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La Maçonne

Inter-visites – spécificité de la franc-maçonnerie libérale ?

Inter-visites – spécificité de la franc-maçonnerie libérale ?

Voici un article rédigé suite à une discussion sur un blog tenu par un frère de la GLNF (que je vous joindrais en lien si autorisation de sa part).

Les obédiences libérales se reconnaissent entre elles via divers traités et – au delà de ceux-ci des possibilités d'inter-visites. Ces obédiences étant nombreuses, souvent différentes les unes des autres, ces visites inter-obédientielles se font, la plupart du temps, dans sa propre ville.

Pour les obédiences mixtes et féminines, ces inter-visites ont toujours été difficile à obtenir (les reconnaissances aussi) de la part des obédiences masculines. Elles sont très récentes pour des obédiences telles que le DH et la GLFF – et les dire habituelles seraient un peu rapides- datant des années 1980 Traditionnellement, il y a exclusion des soeurs des "inter-visites". Si elles sont "naturelles" entre obédiences masculines qui se reconnaissent, elles sont discutées lorsqu'il y a des soeurs dans une des deux obédiences. .

Ainsi, Georges Martin – fondateur du Droit Humain – excluait les sœurs de la Grande Loge Symbolique Écossaise N°2 (1902-1911), parce qu'il ne pouvait pas vérifier leur moralité, mais acceptait sans aucun problème les visites des frères de cette même obédience.

La Grande Loge Symbolique Écossaise n°2 est l'obédience qui a initiée Louise Michel et Madeleine Pelletier, à laquelle appartenait (dans sa version n°1) la RL les Libres Penseurs du Pecq qui a initié Maria Deraismes, Cette obédience (n°2), en outre, a fondé la loge d'adoption (1904) de la GLDF qui a donné naissance à la GLFF après la 2nde guerre mondiale.

A ce moment de l'histoire du Droit Humain, il s'agissait d'une maçonnerie de couple. Les femmes initiées étaient sous la surveillance des frères.

En 2013, l'exclusion systématique des sœurs des visites de loges masculines libérales existent toujours avec plusieurs échelles de valeurs, bien que la reconnaissance des obédiences mixtes et féminines sont admises d'une part et d'autre.

Le GODF, avant d'initier des femmes, avaient 30% de ses loges qui refusaient la visite des sœurs soit pour toute la durée de leurs tenues, soit pour une cérémonie comme l'initiation. A ce jour, il m'est impossible d'avoir un chiffre.

La GLDF ne reçoit pas de sœurs. Ils ont inventé autour de 2010 un « rituel spécial » pour pouvoir les recevoir. Je ne crois pas que ce rituel fut utilisé une seule fois, (si je me trompe, n'hésitez pas à m'indiquer quand et avec qui), faute de sœurs désireuses de tester cette non-expérience maçonnique.

La GLTSO ne reçoit pas plus de sœurs que la GLDF, mais a travaillé et organisé vers 2005 des tenues communes avec des obédiences mixtes ou féminines.

Pour la GLAMF et la GLIF, ces deux obédiences ne reconnaissent aucune obédience mixte et féminine. Par conséquent, dans leur cas, il est inutile de prétendre que les inter-visites seraient possibles pour des soeurs. De même que pour la GLNF. La reconnaissance -peu importe - sa forme - n'est pas une finalité, mais un choix d'obédiences.

Ce n'est pas non plus parce que cela "arrange" - mais parce qu'il a réellement entente entre les obédiences. La GLDF et la GLTSO ont reconnus deux obédiences à peine fondées dans un délai de moins d'un an -Quand on pense qu'il a fallu plus de 70 ans pour que la GLDF reconnaisse le Droit Humain, c'est un record! La question qui demeure sans réponse est : est-ce que ces jeux de reconnaissance sont nécessaires?

D'un point de vue féminin, pourquoi ces dispositions si inventives de nos frères agacent ?

L'inter-visite a, tout d'abord, une lourde charge symbolique. La reconnaissance entre obédiences est l'intention. La visite est la preuve. Ainsi pour grossir le trait, on peut très bien dire à un martien qu'il est un être humain et refuser de l'inviter à boire une bière chez soi.

C'est facile de dire à quelqu'un « je t'aime que tu sois bleu, vert, noir, quelque soit ta religion, quelque soit ton sexe … ah ! Mais, surtout, ne viens pas chez moi ! ».

Reconnaître une obédience mixte ou féminine est déjà faire un accroc aux traditions maçonniques made in Anderson. Se cacher, ensuite, derrière ses mêmes traditions pour justifier que « l'on ne reçoit pas de sœurs dans nos loges », et ben cela fait mauvais genre.... En plus, ces mêmes frères visitent les loges mixtes et féminines

Lorsque l'on examine avec plus d'attention – en dépassant le côté épidermique de la réaction du Grand Maître du GODF – l'inter-visite est ressenti et vécu aussi pour les frères de la même manière quand elle devient soumise à des « traitements » particuliers. Les frères de la GLAMF seraient plus maçons que les frères du GODF?.

Une sœur, initié par exemple au Droit Humain, est autant franc-maçon qu'un frère initié dans la même obédience. Il n'y a AUCUNE différence dans le parcours de l'une par rapport à l'un. A part que l'une est une femme – et que l'un est un homme – et que son sexe ne le rend pas plus intelligent qu'une femme. Cela se complique avec la GLFF – exclusivement féminine, obédience fondée par des femmes pour des femmes – elle n'a jamais été la succursale d'une obédience masculine et ne se réfère à rien de connu dans le passé. Les sœurs fondatrices de la GLFF ne cherchaient pas cette « reconnaissance » qu'elles savaient qu'elles n'obtiendraient pas. Leur désir était de fonder un lieu de réflexion adressé aux femmes, convaincues qu'il leur manquait. Georges Martin souhaitait démontrer que l'initiation des femmes ne mettaient pas en péril la maçonnerie en son entier.

Certains frères disent « une sœur est un frère comme un autre » - A dire vrai, je déteste cette expression. Je ne suis pas un « frère comme les autres », mais une sœur comme une autre. Juste cela.

Je ne mentionne pas dans cet article LA raison généralement évoquée pour empêcher des inter-visites féminin/masculin. En fait, je l'avais complètement oublié en rédigeant cet article! Heureusement un frère me l'a rappelé ce matin au téléphone. Il s'agit d'un autre débat, qui pourrait se résumer en une seule question : qu'est-ce un être humain? Comment "s'améliorer" si on n'est jamais face à soi-même de temps à autre?

Du point de vue de la franc-maçonnerie libérale, les inter-visites appartiennent à la démarche maçonnique. Il s'agit d'événements choisis. Un sujet de planche qui interpelle, un frère ou une sœur que l'on connaît qui présente son travail, un anniversaire de loge, la visite du président de sa loge à une autre loge que l'on accompagne, … sont autant de raisons de pratiquer la « visite » d'une autre obédience dans sa propre ville. C'est courtois, un peu formel. C'est aussi un moyen pour les uns et les autres de se rencontrer, d'échanger et d'apprendre.

Apprendre. C'est le mot d'ordre.

La maçonnerie n'existe pas dans les livres, il s'agit de le vivre – d'être dans le monde des vivants.

La France a eut cette capacité à donner plusieurs visages à la franc-maçonnerie, de cultiver les différences. Ni les études, ni le monde du travail, ni les associations profanes ne proposent ce choix, car finalement que nous le voulions ou non, nous vivons au milieu des nôtres.

En franc-maçonnerie, nous vivons au milieu des autres. C'est ce que nous apprend les visites dans les autres obédiences.

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