28 Janvier 2019

Le silence assourdissant des obédiences inquiète. Non pas que je considère que si elles s'exprimaient cela changerait quoique ce soit, toutefois un tel silence commencent très sérieusement à alarmer les frères et les sœurs.
Il faut dire qu'il y a de quoi, entre la tentative avortée de virer Jean-Luc Mélenchon par le conseil de l'ordre du GODF et la protection dont bénéficie Brigitte Barèges de la part de la GLFF, malgré ses propos nauséabonds dont elle fait son fond de commerce et bien qu'elle soit toujours mise en examen, n'importe qui peut craindre qu'il s'agit de magouilles politiciennes de la pire espèce.
Mes prises de position concernant le référendum ou encore contre les violences policières sont saluées pour leur courage. Là, cela devient grave. Vraiment.
En effet, dans un cas comme dans l'autre, je ne fais que rappeler que la France est un pays de droit commun, signataire de la déclaration universelle des droits humains et s'engageant à les respecter. Cela ne nécessite pas un courage particulier. Il suffit de vivre son initiation comme une ouverture à l'autre.
La seule obédience qui a posé les premières pierres d'une réflexion qui peut être riche, longue et périlleuse tout à la fois, est la Fédération Française du Droit Humain via son dernier communiqué.
Que l'on soit d'accord ou pas avec les « Gilets Jaunes », les angles d'attaque ne manquent pas, ne serait-ce que pour s'inquiéter d'une révolte qui gronde depuis plusieurs semaines et des mesures prises par le gouvernement. Traiter de la justice sociale ou encore de démocratie est au cœur des principes de la franc-maçonnerie. Les obédiences se vantent même de le faire tous les jours et en toutes occasions.
Encore faut-il avoir connaissance des revendications des « Gilets Jaunes » (lire ici). « Plus de SDF » ou encore « pouvoir vivre dignement de son travail » ne sont pas des revendications que l'on pourrait classer comme dangereuses pour l'ordre maçonnique.

Le niveau d'information des dignitaires des obédiences n'est pas vraiment le débat.
C'est leur fond idéologique qui commence à poser des sérieuses questions aux frères et aux sœurs des obédiences concernées. Sont-ils vraiment initiés au sens noble de l'expression ou sont-ils que des « cordonnés » plus intéressés par leur petit pouvoir personnel ?
Pourquoi attendre sur un conseil fédéral (pour la GLFF, la GLDF … ) ou un conseil de l'ordre (pour le GODF) ?
La franc-maçonnerie française compte quelques 180 000 frères et sœurs, soit environ 9000 loges.
Difficile de croire que ces frères et sœurs seraient des attentistes, à espérer que peut-être une obédience se réveille de sa torpeur.
Je rêve d'une franc-maçonnerie libre et émancipée. Je rêve de francs-maçons et de maçonnes libres dans des loges libres. Pour le moment, on les trouvera muettes.
Beaucoup de frères et de sœurs estiment que leurs loges n'ont pas le droit de s'exprimer. Or, c'est faux. Une loge a autant de droit de s'exprimer pour les membres qu'elles représentent que moi, toute seule pour moi-même.
La première proclamation de la liberté d’expression date de 1776, date à laquelle les Etats-Unis adoptent leur Constitution.
En France, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) de 1789 reprendra ce droit fondamental, qui relève de valeurs aussi bien laïques que démocratiques. En effet, avec cette libération de l'expression, il y a la liberté d'opinion mais aussi la liberté de croyance.
Libérés de l’emprise monarchique, les français désirent s'émanciper de l’oppression qu’ils ont connue ; ils veulent pouvoir parler, s’exprimer, et faire connaitre leurs opinions sans restriction. C’est ainsi que l’article 11 de la déclaration dispose que « tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ».
Le préambule de la Constitution de la Vème République n'hésite pas à se rattacher aux textes de 1789:
"Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004.
En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'outre-mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique."
La liberté d’expression est également garantie par la Convention européenne des droits de l’homme. L’article 10 regroupe « la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière ».

Toutes les obédiences françaises (tout au moins les principales) sont des « fédérations de loge ». Chaque loge est ainsi une association Loi 1901 qui a fait le choix d'adhérer à une « Fédération », leur obédience. Elle s'engage à respecter ses règlements mais aussi son objet social.
Ainsi, toutes les loges sont des associations « philosophiques et culturelles », en quête de Vérité, de Justice, disposant de tout un corpus moral (tolérance, respect de l'autre, glorification du Travail, etc).
En tant qu'association, les loges sont responsables de leurs actes et décisions. A ce titre, toutes les loges peuvent s'exprimer comme n'importe quelle association et groupe d'individus ayant des intérêts commun au même titre qu'elles peuvent être attaquée en justice pour leurs abus de droits.
La liberté d'expression est encadrée par la loi et connaît un certain nombre de limitations. Il s’agit notamment de toutes les incitations à des crimes ou délits, de la diffamation et de l’injure, et de tout dommage qui peut être causé à autrui.
Pour une association, il est judicieux de s'exprimer dans la limite de son objet social. Pour le cas particulier d'une loge, ces limites sont définies dans l'objet social de l'obédience.
Un autre principe de base est d'étayer ses propos. En effet, pour éviter toutes attaques, il faut être précis et éviter les phrases toutes faites et la langue de bois. Des générateurs de texte existent pour cela d'où les illustrations de cet article.
Pensez, lisez, écrivez … Sont les trois mots d'ordre pour construire une nouvelle franc-maçonnerie débarrassée de ses enjeux de pouvoirs internes et de la cordonite aïgue. Une nouvelle franc-maçonnerie n'est pas laisser quelques uns diriger la pensée et l'expression de toutes et de tous.
Ainsi, les loges qui le souhaitent, qui ont quelque chose à dire, à exprimer, - et cela peut-être un groupe de frères ou de sœurs – ou encore des frères ou sœurs isolés – trouveront toujours une place sur mon blog ….
N'hésitez pas à m'envoyer vos propositions !
