20 Septembre 2013
Les obédiences maçonniques se « reconnaissent » entre-elles, mais pas n'importe comment. Cela, on l'aura compris.
De manière assez didactique, je souhaite dans cet article présenter ce que signifie les termes de Reconnaissance et de Régularité. Ceci sera assaisonné de mes réflexions personnelles.
Une reconnaissance se traduit matériellement par un « traité d'amitié » sur lequel les deux obédiences cosignent certains points relatifs à leurs activités communes à venir. Généralement, les inter-visites sont obligatoirement mentionnées. Il n'y a que dans de très rares cas qu'une obédience peut se permettre de reconnaître une autre obédience et refuser que ses membres la visitent. Je semble insister un peu lourdement sur ce point, mais cela ne se voit que depuis le 20ème siècle, avec les sœurs exclusivement (un traitement spécial que j'ai déjà évoqué dans un précédent article http://lamaconne.over-blog.com/inter-visites-%E2%80%93-sp%C3%A9cificit%C3%A9-de-la-franc-ma%C3%A7onnerie-lib%C3%A9rale).
Les critères de « reconnaissance » pour la franc-maçonnerie libérale sont la communauté d'esprit et le respect de principes considérés comme libéraux, familiers des Droits de l'Homme, éventuellement de la Laïcité, et la pratique de rituels. Néanmoins, aucune des obédiences n'édictent des « règles » aux autres obédiences pour permettre cette « reconnaissance ». La pratique, même, des rituels, le travail en loge, les sujets des planches par exemple, sont entièrement libres d'une obédience à l'autre.
Ces reconnaissances ont pour objet de protéger les obédiences. Par exemple, de visiteurs indésirables. Elles assurent des travaux maçonniques authentiques pour les personnes désireuses d'y entrer et répondent aux lois de leur pays.
En effet, ces reconnaissances rassurent un gouvernement de la qualité maçonnique d'une organisation.
La plupart des franc-maçons n'y pensent jamais – car eux-même respectueux des lois de leur pays – Néanmoins, qu'est-ce qui assure à un état qu'une organisation n'est pas une secte ou un groupe mafieux? Rien. A part, ces reconnaissances. Les négliger, dire comme on l'entends souvent : « C'est inutile. Nous sommes tous des sœurs et des frères. » me semble dangereux.
Un gouvernement peut parfaitement interdire la franc-maçonnerie, en la soupçonnant, tout simplement, d'être ce qu'elle est accusée d'être sur le net actuellement. De nombreux gouvernements l'ont fait. N'oublions pas qu'en France, en 1995, une commission parlementaire (la Miviludes) a considéré l'AMORC (http://www.rose-croix.org/01_accueil.html) comme étant une secte, sans qu'il n'y est aucune plainte de qui que ce soit au sujet de ses pratiques (une des conditions formelles pour classer une organisation de secte) et que l'on puisse avoir encore aujourd'hui le fin mot de l'histoire. En regardant leur site, n'importe quelle obédience peut s'interroger, tant ils expliquent tout et pour tout.
Si, en plus, les obédiences entre-elles ne savent pas ce qu'elles sont – et acceptent des reconnaissances avec un avatar du Temple Solaire, sous le prétexte relativement léger qu'il y a pratique d'un rituel dit maçonnique (n'importe qui peut pratiquer un rituel maçonnique dans son salon avec une bande de copains), autant se tailler les veines et fermer nos temples de suite.
Les reconnaissances ont, donc, plusieurs utilités :
La régularité fut, dans le passé, une simple reconnaissance – répondant aux définitions ci-dessus : une communauté d'esprit, un respect des lois de son pays, des relations entre les membres des différentes obédiences,. On peut ajouter une "filiation" maçonnique (invention pour laquelle je reviendrais plus tard).
Les choses se sont un tantinet gâtées à partir du 19ème siècle. Le Grand Orient de France a décidé de supprimer l'obligation de la croyance en dieu et de l'immortalité de l'âme, se mettant à dos dans la foulée la Grande Loge Unie d'Angleterre http://www.ugle.org.uk . Contrairement à ce que l'on peut penser, elle est « unie » que depuis 1813, mettant fin à une querelle qui porte le nom célèbre des « Anciens » contre les « Modernes ».
Les premières règles émises par la GLUA datent uniquement – tenez-vous bien – de 1929. Il n'y a pas non plus eut de « révision » de ces règles en 1989. Uniquement une proposition a été faite. La GLUA se contente de celles de 1929. Bref, les règles ci-dessouss sont les seules.
La Grande Loge Unie d'Angleterre ne reconnaît que des obédiences qui respectent ces règles – qui sont de ce fait imposées. Elle peut à ce titre refuser sa reconnaissance, mais surtout la retirer si l'une ou plusieurs de ces règles ne sont plus respectées.
La franc-maçonnerie libérale ne respecte pas les règles n°2, n°3, n°4 , n°6, n°8 – et a des relations élastiques avec la règle n°7. Faut-il nous en plaindre?
D'un autre côté, la GLUA n'oblige personne à les accepter. Le seul risque est de ne pas être reconnue par elle. Ce qui n'est pas très grave. Beaucoup d'obédiences le vivent même très bien. Néanmoins, une fois ces règles acceptées par une obédience, cette dernière se trouve automatiquement seule dans son pays, entourée des autres obédiences, mais interdite d'avoir les traités qu'elle entendrait avoir avec elles. Le traitement de la GLUA dans ses relations avec les obédiences qu'elle reconnaît pose aussi question : elle a du mal de reconnaître mais elle a très facile de ne plus reconnaître. Elle vire ses frères avec, disons-le, facilité. Une pression qu'il est difficile d'imaginer en maçonnerie libérale. Ce qui ferait scandale pour toutes obédiences libérales, ne l'est nullement pour une maçonnerie régulière. Si cela n'attirait personne, la GLUA aurait abandonné depuis longtemps ses fameuses règles. C'est ni plus ni moins un "fond de commerce", une maçonnerie qui se veut institutionnelle et réglementée. Je me dis aussi parce que libérale au sens maçonnique du terme, que si ces règles s'étaient inscrites dans une évolution adaptée et logique de la franc-maçonnerie dans le monde, la GLUA n'aurait pas eu besoin de les dicter, de les imposer, et de s'y tenir. Il serait vaniteux de leur part de le penser.
Ne nous racontons pas d'histoire. L'obscurantisme est aussi à la porte des temples de la franc-maçonnerie libérale. Elle a tout autant instituée et préservée la filiation, par la transmission de patentes, qui ne valent que le prix que les obédiences veulent bien lui donner. L'origine d'une patente peut devenir un sujet de discorde, voir d'un refus de reconnaissance.
Le Droit Humain est la seule obédience qui échappe à la règle. Le DH ne doit ses patentes qu'à lui-même, ayant les mêmes origines que la GLDF. Je devrais même dire que la GLDF a les mêmes origines que le Droit Humain, c'est-à-dire une obédience, la Grande Loge Symbolique Ecossaise, dont les loges bleues avaient été constituées par un même Suprême Conseil. La GLFF a vécu et vit toujours sans avoir celles des 3 premiers degrés du REAA. Des patentes remises en 2006 par la GLDF ne l'affilie pas plus à cette dernière. Leur seul lien historique est la GLSE. Si je ne me trompe pas, la GLNF a reçu en cadeau en 1964, le REAA de la GLDF avec les frères qui allaient avec. On ne peut que sourire de l'ironie de l'histoire.
Ainsi, justifier une reconnaissance - mais généralement on justifie un refus de reconnaissance ainsi - par la filiation d'une patente ou l'origine d'une obédience est le meilleur moyen de se prendre les pieds dans le tapis - tapis de loge, bien sûr. C'est un peu la même chose, quand notre mère suspicieuse devant notre énième petit-ami nous demandait "y font quoi ses parents?"
Ne nous laissons pas abuser: ces discussions sur les reconnaissances et ses contagions, appartiennent à notre maçonnerie contemporaine. Si la régularité anglaise est un label assurant à des obédiences un marché, celui des profanes, les jeux de reconnaissance des obédiences libérales représentent la même chose, avec derrière bien souvent la peur d'ouvrir la porte à une concurrence sur son terrain de jeu et d'y perdre sa superbe. Ceci n'aboutit qu'à construire des mythes et d'obscurcir le débat sur la qualité initiatique.
Lilithement vôtre,
1) Régularité d'origine; c’est-à-dire que chaque Grande Loge doit avoir été établie légalement par une Grande Loge dûment reconnue ou par trois loges ou plus régulièrement constituées.
2) Que la croyance en le G.'. A.'. D.'. L.'. U.'. et en Sa volonté révélée soient une condition essentielle de l'admission des membres.
3) Que tous les initiés assument leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d'en haut qui lie la conscience de l'individu particulier qui est initié.
4) Que les membres de la Grande Loge et des Loges individuelles soient exclusivement des hommes, et qu'aucune Grande Loge ne doit avoir quelque relation maçonnique que ce soit avec des Loges mixtes ou des obédiences qui acceptent des femmes parmi leurs membres.
5) Que la Grande Loge ait une juridiction souveraine sur les Loges qui sont sous son contrôle; c’est-à-dire qu'elle soit une organisation responsable, indépendante, et gouvernée par elle-même, disposant de l'autorité unique et indiscutée sur les Degrés du Métier ou Symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître) au sein de sa juridiction; et qu'elle ne dépende ni ne partage en aucune manière son autorité avec un Suprême Conseil ou un autre Pouvoir qui revendiquerait quelque contrôle ou supervision que ce soit sur ces degrés.
6) Que les trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie (à savoir le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas) soient toujours exposées quand la Grande Loge ou ses Loges subordonnées sont au travail, la première d'entre elles étant le Volume de la Loi Sacrée.
7) Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge.
8) Que les principes des Anciens Landmarks, des coutumes et des usages de la Fraternité soient strictement observés.
"Basic Principles for Grand Lodge Recognition" which together they codified and published on 4 September 1929 (although not new – they had been developed and refined over at least the preceding 150 years):
Regularity of origin is established by a duly recognised Grand Lodge or three or more regularly constituted Lodges.
A belief in the Great Architect of the Universe and his revealed will shall be an essential qualification for membership.
That all Initiates shall take their Obligation on or in full view of the open
Volume of the Sacred Law, by which is meant the revelation from above which is binding on the conscience of the particular individual who is being initiated.
That the membership of the Grand Lodge and individual Lodges shall be composed entirely of men; and that each Grand Lodge shall have no Masonic intercourse of any kind with mixed Lodges or bodies which admit women to membership.
That the Grand Lodge shall have sovereign jurisdiction over Lodges under its control, i.e. that it shall be a responsible, independent, self-governing organisation, with sole and undisputed authority over the Craft or Symbolic degrees (Entered Apprentice, Fellow Craft and Master Mason) within its Jurisdiction; and shall not in any way be subject to, or divide such authority with, a Supreme Council or any other power claiming any control or supervision over those degrees.
That the three Great Lights of Freemasonry (namely, the Volume of the Sacred Law, the Square, and the Compasses) shall always be exhibited when the Grand Lodge or its subordinate Lodges are at work, the chief of these being the Volume of the Sacred Law.
That the discussion of religion and politics within the Lodge shall be strictly prohibited.
That the principles of the Antient Landmarks, customs and usages of the Craft be strictly observed
Black Sabbath - groupe fondé en 1968 donc pas d'une première jeunesse - est considéré comme étant fondateur du métal (rock). Ce n'est pas très joyeux, mais en dehors de quelques accords rugueux, ce morceau est audible même pour les oreilles pas habituées à ce genre musical.