème siècle, les juges estimaient qu’une femme qui n’était pas grièvement blessée n’avaient pas été violée et jusque dans les années 70, le viol était qualifié de « coups et blessures ». C'est dire que le processus de victimisation pour les femmes, conduit par les féministes, a permis une véritable avancée en matière de droits des femmes et de prises en compte (même cela demeure insuffisant) de ces violences. 

Celles et ceux qui dénoncent une victimisation à outrance, se moquant des victimes accusées de geindre, confondent une irresponsabilité maladive avec une quête de solution collective qui nécessitent de remettre en cause le fonctionnement de la société (au moins en partie).
Or, cette tendance à la victimisation interpersonnelle, selon des psychologues, fait émerger différents traits de personnalité comme : un manque d’empathie, le besoin de reconnaissance ou encore l’élitisme moral. Il souffrirait aussi d’un biais interprétatif, soit une forme de paranoïa et se montreraient agressifs. 

A titre individuel, contrairement à ce qu’un courant politique et de pensée estime, la victimisation n'est pas larmoyante et geignarde mais une expression de soi, d’une rupture entre la personne qui était là « avant » et celle qui est présente aujourd’hui, peut-être en souffrance mais souhaitant construire à la fois un être nouveau comme une société nouvelle. 
Bien sûr, celles et ceux qui font cette confusion résistent aux critiques d’une société et à ses évolutions nécessaires. 


Par ailleurs, refuser un statut de victime à une personne – ou groupe de personne -  est la sortir d’office du groupe social concerné. 

Ainsi, le défaut d’écoute, le déni de justice que l’on constate bien souvent, ou bien imposer à une victime un comportement – soit dans son témoignage, soit dans ses actions passées et présentes, est lui nier son statut de victime. 
En effet, dans bien des esprits, une « véritable » victime porte plainte ou encore « quitte son conjoint violent », par exemple.  Bref, elle se trouve assigner à respecter une certaine image d'une victime idéale.  Hélas, nous avons, toutes et tous, une certaine idée de celle-ci - et ne pas le reconnaître serait mentir. 

 
Pour conclure, puisque ce sera finalement le seul argument qui parle aux plus conservateurs de mes lectrices et lecteurs, les violences intra-familiales et les violences faites aux femmes coûtent aux pays Européens : 289 milliards d’Euros par an. 
De quoi se dire que l’on ne peut pas se faire l’économie d’une critique de fond sur la société contemporaine. 


Source :  

Yana Grinshpun« Introduction. De la victime à la victimisation : la construction d’un dispositif discursif »Argumentation et Analyse du Discours [En ligne], 23 | 2019, mis en ligne le 18 octobre 2019, consulté le 14 mai 2022URL : http://journals.openedition.org/aad/3400 ; DOI : https://doi.org/10.4000/aad.3400

JODELET Denise, « La victimisation vue sous l’angle de la psychologie sociale : l’apport de Serge Moscovici », Sociétés, 2015/4 (n° 130), p. 23-39. DOI : 10.3917/soc.130.0023. URL : https://www.cairn.info/revue-societes-2015-4-page-23.htm

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P
La focalisation sur le statut de "victime" d'un groupe social (les femmes) a le très grand inconvénient d'assigner le statut de coupable, voire de bourreau potentiel aux hommes. Et conduit à mélanger allègrement des violences physiques - sexuelles ou non - et des actes de séduction sans violence.<br /> Sur la présomption d'innocence, présentée par des militants féministes comme un bouclier brandi p
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H
2 articles en 3 jours .....<br /> BRAVO ! ! ! <br /> Il faut continuer ................
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L
Promis Hector ! Je vais continuer.