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La Maçonne

Totalitarisme ? Réflexions autour de Philippe Pétain (1856-1951) et le Régime de Vichy. b

Les vérités cachées de la France sous l'Occupation : Pétain et la  collaboration | Atlantico.fr

Les commémorations de la rafle du Vel d’Hiv (Vélodrome d’Hiver) a conduit une partie de la population à s’interroger sur Philippe Pétain et l’hommage datant de 2018 de Emmanuel Macron à « ce grand soldat » de la guerre 1914-1918 qui fut, nonobstant, surtout une véritable boucherie. Je ne souhaite pas revenir sur cette polémique. A l’époque, j’avais rédigé un article dénonçant, d’ailleurs, cette ultra-droitisation des propos d’Emmanuel Macron, président de la République, qui régulièrement cite Maurras

Les conservateurs et ultra-conservateurs « séparent l’œuvre de l’homme » ou encore imaginent des Pétain, des Laval, des Mussolini, des Franco et même des Hitler en plusieurs versions, dont certaines seraient parfaitement honorables. Cela au mépris de toute véracité historique ou simple bon sens. En somme, ils souhaitent exonérer leur mémoire de ces crimes. 


Qu’est-ce le totalitarisme ? 


Dans un article cité en source, Emilio GENTILE définissait le « totalitarisme »  ainsi : 
« Le totalitarisme se caractérise par une conception intégraliste de la politique et aspire au monopole du pouvoir ; après avoir conquis ce dernier par des voies légales ou non, il s’attache à détruire ou à transformer le régime préexistant pour construire un État nouveau, fondé sur le régime du parti unique. »  


Il est utile de souligner que le totalitarisme peut être dit « de droite » ou « de gauche ». C’est d’ailleurs pour ce motif que je préfère le classement des politiques en trois groupes : les conservateurs et les libéraux. Un révolutionnaire comme Fidel Castro, libéral et révolutionnaire, n’en est pas moins totalitaire. 
« L’objectif principal du totalitarisme est de réaliser la conquête de la société, c’est-à-dire la subordination, l’intégration et l’homogénéisation des gouvernés : l’existence humaine, qu’elle soit individuelle ou collective, est considérée comme intégralement politique et se voit interprétée selon les catégories, les mythes et les valeurs d’une idéologie palingénésique, elle-même sacralisée sous la forme d’une religion politique. » 
« La religion politique tend à remodeler l’individu et les masses en provoquant une révolution anthropologique qui doit aboutir à la régénération de l’être humain et à la création d’un homme nouveau. » 
Et de continuer plus loin : « L’un des éléments constitutifs de ma définition du totalitarisme est la religion politique, c’est-à-dire :
Une forme de religion qui, par la déification d’une entité séculière, sacralise une idéologie, un mouvement ou un régime politique. »

Cette sacralisation d’une idéologie politique refuse toute autre idéologie, cherchant à les détruire ou à les assimiler.  Le « totalitarisme » a, en effet, pour principe de refuser toutes idées, opinions, principes qui ne lui est pas propre.  L’auteur précise : « La religion politique sanctifie également la violence, arme légitime contre ceux qu’elle considère comme ses ennemis, à l’extérieur comme à l’intérieur ; la violence est également un instrument de régénération collective »
Le fascisme, « totalitarisme de droite », est nationaliste, opposé aux droits fondamentaux et anti-marxiste (plus exactement considère la gauche et ses différentes branches comme des ennemis).  


Bien entendu, le fascisme a d’autres composantes : viriliste, hégémonique et raciste. Ainsi, Philippe Pétain (1856-1951) et le gouvernement de Vichy définissaient via une théorisation plus ou moins aboutie les « bons citoyens » et les autres : étrangers, juifs, les « mauvais » français, les communistes, les homosexuels, etc. 


La meilleure guerre des fascistes, celles qu'ils souhaitent,  n’est pas une guerre extérieure mais la guerre civile, opposant les « bons citoyens » et si possible une milice armée (qui peut être tout à fait institutionnelle comme la police)  aux « mauvais ». Les fascistes ont curieusement, tous, des « ennemis intérieurs ». 

Comme on le constate, toute ou une partie de la rhétorique actuelle concernant l’immigration, la gauche jusqu’aux français non-vaccinés, a une composante totalitariste mais aussi fascisante propre aux courants ultra-conservateurs.

En effet, pour ces derniers, il n’existe pas des opposants ou des individus différents avec lesquels composer mais des « ennemis » dont les crimes sont refuser de se plier à une volonté unique, sinon à une pensée politique unique, à « s’assimiler » (à ne pas confondre avec l’intégration) ou encore à respecter quelques sombres usages dont on ne comprends guère l’intérêt. 


Il suffit de lire les témoignages de certains députés de la majorité présidentielle pour comprendre que le pourrissement de la pensée politique a dépassé depuis longtemps un simple jeu politique classique, jouant de l’ambiguïté. 

 

Cependant, pour comprendre, en quoi de définir un Pétain 1 et un Pétain 2, citer Maurras, tout en précisant que « seuls les intellectuels comprendront », est dangereux pour la pensée politique et l’avenir, il est utile, vu les errements de chacun, de rappeler ce qu’était le Régime de Vichy et quel était le rôle de Philippe Pétain (1856-1951)

Pierre Laval

La Révolution Nationale ou Le Régime de Vichy 


Le Régime de Vichy n’a pas connu une existence simple  sans difficultés internes qui lui seraient personnelles. 

En réalité, bien des historiens, soulignent que le Régime de Vichy est tout d’abord une invention de Philippe Pétain (1856-1951) et de son entourage, ayant réussi à se séparer de Pierre Laval, présent du 13 décembre 1940 au 18 avril 1942.  Philippe Pétain (1856-1951) l’avait fait, en effet, arrêter par les Allemands, qui l’ont, par la suite, libéré. 


Toutefois, sans Pierre Laval, Philippe Pétain (1856-1951) n’aurait pas réussi à obtenir le vote des députés lui permettant d’accéder au pouvoir.

 

Cassons un mythe. Dès 1939, Edouard Daladier avait interdit le Parti Communiste (60 députés alors étaient absents lors du vote). 
Contrairement, à ce que l’on souhaite faire croire, les députés et sénateurs de la SFIO n’étaient pas non plus majoritaire : 150 au total pour 900 députés et sénateurs. Par ailleurs, 36 d’entre eux ont voté contre Philippe Pétain (1856-1951) alors que 90 ont voté pour sur les 669 votants présents totaux et les 569 qui ont voté pour. Il s'agit encore d'une minorité même si, selon notre propre conception, ce vote de députés de gauche tient d'une association avec le diable. 

 
La chambre de députés qui a donné les pleins pouvoirs à Philippe Pétain (1856-1951) n’était pas celle du « Front Populaire », mais celle qui avait fait tomber Léon Blum et son second gouvernement en 1938 et qui avait nommé Edouard Daladier s’étant allié à la droite majoritaire. Le Front Populaire n’a, en effet, duré que quelques mois de 1936 à 1938. 


Pour comprendre les raisons de ce vote pour Philippe Pétain (1856-1951), Léon Blum (qui est un des 80 députés qui a voté contre) lors du procès de Pétain déclara :  « J'ai vu là pendant deux jours des hommes s'altérer, se corrompre comme à vue d’œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique. Ce qui agissait, c'était la peur : la peur des bandes de Doriot dans la rue, la peur des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand, la peur des Allemands qui étaient à Moulins… Et le bruit qu'on faisait courir, […] c'est : « Ceux qui ne voteront pas ne coucheront pas dans leur lit ce soir… » »


Ce « bruit » qu’évoque Léon Blum est la manipulation de Pierre Laval, figure de la droite depuis 1930. Dès 1937, Laval s’approchera de Franco, craignant pour la France d’un insurrection communiste, pour lui proposer ses services. En relation avec tout ce qui comptait comme important dans la droite nationaliste, il propose à Franco de promouvoir les nationalismes dans les médias de l’époque. Déjà, Pierre Laval envisageait un gouvernement nationaliste, comptant sur la chute de Léon Blum.


Durant les premiers mois, jusqu’à son arrestation par les allemands, Pierre Laval ne participe pas à la « Révolution Nationale » bien qu’il signe tous les décrets nécessaires.

Il rencontre néanmoins Hitler, Göring et devient proche de l’ambassadeur Allemand Otto Abetz. Sa seule préoccupation sera la collaboration de la France avec l’Allemagne, prévoyant que l’Allemagne gagne sur tous les fronts militaires où elle s'était engagée. Il ira jusqu’à donner à l’Allemagne, le 29 novembre 1940, l’or de la Banque nationale de Belgique, confié par Bruxelles à la France. 


Jaloux de ses relations avec les allemands, très certainement aussi craignant que l’image de Laval (plutôt mauvaise) ternissent sa « Révolution Nationale », le 13 décembre 1940, Philippe Pétain (1856-1951) le limoge et le fait arrêté par les allemands. Il est remplacé par Flandin puis par Darlan. 


Philippe Pétain (1856-1951) et « l’antisémitisme d’Etat ». 


Durant ces deux premières années (1940 à 1942), Pétain est donc le « seul pilote » entouré de toute la droite et tout ce qui peut la composer – y compris des socialistes mécontents de la défaite ou de la IIIème République – ont entouré Pétain.

En effet, n’oublions pas que Pétain n’a pas fait Vichy, seul envers et contre tous – et en particulier contre les français. Pétain représentait l’ordre, un militaire catholique sans être vraiment pieux, l’homme de la situation ou se présentant comme tel. 

« Maurrassiens, fascistes, conservateurs brouillés avec la République, ne sont d'accord que sur la volonté de retrouver un accès direct au pouvoir en dehors du régime représentatif classique, donc de mettre fin à ce fameux divorce entre le pays réel des conservateurs et le pays légal, que les trois groupes dénoncent. Dans ce dessein, ils sont d'accord pour proclamer « politique d'abord », « politique » signifiant qu'il fallait profiter de la mainmise actuelle sur les pouvoirs pour aménager cet accès définitif. » explique Hoffmann Stanley (in Aspects du régime de Vichy. In: Revue française de science politique, 6ᵉ année, n°1, 1956. pp. 44-69, cité en source). 


La « Révolution nationale » repose sur le rejet de la République, des droits de l’Homme, du système politique démocratique et parlementaire, du multipartisme (et des partis politiques tout simplement), des syndicats et de tout ce qui pourrait être des représentants des français de manière générale. Il considère que la défaite de la France a pour cause la Troisième République, le Front populaire (qui n’a duré que deux ans), les communistes (qui en 1938 étaient déjà « interdits »), les juifs, les francs-maçons ... considérés comme des traites à la Patrie. 


La « Révolution Nationale » instaure un antisémitisme d’Etat et considère que la société est « cohérente » et plus exactement « organique ». 
Bien sûr, on y retrouve les éléments traditionnels de la droite « travail, famille, patrie », le rejet des intellectuels (accusés d’être de gauche et communistes), le « retour à la terre » (1500 personnes deviendront agriculteurs) ainsi que les éléments constitutifs d’un totalitarisme sans nuance dont le culte de la personnalité. 


Surtout, ce qui est souvent oublié, le régime de Vichy est surtout et essentiellement technocratique, attirant les technocrates de tous bords (et les bords sont larges), puisque supprimant à la fois les partis politiques (famille de pensée), le parlement ainsi que les représentants comme les syndicats. Il s’agissait de construire un ordre nouveau par des « spécialistes » démunis de valeurs ou de compréhension humaines sinon humanistes. Le régime de Vichy a ainsi rédigé presque 17000 lois en 4 ans. C’est certainement un record. 


Maurras sera un des penseurs de Vichy. L’entourage de Philippe Pétain (1856-1951) de ces deux premières années étaient soit des militants de Action Française, soit des amis de Maurras comme Raphaël Alibert, Henri Dumoulin de Labarthète, René Gillouin, René Benjamin, Paul Baudouin, Yves Bouthillier, Xavier Vallat ... 

Charles Maurras – Cercle Droit & Liberté
N’oublions pas que Charles Maurras avait fait ses entrées à l’Académie Française en 1938 pour « son œuvre ». Il est, donc, aux yeux des maurrassiens, de Pétain et tout autre responsable de l’époque un « intellectuel » reconnu. 


L’antisémitisme d’Etat est d’ailleurs une idée de Maurras reprises par les pétainistes (qui étaient aussi maurrassiens). Dès 1911, dans ses publications fort nombreuses, il déterminera ce qui est, selon lui, le « bon juif » du « mauvais » tentant d’identifier la « nécessité » de promouvoir à un antisémite d’Etat.

Lors d’un procès en 1912, il déclarera au juge devant lequel il est convoqué comme accusé : « « Monsieur le Président, maintenant que vous connaissez mon état civil, je dois dire que je connais le vôtre. Je suis Français, vous êtes de nationalité juive. Il m’est impossible de répondre à un juge juif. » ouvrant déjà la brèche aux « métiers interdits » par la suite, par Pétain mais aussi une idée (déjà ancienne) de « dénaturalisation » des juifs, c’est-à-dire en leur retirant la « nationalité française ». Il écrira ainsi (attention, c’est absolument abject) : 
« D’autant que l’état du Juif en France est plus particulier et qu’il ressemble moins à la condition des autres Juifs de l’Europe et du monde. Le Juif d’Algérie, le Juif d’Alsace, le Juif de Roumanie sont des microbes sociaux. Le Juif de France est microbe d’État : ce n’est pas le crasseux individu à houppelande prêtant à la petite semaine, portant ses exactions sur les pauvres gens du village ; le Juif d’ici opère en grand et en secret. On le soupçonne, on le découvre, mais on le voit peu au travail. Du centre même du pays, il a commencé par tenir l’État grâce à la finance ; puis, à la faveur de ces liens, il a envahi les fonctions de l’État. Juifs de Conseil d’État, Juifs d’Université, Juifs d’armée, Juifs de justice, Juifs de Chambre, de Sénat et de ministère, les Juifs détiennent, grâce à notre fameuse centralisation administrative, tous les nœuds vitaux de notre existence d’État. Ou l’on n’en finira jamais avec la juiverie ou l’on devra commencer par l’attaquer dans les postes d’État. » 
 

Tout au long de la période 1939-1945, il n’aura de cesse de publier des pamphlets antisémites, félicitant les pouvoirs et Pétain de mettre en place soit le « statut des juifs », soit ordonnant des « rafles » et des confiscations de biens, des interdits divers ... 

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Darlan

Darlan et Pétain : avant le retour de Pierre Laval en 1942. 


Pierre Laval (1883 – 1945) revient aux côtés de Philippe Pétain (1856-1951), imposé par les Allemands.  En effet, François Darlan (amiral, 1881-1942)en poste depuis le 10 février 1940 jusqu’au 18 avril 1942, agaçait les allemands pour avoir demandé quelques contreparties à leurs collaborations dont la fin de la ligne de démarcation. Il sera assassiné en 1942 à Alger. 
Néanmoins, durant ces deux années à la tête de l’Etat, il n’aura de cesse de mettre en place « la Révolution Nationale » et surtout les bases de la collaboration avec l’Allemagne nazie. 


Il proposera aussi les services de l’armée française à l’Allemangne, dès avril 1941, contre le Royaume-Uni. Il transmettra ainsi à l’Allemagne un stock d’armes et une base aérienne en Syrie-Liban.

Il plaidera pour l’élargissement de la collaboration, soutenu par Philippe Pétain (1856-1951). Il signera ainsi les « Protocoles de Paris » (mai 1941) avec Otto Abetz qui prévoient, en dehors de ce qui a déjà été remis, la livraison de deux autres bases navales (Bizerte et Dakar), et une armée (française) contre les Britanniques et les Américains.

Rafle du "billet vert" - 14 mai 1941, 3700 juifs déportés.

 Il n’obtiendra aucune contrepartie pourtant prévue dont la libération de prisonniers (dont le général Juin). Ce protocole ne sera pas ratifié par Vichy. Toutefois, dès lors que les allemands se trouvent en difficultés en Afrique (face aux Britanniques mais aussi aux Forces. En 1942, grâce à ses accords (plus exactement leurs philosophies), l’Armée Française interviendra aux côtés des allemands contre le débarquement allié au Maroc et livreront la Tunisie aux allemands et aux italiens (alliés). 


Parmi les hauts faits de Darlan, il sera le principal instigateur du « commissariat général aux questions juives » (en mars 1941) dirigée par Xavier Vallat. Les premiers Statuts Juifs seront rédigés avant Darlan. Il ouvrira le Camp de Drancy toujours en mars. Il organisera une première rafle le 14 mai 1941 où plus de 3700 juifs seront déportés dans les camps du Loiret (rafle du billet vert). Le cynisme de cette rafle est certainement sans égale. Plus de 6000 juifs étrangers ont reçu un "billet vert" les convoquant et les invitant à être accompagné d'un proche ou d'un membre de leur famille. Ils furent retenus et déportés. Leur accompagnateur était invité à aller chercher des vivres et des affaires personnelles. 

Le Second Statut des Juifs, obligeant un recensement des juifs français et étrangers, sera rédigé toujours sous la gouvernance de Darlan, avec la création d’une police aux Questions juives (PQJ).

En décembre 1941, aura lieu une rafle de 700 notables juifs à Paris. Cette rafle est appelée ainsi parce que l'on y trouve : des chefs d’entreprises, des commerçants, des ingénieurs, des médecins, des avocats, des intellectuels. Ils sont arrêtés à leur domicile, leur nom a été trouvé dans le « fichier juif » qui recensait les Juifs français. Sont ainsi déportés :  Jacques Ancel, René Blum, frère de Léon Blum, le romancier Jean-Jacques Bernard6, l'entrepreneur Natan Darty, l'écrivain Maurice Goudeket, le dentiste Benjamin Schatzman, le futur historien de la Shoah Georges Wellers (que je cite dans cet article). 

En janvier 1942, il permettra le premier convoi de déportés vers l’Est (la Pologne) avant d’être démis de ses fonctions. 



Le retour de Pierre Laval. 


En effet, les demandes incessantes de contreparties de François Darlan (amiral, 1881-1942)comme de Philippe Pétain (1856-1951), agaceront prodigieusement les allemands, qui lui préféreront Pierre Laval. 


Contrairement aux conservateurs et fascistes entourant Pétain, ce qui distingue Laval est son absence complète de convictions. Il n’est pas réellement conservateur, comme il n’est pas réellement fasciste. Il est, pourrait-on dire pour paraphraser Maurras, légalement l’un ou l’autre. 


« Ce ne sont pas les conservateurs, mais les aventuriers qu'attire cet aventurier, en somme de grande classe. Ceux qui se groupent surtout autour de lui, ce sont des « collaborateurs » sans vergogne : Luchaire, Guérard, Brinon, Déat, Henriot ; des hommes de main : Doriot, Darnand, Marion ; des intellectuels, qu'on peut dire dévoyés, comme Abel Bonnard ; des fonctionnaires ou hommes politiques comme Gabolde ou Cathala... » 

Laval « collabore » au sens strict de l’expression. Il est convaincu et, d’ailleurs, il souhaite que l’Allemagne et, par là Hitler, gagne. Il souhaite intégrer la France à l’empire nazi qui se profile. Là encore, n’oublions pas que les uns et les autres avaient une vision spécifique de la France vis-à-vis de Hitler.

A part Maurras et dans une certaine mesure, tous considéraient comme inéluctable et même souhaitable que la France devienne une province allemande, un « lander » rattaché bien que préservant son indépendance. Les ennemis de Laval sont les communistes. 
Pierre Laval, persuadé de la victoire et certainement la souhaitant des allemands, est tout autant persuadé qu’il est utile à la France et que les français, qui le haïssent, comprendront son intelligence et sa subtilité. En somme, Laval est un politique qui, comme beaucoup, manque autant de convictions que de reculs et d’humilité. En dehors de la rafle du Vel d’Hiv, il organisera plusieurs autres rafles en France y compris dans la Région Sud. 


Les déportations de 1942 : déconstruction du mythe. 

(Source WELLERS Georges, « Déportation des Juifs en France sous l’occupation. Légendes et réalités », Le Monde Juif, 1980/3 (N° 99), p. 75-108. URL : lien vers l'article


Avec le retour de Pierre Laval, les allemands savaient, tout en restant méfiant à l’égard de Pétain un peu trop orgueilleux à leur goût, qu’ils avaient en place un homme de confiance. 

Dès le début de 1942, les allemands ont effectivement souhaité la déportation de 100 000 juifs de 16 à 45 ans (ou 40 ans suivant les accords) et tous ceux qui n’étaient pas aptes au travail, hormis les juifs de mariage mixte, certains juifs étrangers (sauf les britanniques, d’états membres et alliés), ...  que ce soit dans la zone occupée et celle non-occupée. Les allemands ne demandaient donc pas les enfants de moins de 16 ans et les juifs dits « français » étendant la distinction à d’autres nationalités et même à un statut matrimonial particulier (un mariage mixte).

Toutefois, le nombre de personnes à déporter est exceptionnellement élevés et concernent autant les hommes que les femmes. C’est donc ce qui est demandé en juin 1942, à Vichy, soit au  le Commissaire général aux Questions juives Darquier, le secrétaire d’Etat à la Police René René Bousquet (1909-1993)  et son délégué permanent en zone occupée Leguay.

Il est à noter qu’en dehors de Darquier qui a dit « oui » à tout et à son contraire, René Bousquet (1909-1993) et Leguay se sont fait tirer les oreilles par les allemands et en ont appelé à l’intervention de Laval pour négocier  le sujet.

Selon les rapports (allemands), le problème est la logistique. Arrêter plus de 20 000 personnes à Paris a semblé être une approche non pas radicale mais compliquée à gérer. 
« Le 1er juillet 1942, Eichmann et Dannecker signent un compte rendu de leurs travaux où on lit : « a) La réalisation (de la solution finale) en zone occupée est nette et ne comporte pas de difficultés. b) Les travaux préparatoires d’ordre politique en vue de la réalisation pratique en zone non occupée ne sont pas encore complètement terminés, car le Gouvernement français fait des difficultés de plus en plus considérables » » 
 

Finalement, le 2 juillet 1942, la conclusion des échanges avec les allemands et Pierre Laval sont décrites par les allemands ainsi : 


« «  Bousquet communique que Leguay, son secrétaire à Paris, a été convoqué par le SS-Obersturmführer Dannecker qui a exigé de lui l’arrestation immédiate de 10.000 Juifs en zone non occupée et de 20.000 Juifs en zone occupée, et ceci en vertu d’un accord conclu entre Laval et le B.d.S. (Knochen) d’une part et le Chef supérieur des SS et de la Police (Oberg) et René Bousquet (1909-1993), d’autre part. En se basant sur le rapport de Leguay, René Bousquet (1909-1993) a soumis cette proposition à Laval qui aurait déclaré ne pas être au courant de la question. 
A la suite d’une intervention du Maréchal, Laval a proposé que les arrestations en zone occupée ne soient pas effectuées par la police française. Il aurait préféré que les troupes d’occupation en soient chargées. Pour la zone occupée, Laval a proposé, sur intervention du Maréchal, qu’en premier lieu seuls les Juifs étrangers soient arrêtés et remis aux autorités allemandes. En raison de ce point de vue, le B.d.S. a déclaré que les Français (…) n’ont (…) pas suffisamment compris la question juive. (…) René Bousquet (1909-1993) a répliqué que les Français n’étaient pas opposés aux arrestations en tant que telles, mais que le fait de les faire effectuer par la police française était « gênant » (en français dans le texte en allemand, G.W.) pour Paris. C’était un désir particulier du Maréchal. (…) …l’arrangement suivant a été conclu : vu qu’en raison de l’intervention du Maréchal, les Juifs de nationalité française ne devaient, pour le moment, pas être arrêtés, René Bousquet (1909-1993) se déclara prêt à faire arrêter les Juifs étrangers dans toute la France, par une action réalisée en commun et en quantité souhaitée par nous »

On comprend, dans cet échange, que Vichy n’a pas négocié la vie des juifs français mais n’a obtenu qu’un sursis provisoire et cela en toute connaissance de cause. Ceci certainement pour ne pas alerter l’opinion publique qui n’aurait pas compris une arrestation massive des familles juives françaises avec les familles étrangères. On note aussi que les tranches d’âge sont précises. Les enfants ne sont pas attendus pas les allemands et pas plus les personnes âgées de plus de 45 ans. 


Le 6 juillet, un télégramme allemand décrivait la fin des pourparlers : « Urgent, à transmettre aussitôt. Les pourparlers avec le Gouvernement français ont abouti… aux résultats suivants : Tous les Juifs apatrides des zones occupée et non occupée seront tenus prêts pour la déportation. Le Président Laval a proposé (« hat vorgeschlagen ») que, lors de la déportation des familles juives de la zone non occupée, y soient également inclus les enfants juifs âgés de moins de seize ans. La question des enfants juifs restant en zone occupée ne l’intéressait pas. Je vous demande donc de m’informer d’urgence par télégramme de votre décision pour savoir si, à partir du quinzième convoi de Juifs expédiés de France, les enfants de moins de seize ans peuvent également être déportés. J’ajoute, pour terminer, qu’afin de pouvoir mettre l’action en marche, il n’a, pour l’instant, été question que des Juifs apatrides et étrangers. Lors de la deuxième phase, on s’attaquera aux Juifs naturalisés en France après 1919 ou après 1927 »


Afin de ne pas dédouaner les allemands à l’égard des enfants, ces derniers ne souhaitaient pas les enfants français car, tout simplement, les camps de concentration n’étaient pas complétement opérationnels au moment des tractations. 
« [le] nombre total des personnes arrêtées 12.884 parmi lesquelles 3.031 hommes, 5.082 femmes et 4.051 enfants. Comme prévu, les célibataires et les familles avec enfants âgés de plus de 16 ans (environ 6.000 personnes) sont amenés à Drancy. Les familles ayant des enfants âgés entre 2 et 16 ans sont enfermées au Vélodrome d’Hiver où rien n’est préparé pour les accueillir : ni moyens de couchage, ni ravitaillement, où elles sont sévèrement rationnées en eau qui manque dès le premier jour, privées des toilettes rapidement et irrémédiablement bouchées, abandonnées à un service médical débordé et réduit à quelques infirmières de la Croix-Rouge, dans une enceinte remplie d’un vacarme étourdissant fait des cris et des pleurs des enfants et des adultes à bout de nerfs, des hurlements et des râles de quelques personnes devenues folles ou des malades et des blessés après des tentatives de suicide. » explique Georges Wellers. 


Alors que la situation des familles et des enfants n’inquiète guère Laval et que les responsables français se trouvent en difficulté (l’attente entre les départ est bien trop longue à leurs goûts), ils sont confrontés aussi à la colère des allemands qui n’a pas le compte de juifs espérés (soit 28 000). Ces derniers soupçonnent que certaines des ces familles ont été aidées, qu’il a eu des fuites du côté de la préfecture parisienne, et demandent des enquêtes (et des têtes). 


Darquier écrit à Laval : « « (…) le nombre (des victimes, G.W.) est très éloigné de celui qui a été prévu sur la base des listes de recensement se trouvant à la Préfecture de Police. (…) Des indiscrétions commises auparavant avaient permis à un certain nombre de Juifs de passer clandestinement en zone non occupée. Les entretiens que j’ai eus aujourd’hui avec les autorités d’occupation m’ont permis de constater chez celles-ci un vif mécontentement. Le nombre de trains prévu spécialement à cet effet par les autorités allemandes correspond au transport de 32.000 Juifs. Il est donc nécessaire que les arrestations correspondent exactement au départ des trains prévus (…) Personnellement, je suis certain que tout retard ou toute négligence apportés à l’exécution de ce plan d’évacuation entraînerait des suites sérieuses et exposerait le Gouvernement français au risque de perdre tout contrôle sur les mesures ultérieures dans ce domaine »

Vient ensuite les déportations organisées par les allemands et les français. Les trains peuvent accueillir 1000 personnes, soit en plusieurs convois. Le 15ème serait réservés, donc, aux enfants de moins de 16 ans. Commencent ainsi le départ des hommes, puis ensuite les adolescents à partir de 12 ans, qui sont directement déportés, puis viennent le tour des femmes et adolescentes enfin, sont déportés les enfants de 2 à 12 ans accompagnés de quelques adultes âgés ou impotents dans la 2ème partie du mois d’août. 


Pierre Laval porte l’entière responsabilité de la souffrance de ces familles, dont les enfants maintenus prisonniers en France à Pithiviers durant plus d’un mois, sans soins, sans quasiment de nourriture et d’eau, arrachés à leurs parents. «  Il avait déclaré à Dannecker, le 6 juillet, que leur sort « ne l’intéressait pas » et il l’a prouvé d’une manière féroce et inhumaine qui soulève le cœur et qui n’a rien à voir avec « l’impuissance » dont parle Laval lui-même au cours de son procès, en comptant, par contre, sur une évidente reconnaissance que lui doivent, estime-t-il, les Juifs français pour les avoir « sauvés » à ce prix. » raconte Georges Wellers. 


A partir de cette première rafle, seront déportés plus de 49 000 juifs dont des enfants. Très rapidement, il n’y aura plus de limite d’âges : les nourrissons ainsi que les personnes âgées seront déportés et arrêtés par la police française, envoyée à Drancy puis conduites par train dans des conditions inhumaines dans des camps de concentration, de toutes nationalités y compris françaises sans que Laval ou Pétain, René Bousquet  et d’autres encore ne s’y opposent. 

René Bousquet

Totalitarisme assassin. 


D'un collaborationniste à  l'autre, les motivations sont différentes.

Pétain et les maurrassiens qui l’entouraient avaient pour principal moteur : la haine, et la haine de la modernité et de tout ce qui, pour nous, construit notre pays. Les autres étaient ces « aventuriers » décrits plus avant dans cet article que l’on préfère appeler aujourd’hui des « opportunistes ». 

Pétain était un homme du passé, avec un faible niveau de culture et très certainement moyennement intelligent, mais il était surtout haineux et imbu de sa personne. Il s’était persuadé d’être le héros, l’homme à la hauteur de l’histoire qu’il avait lui-même réécrit pour construire son mythe. 

Pierre Laval est l’opportuniste, assoiffé de pouvoir, rêvant de grandeurs et de richesses. D’ailleurs, tout indique que les déportations de ces milliers de malheureux lui ont permis d’acquérir malhonnêtement les biens confisqués à ces familles juives. Il était persuadé que l’Allemagne allait gagner sur tous les conflits et que, l’histoire étant écrite par les vainqueurs, il serait mis à l’honneur. Par la suite, l’Allemagne s’enlisant sur plusieurs fronts, dont russes, il ne croyait plus en la victoire allemande mais l’espérait. 


François Darlan, autre personnage important de la collaboration, était un militaire qui semblait s’être attaché à Pétain en « attendant l’issue des combats », souhaitant « à sauver les meubles ». Il chercha à entrer en contact (via son fils) avec les USA. Sa collaboration avec les nazis a belle et bien été active et, s’il a trainé les pieds pour imposer l’étoile jaune aux juifs en zone non occupée, c’est parce l’opinion publique était choquée par celle-ci et le « statut juif » et non parce qu’il fut pris d’une toute nouvelle moralité.  En effet, lui-même, avait organisé les premières rafles parisiennes. 


René Bousquet, dernier personnage que je cite dans cet article (il y en a d’autres), comme Pierre Laval avait parfaitement conscience du sort qu’étaient réservés aux déportés. Pour lui, il s’agissait même d’un service que leur rendait l’Allemagne. Aux Evêques qui protestaient, il leur a répondu que « les juifs devaient disparaître du continent ». 

Face au pasteur  Marc Boegner, chef des protestants français, René Bousquet refuse de renoncer à la traque des enfants juifs soustraits aux convois de déportation et cachés par les Églises et les particuliers : « Nous les chercherons. […] Nous les prendrons là où ils sont. […] Nous devons les chercher. ».

René Bousquet est agité par la même haine antisémite que Pétain et, partage avec Laval, le même cynisme et aveuglément, trop préoccupé par sa carrière. Il est à la fois bien à sa place – si on peut dire – dans son rôle funeste comme Pétain mais tout autant un opportuniste et un aventurier comme Pierre Laval. 
Alors qu’il déporta plus de 60 000 juifs, il joua un double jeu quelques peu sournois avec les allemands et les français acceptant d’aider certains, tout en collaborant pour supprimer les autres.

Après la guerre, il devint un proche de François Mitterrand, passa même pour un « résistant » alors qu’il avait été condamné au moment de l’épuration. Il poursuivit sa carrière à la Banque d’Indochine et à la Dépêche du midi. 


À partir de 1986, quand les accusations portées contre René Bousquet prennent de la consistance, une instruction judiciaire est menée. François Mitterrand est, d’ailleurs,  accusé de freiner la procédure. Finalement, en 1989, l’association de Serge Klarsfeld, la Ligue des droits de l’Homme et la fédération nationale des déportés, déposent plainte contre René Bousquet pour « crime contre l’humanité ».  Il est inculpé en 1991 et sera assassiné par en 1993 devant chez lui. 


En dehors des familles juives, Pétain, Laval et Bousquet ont persécuté les résistants, ont imposé un mode de gouvernance ultra-violent et totalitaire à la population, refusant toutes compromissions. 

Joseph Darnand

La milice de Joseph Darnand est un des éléments clefs de la collaboration avec l’Allemagne mais aussi du régime totalitaire que fut Vichy. 


Joseph Darnand fut nommé est nommé SS-Frw.Obersturmführer (lieutenant) de la Waffen-SS.  Ancien « héros » de la Première Guerre Mondiale, il fut aussi un « cagoulard » (terroriste de l’extrême-droite) , il fonda dans un premier temps : la SOL (Service d’Ordre légionnaire). 
La Milice française, qui se veut être une sorte de « chevalerie » sera le bras armé de Pétain et de Laval contre les résistants. 


Ils pratiqueront la torture systématiquement que ce soit des hommes ou des femmes soupçonnés de résistance qu’ils fusilleront tout aussi systématiquement. Ils contribuent à organiser des rafles et aussi organisent de véritables massacres. Ainsi, en juin 44, 80 corps de civils seront retrouvés dans un puits. 
Pour l’exemple, ils fusillèrent Victor Basch et son épouse Hélène, tous deux âgés de 80 ans, pour faire payer à cet ancien président de la ligue des droits de l’homme son militantisme. Ils tuèrent aussi Jean Zay, Maurice Sarrault ou encore Georges Mandel (ex ministre de l’Intérieur). 


Cette Milice se spécialisera aussi dans la chasse aux hommes politiques qui se sont opposés à Hitler et au nazisme. Ils tueront aussi des civils au hasard après l’assassinat par la résistance de Philippe Henriot (secrétaire de la propagande). Cette milice ne comptera que peu d’hommes : 30 000 dont réellement 10 000 armés et sur le terrain. On y trouve donc tout ce qui peut exister dans le genre : des aventuriers, des repris de justice, ... Derrière ces assassinats, la Milice organise des vols, des extorsions, des rackets, des voies de faits et des viols. .. Joseph Darnand sera condamné à mort en 1945. 

Ainsi, une des motivations de Pétain, Laval ou encore Bousquet est la terreur. Faire régner la terreur dans la population et espérer ainsi être débarrasser d'opposants, des résistants, des juifs et de ceux qui pouvaient compromettre leurs pouvoirs. 

Ainsi, aucun de ces hommes au profil très différents et aux motivations sombres, ne peuvent être excusés ni dans le passé, ni dans le présent pour leurs actes et leurs décisions. 

Action Française - Charles Maurras.


La construction du mythe Laval et Pétain par l’extrême-droite. 


Il faut, tout d’abord, comprendre (et c’est important pour la suite) que la seule fois où la France a été dirigée par un gouvernement ultra-conservateur, raciste et donc d’extrême-droite, c’est avec le Régime de Vichy et sous Pétain. 


Ainsi, pour les partisans d’aujourd’hui de l’extrême-droite, il est difficile d’admettre que ces derniers ont été des ordures sanguinaires ayant conduits des milliers de personnes à la mort pour des motifs de religion, d’handicap, d’orientation sexuelle, d’origine ou encore d’opinions politiques par ses propres moyens humains et matériels : une police nationale, une milice française, ses trains et son administration toute entière tournée vers un totalitarisme violent. 


Un crime reste un crime. Toutefois, à la différence d’un opposant politique par exemple, ce sont des familles juives entières, y compris des nourrissons et des vieillards qui ont été déportés avec le soutien et l’aide matérielle des français.  Il n’existe pas plus lâche et plus odieux. Vouloir dédouaner les uns ou les autres est, à mes yeux, à la hauteur des crimes eux-mêmes bien que l’on comprenne que l’extrême-droite contemporaine n’est guère envie d’être associée à ceux-ci pour des questions d’image. 


Pourtant les faits sont bien cruels. Philippe Pétain (1856-1951) a été condamné à mort, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens. Dans le cadre de son jugement, il est mentionné qu’il est souhaitable que la condamnation à mort ne soit pas exécutée. 


Lors de son procès, ses avocats dont Jacques Isorni construisirent la légende d’un Philippe Pétain (1856-1951), vieillard sénile, manipulé par le jeune et sémillant Pierre Pierre Laval (1883-1945). Pétain, sans se rendre compte de la contradiction, aurait été, finalement, le « bouclier » protégeant la France en attendant que De Gaulle (l’épée) libère la France. Or, rien dans les faits et les documents ne corroborent cette explication, pour le moins fantaisiste.

En effet, le « manipulé » a quand même fait arrêter par les allemands Pierre Laval avec lequel il ne s’entendait pas et durant deux ans, ce dernier a été écarté des affaires. Par ailleurs, alors qu’à la tête de l’Etat, il a accepté et même qualifié de « juste » les différentes déportations se plaignant plus qu’à son tour et que la morale le permettrait du faible nombre de juifs arrêtés. 


La collaboration a été recherchée par Philippe Pétain (1856-1951) et mise en place par Darlan. Cela afin que la France puisse devenir une puissance alliée à l’Allemagne. Les uns et les autres croyaient en la réussite de Hitler.  
Philippe Pétain (1856-1951) est allé, suite au débarquement raté de Dieppe en août 1942, jusqu’à proposer à Hitler de lui envoyer les forces armées françaises pour combattre à ses côtés contre une « invasion » des britanniques, canadiens, américains et de ce qui constituaient l’armée des Forces Libres de De Gaulle, tout comme Darlan l’avait lui-même proposé dès 1940 pour défendre l’Afrique aux côtés de l’Allemagne. 80% des juifs déportés ont été arrêtés par la police française. La répression de la Résistance, l’envoi forcé de main d’œuvre, les livraisons d’armes et d’or, ont été faites par Pétain sans que rien ne l’y obligeait. 


De fait, non seulement Pétain a collaboré, mais a souhaité aller plus loin encore. Seule la méfiance des allemands à l’égard des français l’en a empêché. 


Les tentatives de réhabilitation de Philippe Pétain, en particulier ses dernières années, est bien plus souvent une tentative de réhabiliter la France vis-à-vis du Régime de Vichy et sa « Révolution Nationale » de technocrates. 

Ainsi lorsque Eric Zemmour prétend que Philippe Pétain (1856-1951) « a sauvé des juifs français », c’est à la fois historiquement faux mais contraire à tout ce que pensait même les maurrrassiens- et cela depuis 1912 !  Un juif, selon eux, ne pouvait pas être français. 

Lorsque Emmanuel Macron cite Maurras (Pays Légal, Pays Réel), il ne manque pas de savoir qu'il s'agit de l'origine de l'antisémitisme d'Etat ainsi que la notion de "nation organique" qui justifie un traitement et un classement des français en "mauvais" et "bons" citoyens, en "pauvres" et en "riches", en "juifs" et "non-juifs", etc.  Il ne peut ignorer - à moins que son inculture soit si épaisse que l'on ne peut plus rien pour lui - qu'il réhabilite autant Maurras que Pétain ainsi que leurs haines. 

A l’heure où l’extrême-droite, avec le Rassemblement National, compte 89 députés à l’Assemblée Nationale (contre trois, cinq ans plus tôt), il est nécessaire de rester vigilants. 

De crises sanitaires, en crises économiques et sociales, je ne suis pas loin de trouver que l'alliance naissante entre le parti présidentielle et l'extrême-droite  tout aussi dangereuse que le Régime de Vichy.

C'est une dédiabolisation qui est en marche. Plus qu'un avenir, c'est un passé qui se retourne. 

 

GENTILE Emilio, « L'héritage fasciste entre mémoire et historiographie. Les origines du refoulement du totalitarisme dans l'analyse du fascisme », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2008/4 (n° 100), p. 51-62. DOI : 10.3917/ving.100.0051. URL : sources

Siegfried André. Le Vichy de Pétain, le Vichy de Laval. In: Revue française de science politique, 6ᵉ année, n°4, 1956. pp. 737-749.

DOI : https://doi.org/10.3406/rfsp.1956.402718
sources liens


Hoffmann Stanley. Aspects du régime de Vichy. In: Revue française de science politique, 6ᵉ année, n°1, 1956. pp. 44-69.
DOI : https://doi.org/10.3406/rfsp.1956.402675
sources


FILLON Catherine, « Le procès de Charles Maurras (24-27 janvier 1945) », Histoire de la justice, 2008/1 (N° 18), p. 59-71. DOI : 10.3917/rhj.018.0059. URL : sources


NOGUèRES Louis, « Chapitre VIII - Le procès et l’exécution de Pierre Laval », dans : , La Haute Cour de la Libération. (1944-1949), sous la direction de NOGUèRES Louis. Paris, Éditions de Minuit, « Grands documents », 1965, p. 94-105. URL : sources


BLANC William, « Spectres de Charles Maurras. Comment le néomaurrassisme fabrique le « roman national » contemporain », Revue du Crieur, 2017/1 (N° 6), p. 144-159. DOI : 10.3917/crieu.006.0144. URL : sources

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P
Merci ma T:.C:.S:. pour ces réflexions très argumentées rappelant des faits historiquement prouvés. Tu fait là un travail mémoriel bien utile en ces temps où la vérité historique est souvent déformée pour servir les ennemis de la République et de l'Humanité. Frat:. S:.
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L
Merci MTCF, je souhaitais effectivement rappeler que "jouer" avec cette mémoire et le passé n'a aucun intérêt à part celui de plaire à l'extrême-droite.
E
Dans une de ses chansons, Brassens faisait allusion aux etoiles ternies du maréchal Pétain... certains sont actuellement en train de les astiquer.
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L
Je vais chercher cette chanson et l'ajouter à cet article ....